Le gouvernement Harper a été pressé lundi de dire ce qu'il savait exactement des allégations de torture à l'égard de l'ancien gouverneur de la province de Kandahar, Asadullah Khalid.

Hugo de Grandpré LA PRESSE

Samedi, le Globe and Mail a publié un article dans lequel des sources anonymes décrivaient des salles de torture situées dans le palais de l'ancien gouverneur, le même palais où des troupes canadiennes étaient basées. Des documents obtenus par le quotidien font également référence à des paiements mensuels de 12 200$US faits à la milice du gouverneur par les troupes canadiennes.Puis, en fin de journée lundi, CBC a révélé l'existence d'autres documents émanant du gouvernement et datant de 2007, dans lesquels on peut lire que «les allégations d'abus des droits humains par le gouverneur sont nombreuses et constantes». Ces documents indiquent aussi que Chris Alexander, ancien ambassadeur canadien en Afghanistan et aujourd'hui candidat conservateur en Ontario, croyait qu'Asadullah Khalid avait ordonné un attentat qui avait coûté la vie à cinq travailleurs de l'ONU. M. Khalid a été en poste de 2005 à 2008.

Ces informations arrivent à la veille du témoignage très attendu du diplomate Richard Colvin devant la Commission d'examen des plaintes concernant la police militaire. Lors d'un témoignage devant un comité parlementaire en novembre dernier, M. Colvin avait relancé le débat sur la torture de détenus en Afghanistan en affirmant que le gouvernement canadien avait été mis au courant d'incidents. Il doit comparaître de nouveau cet avant-midi.

Aux yeux du NPD, les informations des derniers jours confirment une nouvelle fois la nécessité de tenir une enquête publique sur l'implication canadienne dans la torture de détenus en Afghanistan.

L'un des porte-parole néo-démocrates dans le dossier, Jack Harris, a rappelé comment Maxime Bernier, alors ministre des Affaires étrangères, s'était fait rabrouer en août 2008 après avoir dit publiquement que le gouverneur devait être remplacé.

«Clairement, Maxime Bernier savait très bien que cet homme causait des problèmes, mais quand il a déclaré que l'on devrait s'en débarrasser, ça n'est pas arrivé. Même le président Karzai a offert de s'en débarrasser et les dirigeants canadiens lui ont dit non», a dénoncé M. Harris.

«Il est évident que les autorités canadiennes savaient ce qui se passait et ils ont laissé les choses en place. Les Canadiens méritent une explication», a-t-il ajouté.

À la période de questions, lundi après-midi, le ministre de la Défense, Peter MacKay, a répondu aux charges du NPD en les accusant de faire plus confiance aux journalistes qu'aux militaires canadiens.

«Laissez-moi citer ce même article: «Des soldats canadiens qui étaient postés (au palais) n'étaient pas au courant de ces paiements»», a-t-il déclaré.

«Pourquoi ne prend-il pas la parole d'un soldat canadien sur cette question plutôt que celle d'un journaliste?» s'est indigné le ministre.