Pour Amir Khadir, les contrats de 35 millions de dollars accordés sans appel d'offre par Hydro-Québec à «Produits forestiers innus» pour «saccager» la rivière Romaine dans le cadre du Plan Nord, «tombent par miracle aux mains d'entreprises liées encore au financement du Parti libéral» tandis que les autochtones vont se partager «des grenailles».

Mis à jour le 2 nov. 2011
Fabrice De Pierrebourg LA PRESSE

Le député de Québec solidaire a été incisif à l'Assemblée nationale mardi, lors de la période des questions, à la suite de la publication d'une enquête de La Presse, mardi, sur l'octroi, de gré à gré et selon une entente secrète, de deux contrats de déboisement à une entreprise détenue à 51% par la communauté innue de Nutaskuan. Les deux autres partenaires qui interviennent tout le long de la chaîne de transformation des centaines de milliers de mètres cubes de bois sont Rémabec, géant du bois à La Tuque, et Jolina.

«Dans la coupe de bois, sans appel d'offres, pour La Romaine, la part du lion va à Jolina, un fonds d'investissement qui appartient à la famille Saputo, a indiqué le député Khadir. Le milliardaire Saputo est dans les affaires avec son beau-frère Borsellino, baron de l'immobilier à Montréal. Est-ce que le premier ministre et son entourage entretiennent des liens avec les Saputo et Giuseppe Borsellino? Est-ce qu'à la lumière du rapport Duchesneau, le premier ministre trouve important d'en informer la population?»

Rappelant que d'autres «gros contrats d'infrastructure du chantier de La Romaine ont aussi été donnés à la famille Fava, collecteur de fonds libéral», il a ajouté ceci: «Est-ce que le ministre peut soumettre les grands contrats de La Romaine à un examen en commission parlementaire pour savoir à qui profite le chantier?»

Des questions auxquelles le ministre des Affaires autochtones Geoffrey Kelley n'a pas répondu malgré l'insistance du député de Mercier. Le représentant du gouvernement Charest a plutôt tenté de convaincre «que le modèle que le gouvernement du Québec a développé avec les années a fait ses preuves. Je prends comme exemple le contrat qui découle de la paix des Braves [...], où on avait effectivement utilisé les projets hydroélectriques pour soutenir les emplois et les contrats qui étaient réservés à la communauté crie, a-t-il poursuivi. Ils ont dépassé les objectifs dans la paix des Braves».

Il a aussi «contesté» l'existence d'une fronde autochtone contre le Plan Nord, qui comprend entre autres le vaste chantier de La Romaine.

«Le Grand Conseil des Cris, les Inuits au Nord-du-Québec ont participé tout le long de la Table des partenaires du Plan Nord, a-t-il répliqué. Également, les représentants des communautés innues de Natashquan et de Mashteuiatsh ont participé. Nous avons également eu l'appui de certaines des autres communautés projet par projet.»

Dans La Presse de mardi, le jeune député innu NPD de Manicouagan a été cinglant, qualifiant le Plan Nord de «chimère», aucunement source d'emplois ni vecteur d'essor économique à long terme pour les autochtones.