De huit à dix députés péquistes ont exigé formellement la démission de Pauline Marois au cours des deux réunions extraordinaires du caucus, mercredi. La chef et son entourage ont rencontré hier la plupart de ces contestataires pour leur demander de se rallier, en vain. Une discussion «très franche» a eu lieu entre Mme Marois et Bernard Drainville, absent lors des huis clos importants de la veille.

Tommy Chouinard et Denis Lessard LA PRESSE

La chef péquiste n'est pas au bout de ses peines: des associations de circonscription exigeront très bientôt son départ.

La Presse a nommé, hier, quatre députés qui ont demandé la démission de Mme Marois: Daniel Ratthé (Blainville), Guillaume Tremblay (Masson), André Villeneuve (Berthier) et Guy Leclair (Beauharnois). Une source sûre a confirmé que Gilles Robert (Prévost), Mathieu Traversy (Terrebonne) et Sylvain Pagé (Labelle) leur ont emboîté le pas.

Ce sont des députés de Lanaudière et des Laurentides, zone d'influence naturelle de François Legault, ex-député de Rousseau. Hormis M. Pagé, ils sont tous élus depuis 2008. Selon deux sources, le député de Matane, Pascal Bérubé, et son collègue de Verchères, Stéphane Bergeron, ne seraient pas allés jusqu'à exiger le départ de Mme Marois, mais ils auraient exprimé des critiques sévères.

Hier, plusieurs contestataires ont dû se présenter devant Mme Marois et des officiers du parti, dont Stéphane Bédard, Monique Richard et Nicole Léger. Ils ont refusé de prêter un serment d'allégeance envers la chef, tout en précisant qu'ils ne démissionneront pas.

De son côté, Gilles Robert a rencontré Pauline Marois après la période des questions à l'Assemblée nationale. Le député de Prévost a confirmé sa sortie contre le leadership de Mme Marois lors d'un entretien avec La Presse. Mais comme la chef reste en poste, il a confié: «Je vais travailler avec elle. Je dois respecter sa décision. J'ai dit ce que j'avais à dire. Je ne vais pas gratter le bobo constamment. Une fois que les choses ont été dites, il faut passer à autre chose.»

M. Robert a l'intention de demeurer au sein du caucus péquiste. Il a refusé de préciser les reproches qu'il a faits à Mme Marois à huis clos. «Elle a bon espoir qu'on va remonter dans les sondages, moi pas. L'avenir le dira», s'est-il contenté de dire.

Ironiquement, Pauline Marois s'est rendue en soirée dans Prévost, à Saint-Jérôme, pour une assemblée citoyenne, une activité prévue de longue date. La rencontre était précédée d'un souper en compagnie de représentants du bureau de direction de l'association péquiste locale. «Le comité exécutif n'est pas en guérilla contre la chef», a précisé M. Robert.

Vendredi, Pauline Marois se rendra à Blainville, autre circonscription appartenant à un contestataire, pour participer au cocktail soulignant le 30e anniversaire de la société de développement économique de Sainte-Thérèse-De Blainville. Cette activité a été ajoutée à son programme public en milieu d'après-midi hier.

Le député de la circonscription, Daniel Ratthé, était ulcéré que son intervention au caucus se soit retrouvée dans La Presse. «Je n'ai pas désavoué ma chef publiquement, et je ne le ferai pas ce matin, a-t-il affirmé. Je vous dirais qu'à partir de maintenant, mes discussions au caucus vont être très, très limitées parce que je ne fais plus confiance à je ne sais pas qui, mais il y a quelqu'un ou des personnes actuellement qui ont intérêt à ce que les crises se multiplient.»

Les députés semblaient s'être entendus pour calmer le jeu et mettre en veilleuse leurs divisions. «Tout le monde se rallie», a dit François Gendron, doyen des députés péquistes. Quand un reporter lui a demandé s'il s'agissait d'un «appui indéfectible», il a nuancé: «C'est un appui envers la chef.»

Le député de Bourget, Maka Kotto, a dit ne pas comprendre les critiques de certains de ses collègues à l'endroit de Mme Marois. «Avoir 93,08% lors d'un vote de confiance, cela a une signification. Ceux qui ne le comprennent pas ont des problèmes psychiatriques», a-t-il lancé.

Selon l'ancien député péquiste Jean-Pierre Charbonneau, qui a appuyé Mme Marois dans sa course à la direction, la chef devrait passer la main, mettre de côté les intérêts personnels parce que c'est la survie du Parti québécois qui est en jeu. La baisse du PQ dans les intentions de vote avait commencé avant le départ fracassant des députés en juin, a-t-il dit en entrevue à Radio-Canada.

Bernard Drainville n'a pas assisté aux huis clos des députés, mercredi. Il devait se rendre à une activité de financement du parti «prévue depuis longtemps» à Roberval, en compagnie de son collègue Denis Trottier, a-t-il expliqué, passant tout de même en trombe devant la porte du caucus. Il a rencontré Mme Marois en matinée hier. «Nous avons eu une discussion très franche, très humaine, et je pense qu'on s'est bien compris. On a discuté des difficultés actuelles. On s'entend [sur le fait) que ce n'est vraiment pas facile, mais je l'ai assurée de mon engagement et je lui ai dit que j'allais tout faire pour contribuer à payer les pots cassés», a soutenu l'ancien journaliste, refusant d'en dire davantage.

- Avec la collaboration de Paul Journet