Les Québécois rejettent massivement les conclusions du rapport Bastarache. Même si la crédibilité de Marc Bellemare a été sérieusement mise à mal, la population fait plus confiance à l'ancien ministre libéral et se méfie désormais davantage du système judiciaire.

Mis à jour le 21 janv. 2011
Denis Lessard LA PRESSE

Un sondage CROP réalisé hier pour évaluer l'impact des conclusions de la commission d'enquête sur la nomination des juges révèle que tout cet exercice débouche sur un désastre de relations publiques pour Jean Charest.

S'il sort indemne des conclusions du commissaire Bastarache, le premier ministre sort plutôt mal en point de cette opération aux yeux de la population.

L'enquête, menée hier auprès de 405 internautes, reste essentiellement un coup de sonde réalisé sur un rapport tout chaud. Mais elle révèle clairement la tendance qui se dégage au lendemain de la publication du rapport de Michel Bastarache.

Ce dernier a conclu que l'ancien ministre Bellemare n'avait pas été forcé d'agir contre son gré dans la nomination de juges, qu'il n'avait pas été contraint d'agir contre sa conscience pour satisfaire des bailleurs de fonds du Parti libéral. Or, 66% des gens sont en désaccord avec ces conclusions, et 34% des répondants partagent le verdict du commissaire.

L'enquête montre que l'opération aura eu finalement l'effet d'un boomerang pour le premier ministre qui, en dépit des conclusions de Michel Bastarache, sort affaibli de l'exercice.

«Pour le gouvernement, c'est un fiasco de relations publiques, les gens se sentent manipulés, ils divergent de point de vue avec les conclusions du rapport», résume Youri Rivest, vice-président de CROP.

Quand on leur demande leur perception après que l'ancien magistrat de la Cour suprême eut conclu qu'il n'y avait pas eu d'ingérence politique dans la nomination de juges, 75% des répondants disent avoir «autant», voire «davantage» confiance en Marc Bellemare. Seulement 25% des répondants estiment que la Commission a érodé leur sympathie à l'endroit de l'ancien ministre libéral.

En revanche, pour Jean Charest, le verdict est impitoyable: 68% des gens soutiennent avoir désormais moins confiance en lui. Pour 25% des répondants, il n'y a pas eu de changement, et Jean Charest ne sort grandi de cette opération qu'aux yeux de 7% d'entre eux.

Mais il y a plus. En démontant sur la place publique le mécanisme de la nomination des juges, la commission Bastarache a manifestement entaché l'image d'indépendance du système judiciaire. Ainsi, 61% des gens disent avoir maintenant «moins confiance en l'impartialité du système de justice québécois». La Commission n'a rien changé pour une personne sur trois (35%). Seulement 4% des gens ont désormais une meilleure opinion de la justice québécoise.

Youri Rivest estime que, avec le rapport Bastarache, Jean Charest a «remporté une victoire juridique mais perdu la bataille de l'opinion publique». En dépit des conclusions de Michel Bastarache, «les Québécois continuent de croire la version de Marc Bellemare».

Selon eux, Jean Charest «a voulu se servir de la Commission à des fins personnelles», observe le spécialiste. «Les gens se sentent manipulés», car 76% des gens estiment que cette commission a été «un prétexte pour régler un conflit de nature politique». Seulement une personne sur quatre (24%) juge que l'opération, qui a duré 10 mois et coûté 5 millions de dollars, a été «utile et nécessaire».

Aussi, quand on met dans la balance la version de M. Charest et celle de M. Bellemare, le verdict populaire est embarrassant pour le premier ministre. Pas moins de 72% des gens disent prêter davantage foi à la version de Marc Bellemare. Dans ses entrevues, hier, l'ancien ministre a rappelé que, jusqu'ici, environ 60% des gens l'appuyaient, selon les sondages.

En revanche, seulement 28% des gens croient plutôt la version de Jean Charest.

«C'est dire qu'il y a des électeurs libéraux, peut-être un sur cinq, qui croient Marc Bellemare», observe Youri Rivest.