Marc Bellemare a riposté jeudi à Jean Charest par une contre-poursuite de 900 000$ à laquelle il a joint des documents qui pourraient embarrasser le premier ministre et rétrécir considérablement sa défense devant la commission Bastarache.

Mis à jour le 3 sept. 2010
Denis Lessard LA PRESSE

De ces face-à-face au cours desquels l'ex-ministre soutient avoir dénoncé fermement l'influence occulte des bailleurs de fonds du PLQ, Jean Charest ne retient que des impressions très générales.

C'est ce que révèle la transcription de l'interrogatoire préalable auquel il s'est prêté le 14 juillet dernier, un passage obligé dans la poursuite en diffamation qu'il a intentée contre son ancien ministre.

Stratégiquement, Marc Bellemare a rendu publique une partie de cet interrogatoire, jeudi. M. Charest «n'a que très peu de souvenirs de ces rencontres», résume Marc Bellemare dans sa défense.

L'ex-ministre, lui, a donné dans le détail le moment, l'endroit et la durée des entretiens qu'il a eus avec le premier ministre. M. Charest se souvient que Marc Bellemare est venu le rencontrer «à quelques reprises» pour lui parler «d'un groupe de dossiers, je n'ai pas en mémoire, là, mais il y avait différents dossiers».

De mémoire, il situe «en octobre» une rencontre que Me Bellemare fixe au 2 septembre, et ne se souvient plus de l'endroit. Marc Bellemare se souvient quant à lui de beaucoup de détails, jusqu'au Perrier qu'on lui a servi au bureau du premier ministre à Québec.

Il soutient avoir rencontré M. Charest le 8 janvier à Montréal pour lui parler notamment du passage d'argent comptant de Franco Fava à un permanent du PLQ. Jean Charest ne se souvient même pas d'avoir vu Me Bellemare.

«M.Bellemare est-ce qu'il m'a dit des choses où il dit: dans le financement, il y a des irrégularités, des choses qui ne sont pas correctes ou qui sont illégales? Je n'ai pas de souvenir de ça», a laissé tomber Jean Charest, qui s'était fait accompagner de son avocat, Me André Ryan.

Un seul souvenir, vague, rejoint la déposition de Marc Bellemare devant la commission Bastarache: l'ex-ministre lui avait touché un mot du remplacement de Huguette St-Louis comme juge en chef de la Cour du Québec.

L'interrogatoire montre aussi que M.Charest a joué de ruse quand il a nié formellement avoir discuté avec Marc Bellemare à un «buffet dans une salle attenante au conseil des ministres». Au conseil des ministres, un buffet est servi, mais pas dans «une salle attenante». Une fois ce détail mis de côté, la dénégation est moins ferme. M.Charest avoue ne pas se souvenir de conversations avec Me Bellemare durant ces buffets. Selon le témoignage de Me Bellemare, c'est pourtant à cette occasion que Jean Charest lui a fait signe de se taire et promis une discussion sur les «irrégularités» touchant le financement du PLQ.

Jean Charest estime que Marc Bellemare «joue sur les mots» en parlant «d'informations embarrassantes» pour le gouvernement, sachant bien que la population y verra des «illégalités». C'est le «modus operandi de M.Bellemare, qui jette le doute sur tout le monde, sur le premier ministre, mais qui n'en dit pas plus». Marc Bellemare a «joué un rôle très puissant à alimenter» les allégations qui ont terni l'image du gouvernement le printemps dernier, selon lui.

Poursuite acerbe

Dans sa défense, jeudi, Me Bellemare en a profité pour contre-attaquer sur le même terrain. Il poursuit Jean Charest pour un total de 900 000$ (600 000$ pour atteinte à sa réputation et 300 000$ en dommages punitifs). La poursuite de M. Charest réclame 700 000$ à l'ex-titulaire de la Justice.

Pour rédiger cette poursuite, le procureur de Me Bellemare, Jean-François Bertrand, a clairement plongé sa plume dans le vinaigre. Selon lui, avec sa poursuite, Jean Charest tente de «bâillonner et d'intimider», un recours que veut précisément empêcher une loi récemment adoptée à l'Assemblée nationale.

Il réfute ensuite la poursuite de Jean Charest en notant qu'il est inscrit au Barreau sous le nom de John James-qui figure sur son certificat de baptême. Les pièces jointes évoquent aussi la démission de Jean Charest à Ottawa- à titre de ministre, il avait passé un coup de fil à un juge pour l'influencer sur un verdict imminent. Selon Marc Bellemare, Jean Charest «été l'artisan de son propre malheur en mettant constamment au défi le demandeur de dévoiler l'ensemble des informations qu'il possédait».

Enfin, Marc Bellemare produit un sondage qui démontre que le gouvernement Charest «avait connu une baisse majeure de crédibilité» avant qu'il n'intervienne publiquement.