Le verdict de culpabilité dans le procès de la famille Shafia déchire la communauté afghane, où certains jugent les preuves insuffisantes pour les condamner à la prison à vie.

Mis à jour le 30 janv. 2012
Pierre-André Normandin LA PRESSE

«La communauté est déchirée. C'est très difficile pour la communauté afghane de savoir s'ils sont vraiment coupables. Peut-être sont-ils coupables, mais de meurtre prémédité? On ne le sait pas», a indiqué dimanche après-midi Rashid Rahmani, président de l'Association culturelle des Afghans du Québec. Rivé à son téléviseur, Rashid Rahmani essayait de comprendre comment le jury avait pu en arriver à condamner Mohammad Shafia, son épouse, Tooba Yahya, et leur fils, Hamed. L'homme d'origine afghane dit douter de leur responsabilité dans la mort de Zainab, 19 ans, Sahar, 17 ans, et Geeti 13 ans et Rona Amir. «Selon l'écoute électronique et les témoignages, ils sont coupables, ils ont tué leurs enfants. Mais pour moi, je ne suis pas certain. Il y a des preuves, mais pas suffisamment. Personne ne les a vus pousser l'auto dans l'eau, personne n'a dit les avoir vus tuer les quatre victimes avant.»

Rashid Rahmani a reconnu que les crimes d'honneur existent en Afghanistan, mais a assuré que ceux-ci ne sont pas pratiqués par la majorité des Afghans. «J'habite au Québec depuis longtemps et je suis habitué à la culture québécoise. Je pense qu'une personne qui tue des innocents doit être mise en prison pour la vie. Certains membres de la communauté disent que le verdict ne représente pas la culture afghane.»

Le malaise était palpable dans la communauté afghane. Des connaissances de la famille qui avaient défendu Mohammad Shafia au lendemain de son arrestation ont refusé de parler aux médias, disant maintenant ne jamais l'avoir connu.

Un verdict prévisible

Les juristes consultés ne sont pas étonnés du verdict de culpabilité tombé hier. Seule la courte durée des délibérations a surpris le criminaliste Jean-Claude Hébert. «Pour un procès de trois mois, avec l'ampleur de la preuve et des directives du juge, je trouve que 15 heures de délibérations, ce n'est pas beaucoup.»

Professeure de droit à l'Université de Sherbrooke, Marie-Pierre Robert estime que la thèse du crime d'honneur utilisée par Couronne a été déterminante pour faire condamner les trois Shafia. «Malgré les difficultés de la preuve, elle a été jugée suffisamment forte pour en venir à des verdicts de culpabilité. La thèse du crime d'honneur a contribué à cela.»

Le verdict de culpabilité a rapidement fait le tour du monde, dimanche. La nouvelle a été la plus lue et commentée sur les sites de CNN, aux États-Unis, et de la BBC au Royaume-Uni. Des quotidiens australiens en ont également fait écho.