Le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) interjette appel du verdict rendu le 5 juillet dans le dossier Guy Turcotte, reconnu non criminellement responsable du meurtre de ses deux enfants, un verdict qui avait semé la controverse.

Mis à jour le 23 juill. 2011
Anabelle Nicoud LA PRESSE

«Le DPCP estime que le juge a erré en droit sur des points susceptibles d'avoir influencé le jury dans ses conclusions quant à la non-responsabilité criminelle pour cause de troubles mentaux», peut-on lire dans un communiqué lapidaire diffusé vendredi après-midi. Le bureau du DPCP n'a pas souhaité ajouter de commentaire, vendredi. Les avocats de Guy Turcotte ont eux aussi refusé de commenter.

Si l'appel est accueilli, Guy Turcotte aura un autre procès.

Des erreurs

Selon les arguments du ministère public cités par l'avis d'appel, le juge Marc David a fait des erreurs dans ses directives pour expliquer aux jurés la notion de non-responsabilité criminelle. Au terme d'un procès de trois mois, le jury devait choisir entre quatre verdicts: la non-responsabilité criminelle pour cause de troubles mentaux, coupable de meurtre prémédité, de meurtre non prémédité ou d'homicide involontaire.

Pendant 12 semaines, le procès de Guy Turcotte a suscité une vive émotion au Québec. Le 20 février 2009, Guy Turcotte, qui était alors cardiologue, a poignardé à de multiples reprises ses enfants, Olivier, 5 ans, et Anne-Sophie, 3 ans. Les deux petites victimes passaient le week-end avec lui dans la maison qu'il louait à Piedmont depuis sa séparation d'avec leur mère, Isabelle Gaston, médecin urgentologue, trois semaines plus tôt.

Si Guy Turcotte a admis dès l'ouverture du procès avoir tué ses enfants, il a nié en avoir eu l'intention. Selon lui, son jugement était altéré par la maladie mentale, un trouble d'adaptation avec anxiété et humeur dépressive, dont il souffrait alors. La nuit du drame, il a avalé du lave-glace pour se suicider, mais il a été sauvé le lendemain matin par les policiers, alertés par ses parents. Les corps des enfants ont été trouvés dans leurs lits. Leur père s'était caché sous le sien.

Au cours de ce procès, le juge Marc David a multiplié les précautions afin d'éviter, justement, un appel. Mais le verdict, rendu à l'unanimité par les 11 jurés à l'issue de 6 jours de délibération, a créé la surprise. «Je ne m'attendais pas du tout à ce verdict», a dit Isabelle Gaston devant les journalistes, à l'issue du procès. Toutefois, elle a ajouté: «Je ne retournerai jamais plus à un procès et je poursuivrai ma route.»

La décision d'interjeter appel revient au ministère public, et il n'a pas été possible de savoir vendredi si la mère des deux jeunes victimes y a donné son accord.

Le pourvoi n'étonne pas les observateurs. La Couronne avait en effet demandé à réentendre l'intégralité du procès. «L'opinion publique a une influence et, dans les causes de meurtre, il est courant de voir des appels. Ce n'est pas une surprise pour moi», a dit l'avocat criminaliste Conrad Lord.

Protestations

Depuis le 5 juillet, les groupes de protestation contre le verdict se sont multipliés sur Facebook, tout comme les appels à la manifestation. Vendredi, sur la page du plus populaire d'entre eux, les commentaires allaient bon train. «Ce n'est pas une victoire définitive, mais moi je vois ça comme une guerre. Et là, on a gagné la première bataille», a expliqué à La Presse Sylvie Provost, l'une des 22 690 «fans» de la page Facebook «Contre le verdict du procès Guy Turcotte».

Les manifestations, prévues au mois d'août un peu partout au Québec, sont maintenues. Patrick Gaston, le frère d'Isabelle Gaston, participera d'ailleurs à celle de Montréal, a-t-il dit vendredi sur les ondes de TVA. «Le public ne lâchera pas. Nos mères se sont battues pour nous, et nous allons nous battre pour nos enfants», soutient Mme Provost.