(Montréal) Des experts affirment que le vol nolisé de Sunwing qui a été marqué par une agitation festive sans masque et sans distanciation aurait pu être interrompu à mi-parcours si certains protocoles d’aviation avaient été strictement suivis.

Mis à jour le 6 janvier
Christopher Reynolds La Presse Canadienne

Des vidéos du voyage du 30 décembre de Montréal au Mexique partagées sur les réseaux sociaux montrent des passagers le visage découvert à proximité, chantant et dansant dans l’allée et sur des sièges, certains se passant des bouteilles d’alcool, vapotant et prenant des égoportraits.

John Gradek, responsable du programme de gestion de l’aviation de l’Université McGill, a souligné que le commandant de bord avait la responsabilité de l’avion, y compris la décision de faire demi-tour ou d’atterrir de manière prématurée en raison d’un comportement indiscipliné ou d’autres violations de la part des passagers.

« Les pilotes ont essentiellement toute latitude pour manœuvrer l’avion, a déclaré M. Gradek lors d’un entretien téléphonique. C’est le patron à bord de l’avion. C’est sa décision. Mais il ou elle le fait en consultation avec le siège social, en consultation avec la répartition à Toronto. »

« Je suppose que le répartiteur de Sunwing leur a demandé de continuer », a-t-il ajouté.

Sunwing a refusé de commenter la décision de poursuivre le vol jusqu’à sa destination, évoquant « des enquêtes internes et réglementaires actives ».

Le voyagiste installé à Toronto a déclaré dans un courriel que les passagers — certains étant des influenceurs établis au Québec — avaient enfreint les règlements de l’aviation et les règles de santé publique avec un « comportement indiscipliné », ce qui a incité le déclenchement d’une enquête interne.

La santé et la sécurité de l’équipage et des passagers sont « toujours notre priorité absolue », a écrit Sunwing.

Par conséquent, le voyagiste installé à Toronto a annulé le vol de retour du groupe au départ de Cancún qui était prévu mercredi.

Louis-Éric Mongrain, qui a travaillé comme pilote de ligne commerciale pendant 14 ans avant que la pandémie ne frappe, a déclaré que la décision d’interrompre le vol se résume à une évaluation des risques.

« Si la sécurité d’autres passagers ou d’autres membres d’équipage est en jeu, il est absolument nécessaire de dérouter l’avion à ce stade si cela est faisable », a-t-il déclaré lors d’un entretien téléphonique.

« Mais cela suppose que les passagers ont été exhortés à cesser leur comportement (indiscipliné). S’ils ne l’ont pas été, cela ne s’applique pas vraiment », a-t-il ajouté.

Transports Canada a également lancé une enquête en collaboration avec les ministères fédéraux de la Santé et de la Sécurité publique.

Transports Canada a prévenu que le non-respect des réglementations liées à la COVID-19 et à la sécurité aérienne pouvait entraîner des amendes allant jusqu’à 5000 $ par infraction. Il a également noté que toute personne donnant de fausses informations à un représentant du gouvernement canadien — sur le statut de vaccination, par exemple — peut encourir des amendes pouvant aller jusqu’à 750 000 $, ou une peine de six mois de prison ou les deux à la fois.

Les passagers pas « agressifs »

Rena Kisfalvi, présidente de la section locale du Syndicat canadien de la fonction publique représentant environ 1000 agents de bord de Sunwing, a déclaré que même si la situation avait dégénéré, ses collègues lui ont dit que les passagers n’avaient jamais été « agressifs ».

« Ce n’était pas un évènement catastrophique, a-t-elle déclaré lors d’un entretien téléphonique. Étaient-ils en non-respect sur le vapotage ? Oui. Étaient-ils en non-respect sur les masques ? Oui. Étaient-ils en non-respect sur la consommation d’alcool ? Oui. »

« Mais lorsque vous êtes dans les airs et que vous êtes à mi-chemin de l’endroit où vous devez être, de nombreux facteurs entrent en jeu pour faire pivoter cet avion ou le faire atterrir immédiatement », a-t-elle déclaré.

« Je pense que c’est une décision qu’ils ont prise en tant qu’équipage. »

Robert Kokonis, président de la société de conseil AirTrav, affirme que des mesures d’urgence sont justifiées si le comportement des passagers en vient à menacer la sécurité des voyageurs, et dit ne pas comprendre que l’avion ne soit pas revenu immédiatement au Canada.

« Le protocole pour la plupart des transporteurs dans une situation comme celle-là, où le personnel de cabine a perdu le contrôle des passagers du vol, est de faire poser l’avion dès que possible. S’ils peuvent rentrer au Canada, tant mieux. Sinon, vous vous installez à l’aéroport le plus proche où cela aurait du sens », a-t-il déclaré lors d’un entretien téléphonique.

L’organisateur du voyage, qui s’identifie sur les réseaux sociaux sous le nom de James William Awad, a déclaré jeudi dans un article de blogue qu’il avait initialement accepté les conditions de Sunwing pour le vol de retour, notamment qu’aucun alcool ne serait servi, que tous les passagers « resteraient assis avec leur ceinture attachée » et que plusieurs « gardiens » seraient à bord pour le vol.

Mais M. Awad a déclaré qu’il n’avait pas pu « conclure un accord », car Sunwing avait refusé de fournir des repas sur le trajet d’environ cinq heures.

Sunwing n’a pas répondu aux questions sur les réclamations de l’organisateur.

Le premier ministre Justin Trudeau a fustigé les passagers perturbateurs mercredi, les qualifiant de « gang de sans-dessein ».