Si Patrick Huard coule le parfait bonheur sur scène, il est moins heureux en affaires. Son bar de Longueuil vient de faire faillite après 16 ans d'existence. Au moment de la fermeture, l'acteur et son associé avaient des dizaines de milliers de dollars de dettes de loyer, d'électricité, de frais de rénovations et de fournitures de bière. La plupart des créanciers n'ont toujours pas vu la couleur de leur argent.

Mis à jour le 4 avr. 2012
Gabrielle Duchaine LA PRESSE

Au Diable Bar, fondé en 1996 après que l'acteur et humoriste eut acheté la salle de billard où il allait jouer durant ses études au cégep, était vide depuis des mois au moment de la déclaration officielle de la faillite de près de 150 000$, à la fin de 2011.

Selon des documents de la Cour, Huard et son associé ont dû se résoudre à fermer en raison d'une diminution des ventes et de la fréquentation à la «suite des rénovations qui ont exigé une fermeture complète» et dont les coûts de 600 000$ ont dépassé le budget.

Dette à l'architecte

L'associé, André Desrochers, voit les choses autrement. Il affirme, document à l'appui, que Patrick Huard a emprunté près de 200 000$ à l'entreprise au fil des ans par l'entremise d'une boîte de production (Procuctions TAP) qui lui appartenait, ce qui aurait contribué à la mort du bar.

«Je croyais qu'il rembourserait aussitôt qu'on aurait des difficultés financières. Malheureusement, ce ne fut pas le cas. Il est devenu quasi invisible dans les deux dernières années, ce qui a nui énormément à l'entreprise, dont le succès était en partie basé sur la popularité de Patrick.»

Quoi qu'il en soit, le bar était devenu «incapable de faire face à ses obligations financières courantes», dit le document de faillite produit en Cour supérieure en novembre. Cela, depuis plusieurs années.

Le tandem devait notamment 4000$ depuis trois ans à l'architecte qui avait dessiné les plans en vue du réaménagement du bar et de la salle de billard, en 2008.

«Ils refusaient de me payer sous prétexte qu'ils n'avaient pas utilisé les plans», explique l'architecte floué, Pierre Farley. Ce dernier a poursuivi le bar devant la cour des petites créances. Il a gagné, mais l'établissement a fait faillite avant qu'il soit remboursé. «J'attends toujours des nouvelles», dit-il.

Poursuite du propriétaire

Patrick Huard et son associé ont aussi été poursuivis par le propriétaire de l'immeuble de la rue Saint-Charles où était installé leur bar, à qui ils devaient trois mois de loyer, dont un remontant à l'été dernier. Ils ont été condamnés, quelques semaines à peine avant de déclarer faillite, à verser plus de 46 000$ en remboursements et en dommages. Ils doivent en outre, encore aujourd'hui, 15 000$ en impôt foncier à l'ancien propriétaire de l'endroit, l'entreprise Sobeys, qui n'était pourtant plus dans le portrait depuis février 2011.

Parmi les autres créanciers figurent Molson, Hydro-Québec, la Banque Royale du Canada, Vidéotron, la Ville de Longueuil et plusieurs petites entreprises. «La plupart ne seront pas remboursés», croit André Desrochers, qui indique que seules la Banque et Molson ont reçu leur argent.

Dans l'ombre

Patrick Huard a démissionné de son poste de président du conseil d'administration d'Au Diable Bar peu avant de mettre la clé sous la porte, «pour ne pas avoir à faire face aux créanciers», l'accuse son ex-associé. Cela lui a permis de tenir son nom à l'écart de tous les papiers liés à la faillite.

Patrick Huard n'a pas souhaité répondre aux allégations de son ancien partenaire d'affaires ni, d'ailleurs, à aucune question en lien avec la faillite de son établissement. «Il est en tournée et n'a pas de temps pour ça. Vous voulez faire du scandale, allez-y», a lancé son agent, François Flamand, visiblement irrité.