Homélies des 3, 10 et 17 décembre 2006 - Christian Lépine était alors curé à Repentigny.

Publié le 20 mars 2012



Contempler le mystère de la Sainte Famille, c'est contempler un mystère ineffable, inépuisable. On peut regarder ce que Joseph et Marie sont l'un par rapport à l'autre, ce que les deux sont pour Jésus, ce que Jésus est pour eux. On peut regarder ce qu'ils sont à la fois individuellement et ensemble par rapport à Dieu.

Prenons le temps de nous arrêter et de contempler ce que Marie et Joseph sont l'un pour l'autre, et comment leur relation d'époux et d'épouse s'articule avec leur relation à la fois personnelle et commune à Dieu. Une telle contemplation nous conduit à admirer Marie et Joseph. Cependant il ne s'agit pas de se limiter à honorer, mais d'imiter en les prenant comme modèle de vie au service de Dieu, et de couple.

Marie étant à la fois Vierge, épouse et Mère; Joseph étant à la fois vierge, époux et père; on peut se demander en quoi ils peuvent constituer de façon réaliste un modèle de vie de couple. Pourtant une contemplation de leur âme, une réflexion méditative sur les attitudes intérieures qui façonnent leur coeur, peut être une source de lumière, de réconfort et de force, pour les adolescents et les adolescentes, ainsi que pour les personnes qui sont fiancées comme pour celles qui sont mariées.

Primauté de l'Amour de Dieu

Pour Marie et Joseph, «servir Dieu et s'appartenir l'un à l'autre»1 ne s'opposent pas mais conduisent l'un à l'autre. Et plus encore ces deux aspects «ne se situent pas pour eux sur le même pied: c'est la volonté de servir [Dieu] qui est déterminante et qui fonde leur union», c'est-à-dire qui les conduit à se donner l'un à l'autre comme époux et épouse selon le plan d'Amour de Dieu, selon leur mission.

Marie

Lorsqu'au moment de l'Annonciation Marie dit oui à Dieu elle aurait pu demander un délai pour réfléchir, pour voir si elle pouvait intégrer dans ses projets personnels et ses désirs propres, cette orientation de sa vie demandée par Dieu. Ce qui lui est demandée elle ne pouvait pas l'avoir prévu, c'est immense, c'est une direction qui est donnée, mais sans pouvoir savoir par avance, ne serait-ce qu'un peu, ce que sera le chemin.

Le oui de Marie présuppose qu'elle avait déjà donné sa vie à Dieu dans un désir suprême de Le servir quelque soit le service demandé. «Elle ne connaît qu'une résolution et elle l'exécute sans détour, sans arrêt, sans retour en arrière: faire parfaitement en tout la volonté de Dieu.»

Marie ne cherchait «pas à disposer d'avance la forme de sa vie.» Ayant totalement confiée «à Dieu la configuration de toute sa vie», en tant que fiancée elle voit Joseph comme lui ayant été donné par Dieu. Elle aspire à vivre avec Joseph une appartenance mutuelle, un don mutuel et une ouverture mutuelle, une fécondité. Tout cela au nom même de son amour de Dieu qui lui confie Joseph comme époux. En même temps «elle laisse ouverte la configuration de son mariage», afin que ce soit un mariage au service de Dieu.

Joseph

Joseph, après chaque songe, accomplit de façon diligente ce qui lui est demandé. Nous découvrons chez lui une «soumission à Dieu, qui est promptitude de la volonté à se consacrer à tout ce qui concerne son service»2.

«Joseph au moment des fiançailles, .. fait l'expérience de l'amour réel d'une femme, et cet amour de sa fiancée l'enrichit comme seul l'amour d'une femme peut combler un homme. A la lumière de cet amour il voit devant lui la vie qu'une fois marié il aura à organiser pour sa famille.»»... il se prépare à un mariage humain ordinaire.»

« Sans s'être jusque-là douté de rien, il aperçoit la grossesse de sa femme. Et il ne peut faire autrement que de douter.»» Il ne songe pas à se fâcher contre elle. Même dans le doute il garde à son égard ... un profond respect qu'il a toujours eu et qui ne l'abandonnera jamais.»

«Devant le miracle de l'Esprit Saint, ce sera pour lui un renoncement»: renoncement aux relations conjugales propres aux époux selon le plan même Dieu dans la création, renoncement à la fécondité corporelle.

C'est un renoncement auquel Joseph est capable de dire oui car il est déjà parfaitement chaste. Jamais il n'a regardé Marie avec convoitise, toujours il a voulu l'aimer pour elle-même, pour son bonheur. Jamais il n'a pensé à la prendre comme un objet, toujours il n'a pensé qu'à se donner à elle.

Son coeur pur et son regard clair le rendent capable d'un renoncement profond pour un don magnanime de soi. «Quand il devra renoncer c'est dans toute la vigueur de son sexe qu'il le fera et, par ce renoncement, sa virilité elle-même se trouvera fortifiée. L'ampleur de son renoncement lui donnera la force de persévérer au fil des années dans sa mission. Ce n'est pas un homme languissant [et déçu] que Marie aura à ses côtés, mais quelqu'un qui connaît sa force et l'a sacrifiée en toute simplicité, généreusement. Son renoncement est accepté avec force et fermeté, et dès lors il s'exercera jusqu'au bout dans le silence.»

La chasteté est une force de don de soi et Joseph «vit dans sa maison avec femme et enfant, semblable en apparence à tout autre époux.», en étant toujours parfaitement fidèle et capable d'une bonté à la fois forte et douce.

Marie et Joseph

Pour Marie et Joseph leurs «fiançailles et toute leur vie sont consacrées» au service de Dieu. «Cela, ils le savent dès le moment des fiançailles, et ils le savent si bien qu'ils n'écartent pas la moindre possibilité de servir que Dieu pourrait leur demander au cours de leur mariage.»

«Jusqu'ici leur première pensée à l'un comme à l'autre a été de servir Dieu et telle sera aussi la première pensée de leur vie commune.»

«Le mystère que chacun des époux a vis-à-vis de Dieu non seulement ne troublera pas l'amour mutuel, mais ne peut que le féconder, l'approfondir, l'ennoblir. Loin de mettre en danger la totalité de leur abandon, il est à la longue la meilleure garantie qu'un amour humain demeure toujours vivant et nouveau.»

Primauté de la vie intérieure

La préparation au mariage chrétien, selon l'exemple de Joseph et de Marie, a donc comme toile de fond le désir de chercher et de faire la volonté de Dieu, d'être radicalement et une fois pour toutes à la disposition de son Plan d'Amour. Cela va jusqu'à dire: Seigneur est-ce que c'est lui que tu me donnes, que tu me confies comme époux? Seigneur est-ce que c'est elle que tu me donnes, que tu me confies comme épouse?

Alors que de multiples voix se font entendre pour parler de l'amour entre un homme et une femme d'une façon qui apprend aux personnes à convoiter et à saisir l'autre, la chasteté est le chemin à suivre pour apprendre à se donner l'un à l'autre.

On entend de toute part : aimer c'est trouver la personne qui satisfait les besoins du moment. Il ne s'agit pas de satisfaire ses besoins, mais de mettre en premier le bonheur de l'autre. Une relation de consommation est un acte de violence, non un acte d'amour. Réduire l'autre à un objet par lequel je me satisfais c'est l'amour de soi égocentrique qui dépossède l'autre de sa dignité de personne digne d'être aimée pour elle-même.

Le oui des époux donné au moment du mariage présuppose donc pour être pleinement vécu une disponibilité à servir Dieu, ainsi qu'une chasteté qui prépare au don total et gratuit de soi

Chaque personne a une mission, chaque couple a une mission, chaque famille a une mission: il s'agit de «laisser Dieu disposer totalement de toute son existence», personnelle, conjugale et familiale, en organisant sa vie à l'intérieur d'un abandon confiant.

La disponibilité et la force de don de soi présupposent la primauté de la vie intérieure, c'est-à-dire la primauté de la vie d'union à Dieu qui se réalise à travers la prière personnelle et les sacrements. Une option nous est présentée, un choix nous est donné: s'emparer l'un de l'autre, ou, se donner l'un à l'autre.

Prions Marie et Joseph pour que les adolescents et les adolescentes aient le désir d'apprendre à se donner avec la grâce de Dieu. Prions Marie et Joseph pour que les fiancés vivent leur temps de fiançailles comme un temps privilégié d'attention à l'autre dans la chasteté. Prions Marie et Joseph pour que les couples vivent le don mutuel dans la joie et le respect profond l'un de l'autre, à l'intérieur d'un service commun de Dieu.

Tout cela c'est plus qu'un idéal, c'est la réalité pour laquelle nous sommes faits. C'est pourquoi il faut être d'autant plus sensible aux situations de brisures familiales : elles blessent profondément les personnes qui voient s'écrouler la réalisation de leurs aspirations les plus profondes. Recourons à l'intercession de Marie et Joseph car Dieu est capable de guérir toutes les blessures et de compenser pour tous les manques par le don même de sa présence agissante et de sa Paix.

1 Adrienne von Speyr, la Servante du Seigneur, éd. P. Lethielleux, coll. Le Sycomore, Paris, 1980; chapitre Marie et Joseph, p. 61 à 73: à moins d'une autre indication toutes les citations viennent de ce chapitre.

2 S.S. Jean-Paul II, Saint Joseph dans la vie du Christ et de l'Eglise, Montréal, éd. Fides, coll. l'Eglise au quatres vents, 1989; no 26, p. 38.