En voyant le sang gicler de son oeil mercredi dernier, Francis Grenier croyait que les policiers lui viendraient vite en aide. «J'ai toujours cru que le travail des policiers est de protéger et de servir la population. Malheureusement, ce que j'ai vu, c'est de l'arrogance et du je-m'en-foutisme.»

Tristan Péloquin LA PRESSE

«J'étais complètement en panique. J'essayais juste d'essuyer le sang pour ne pas qu'il coule dans mon oeil. Tout ce que je voyais, c'était le visage des autres étudiants qui paniquaient autant en implorant un policier d'appeler l'ambulance», a-t-il dit dimanche lors d'un long entretien téléphonique avec La Presse.

Environ cinq minutes avant que la situation dérape, Francis Grenier jouait de l'harmonica assis dans la rue, près du siège social de Loto-Québec, avec un petit groupe de personnes. D'autres étudiants ont alors érigé une barrière de grillage au milieu de la rue, coinçant Francis et le petit groupe entre les policiers et les grilles. «Il y a eu un premier avertissement de la police. On ne voulait pas rester pris là. On a voulu reculer, et c'est là que j'ai entendu la première détonation».

Selon plusieurs témoignages et des images diffusées sur YouTube, les policiers ont lancé au moins deux grenades assourdissantes dans la foule.

«J'ai vu la deuxième bombe. C'était un objet argenté, qui a éclaté tout près de moi, à un pied de ma tête. J'ai vu un flash noir et une giclée de sang. J'ai couru et j'ai mis mes mains au visage. À chaque fois que je regardais mes mains, il y avait plus de sang. Alors je me suis mis à paniquer», raconte l'étudiant de 22 ans.

Il dit avoir couru jusqu'au l'angle des rue Bleury et Sherbrooke, où se trouvait un barrage policier. «Des manifestantes sont allés chercher des napkins pour éponger mon visage. On a alors demandé à un policier d'appeler une ambulance. Plusieurs étudiantes l'imploraient d'appeler les secours. Mais il a dit qu'il ne pouvait rien faire. Il a commencé à avancer son véhicule, puis il est parti», soutient l'étudiant.

L'ambulance a fini par arriver, et Francis Grenier a été emmené à l'hôpital, où il a vite reçu une panoplie de soins médicaux.

Le SPVM n'a pas voulu commenter la version des faits de Francis Grenier, se contentant de rappeler qu'une enquête est présentement en cours.

Aujourd'hui, après quelques jours de réflexion, Francis Grenier en veut beaucoup à ce policier qui aurait refusé de lui venir en aide. «C'était à lui d'appeler les secours. Pas à une autre personne. Il a agi avec arrogance. Il m'a dit qu'il ne pouvait rien faire, puis il est parti. J'aimerais savoir pourquoi les choses se sont passées comme ça. J'ai peur que ça se reproduise.»

Le père de Francis, Gilles Grenier, tente depuis deux jours de trouver le numéro de matricule de ce policier en contactant les témoins directs de l'incident. «Ce policier mérite de tourner des boulettes de hamburger dans un restaurant», lance-t-il. Gilles Grenier ne s'en cache pas: il songe à intenter une poursuite contre le SPVM pour la façon dont s'est déroulée l'opération policière.

Alité pour encore deux semaines, obligé de garder la tête couchée sur son oreille droite, son fils a cependant d'autres soucis. «Pour l'instant, ma priorité est de soigner mon oeil et de retrouver la vue. Après, on verra», dit Francis Grenier.

Devenu un symbole de la grogne étudiante malgré lui, il dit espérer que ses confrères continueront de manifester pacifiquement. «Je ne suis pas un militant aguerri. Je n'avais jamais manifesté avant que la grève commence. Mais il me semble que c'est un droit qu'on doit défendre. J'espère que les policiers vont le respecter.»

Photo fournie par la famille

Francis Grenier jouait de l'harmonica assis dans la rue lorsqu'une grenade assourdissante a explosé près de lui.