Zachary Richard chantait «l'arbre est dans ses feuilles». Dans le procès en diffamation intenté par Pierre Karl Péladeau, le linguiste Jean-Claude Corbeil a pour sa part insisté, hier, sur le fait qu'un mot est dans sa phrase, et que la phrase est dans son contexte.

Publié le 18 nov. 2010
Christiane Desjardins LA PRESSE

En ce sens, ce n'est pas Pierre Karl Péladeau qui a été traité de «voyou» par le vice-président des services français de Radio-Canada, Sylvain Lafrance, le 31 janvier 2007. C'est le «comportement» du président d'une compagnie qui n'a pas suivi les règles établies du Fonds canadien de télévision, estime M. Corbeil. Un mot peut avoir plusieurs sens, a indiqué M. Corbeil, qui témoignait hier matin en défense, pour Radio-Canada. «Les mots qui sont autour de ce mot le colorent d'une certaine manière et en précisent le sens. Ce groupe de mots s'insère dans un contexte plus grand, dans un contexte plus global», a expliqué l'expert, âgé de 78 ans, dont la feuille de route professionnelle est impressionnante.

Le litige qui oppose M. Péladeau à M. Lafrance s'appuie sur des déclarations faites par ce dernier le 31 janvier 2007, d'abord dans le journal Le Devoir, puis dans trois émissions de Radio-Canada dans le cadre desquelles il a accordé des entrevues. M. Lafrance réagissait au fait que Vidéotron, de la grande famille Quebecor, suspendait ses paiements au Fonds canadien de télévision. Dans Le Devoir, M. Lafrance disait ceci: «Ce gars-là se promène comme un voyou, et il est en train de faire dérailler un des systèmes télévisuels qui a le plus de succès dans le monde.» À la fin de l'article, M. Lafrance était cité de nouveau: «Qu'un diffuseur se promène comme un voyou et affirme imposer sa solution ne peut pas faire évoluer l'affaire.»

Selon M. Corbeil, le mot «comme» démontre que ce n'est pas l'homme qui était traité de voyou, mais plutôt la conduite d'un homme. «Il y a une certaine analogie entre la conduite d'une personne et celle qu'on pourrait éventuellement attribuer à un voyou.» Selon lui, c'est le contexte qui détermine le sens du mot, pas le dictionnaire. «Les dictionnaires ne sont que le matériel brut dans lequel un locuteur puise pour exprimer sa pensée», a-t-il dit. Il a donné en exemple le terme d'«État voyou», et «compagnie voyou».

Hier, en début d'audience, les avocats de Quebecor, James Woods et Richard Vachon, se sont opposés au témoignage de M. Corbeil qui, selon eux, ne servirait à rien. «Une telle expertise est inadmissible», a fait valoir Me Woods. Le juge Claude Larouche a pris l'objection «sous réserve», c'est-à-dire qu'il allait entendre la preuve et décider plus tard s'il la retenait. Les avocats de M. Péladeau n'ont pas eu beaucoup de succès avec leurs objections, hier. À un certain moment, Me Vachon a dit qu'il n'était pas d'accord avec le juge. «Je ne suis pas ici pour vous plaire», a lancé le juge Larouche.