C'est un enseignant «émotif», aux réactions plutôt vives, qui fera ses adieux aux catholiques du Québec dimanche, après avoir vécu un décalage «inévitable».

Mis à jour le 13 août 2010
Patrice Bergeron LA PRESSE CANADIENNE

C'est ainsi que le président de l'Assemblée des évêques catholiques du Québec, Mgr Martin Veillette, a esquissé le portrait du cardinal Marc Ouellet avant son départ pour Rome.

Porte-parole des évêques, Mgr Veillette a tenté de dresser, avec la plus grande des prudences, un bilan nuancé du passage de ce prélat controversé, qui a «fait sa marque». Ses positions ne correspondaient pas à celles de ses confrères en raison de sa longue absence du Québec, a-t-il résumé.

Familier de la curie romaine, Mgr Ouellet a été nommé préfet de la Congrégation des évêques à Rome, après huit ans à la tête de l'archevêché de Québec. Il est le premier Québécois à devenir préfet d'une congrégation romaine.

Il dira au revoir aux fidèles dimanche au cours d'une cérémonie à la basilique Sainte-Anne-de-Beaupré.

Dans une entrevue vendredi à La Presse Canadienne, Mgr Veillette, qui est évêque de Trois-Rivières, a reconnu que «certaines tensions» ont surgi au cours du mandat du cardinal. On se rappelle notamment de ses déclarations récentes sur l'avortement.

Mgr Veillette a rappelé que son confrère est d'abord un enseignant, de par sa longue expérience en séminaire, et qu'il a donc voulu «présenter l'enseignement de l'Église tel quel, avec toutes ses perspectives».

«Son souci était de faire valoir certains points de vue qu'il considère important, a-t-il expliqué en entrevue téléphonique. Les évêques d'ici ont aussi enseigné, mais dans la manière de le faire, dans le moment de le faire... Il y a des moments où c'est plus important de garder le silence que de parler. Il y a des choses comme ça, parfois, qu'il faut savoir gérer. C'est un peu délicat.»

Il affirme avoir toujours entretenu des rapports courtois avec Mgr Ouellet. Dans sa manière de parler, le cardinal «est un émotif, qui réagit assez rapidement et qui se laisse parfois entraîner par les émotions, les sentiments, l'affection», a-t-il indiqué.

Ainsi, le primat de l'Église canadienne peut avoir laissé «partir des expressions» qui n'étaient peut-être pas les mieux formulées et «cela n'a pas plu», sur certains sujets.

«Il est le premier à le reconnaître, il sait comment il est», a précisé le porte-parole des évêques.

Et par ailleurs, il a souligné que Mgr Ouellet a eu une longue carrière à l'étranger, ce qui a causé un décalage «inévitable».  En effet, mis à part des affectations au Canada entre 1976 et 1978, ainsi qu'entre 1990 et 1996, l'homme d'Église a réalisé l'essentiel de ses engagements ailleurs dans le monde, notamment à Rome et en Amérique latine.

Or, les Québécois qui passent une longue période de temps à l'étranger perdent assez rapidement contact avec tout ce qui se passe dans la province, tant au plan social qu'au plan religieux, a fait valoir Mgr Veillette.

«Quand ils reviennent, ils sont un peu mal à l'aise, ils ne sentent plus confortables, ils comprennent plus difficilement les situations où on est rendu. Il n'est pas étonnant que le cardinal Ouellet, qui a été absent pendant bon nombre d'années, ne puisse avoir la même saisie des questions, des situations.»

Il en tient pour preuve tout le débat sur la déconfessionnalisation des écoles tenu au Québec dans les années 1990. Le clergé a pris part au processus et a accepté ses conclusions, mais Mgr Ouellet a voulu relancer les discussions, a évoqué le président de l'Assemblée des évêques.

«Il a fait sa marque, il a apporté ses couleurs propres à lui, a-t-il conclu. Il était normal qu'il aborde les questions avec l'expérience qu'il avait, expérience différente des évêques qui ont été toujours présents au Québec, alors qu'il a été absent pendant un certain nombre d'années.»

Quant à savoir si son départ à Rome est prélude à sa candidature à la papauté, Mgr Veillette a rappelé que son nom circulait déjà au conclave qui a élu Benoît XVI, mais il estime qu'«il est trop tôt pour conjecturer».