Le temps où les commentaires les plus assassins étaient pris à la légère et accueillis par un haussement d'épaules est peut-être en voie d'être révolu.

Louise Leduc LA PRESSE

Prenez Bertrand Ward, conseiller municipal de Pierrefonds-Roxboro. Au début du mois de décembre, s'estimant victime d'une campagne de dénigrement et de diffamation dans un blogue et sur YouTube, M. Ward en a eu assez: il a intenté une poursuite en dommages de 10 000$ contre son détracteur.

 

En 2008, la ville de Rawdon avait obtenu une injonction pour forcer six personnes à cesser d'écrire des propos haineux sur la mairesse et sur le directeur général dans un forum de discussion. La Cour supérieure avait alors autorisé la saisie d'une copie intégrale de la plateforme du site en cause dans les ordinateurs personnels de trois personnes.

Et bon nombre de personnes ont très hâte de connaître l'issue de la poursuite de 207 000$ intentée par une avocate de Québec, Susan Corriveau, contre le portail Canoë et le chroniqueur Richard Martineau. Ce ne sont pas les propos de Richard Martineau qui sont en cause, mais les commentaires diffamatoires qui ont été laissés à leur suite par des internautes sans qu'on les modère, de l'aveu même de Quebecor en cour.

Cesser de banaliser

Michel Dumais, journaliste spécialisé dans les nouvelles technologies et animateur de Citoyen numérique sur les ondes de CIBL, croit qu'il faut cesser de banaliser les propos haineux sur le web. «On dit à nos enfants de ne pas accepter de se faire intimider à l'école, de dénoncer ceux qui les tyrannisent, et quand il s'agit de nous-mêmes, on ne fait rien. En tout cas, moi, il y a des limites que je n'accepte plus que l'on franchisse.»

Michel Dumais a déjà relancé un internaute qui, sous un pseudonyme, s'acharnait particulièrement sur lui. Une fois démasqué, l'internaute ne s'est plus manifesté sur son blogue. Jusqu'au jour où, parce qu'il voulait se lancer en politique, il a demandé à Michel Dumais d'effacer tout ce qu'il avait écrit. «Il avait peur que ça lui nuise.»

Une autre fois, à partir de l'adresse IP d'un autre correspondant très agressif, Michel Dumais a facilement trouvé le nom de son entreprise. Il a donné un petit coup de fil à son employeur. «Le patron, qui a craint que je mentionne la chose dans mon blogue, a retrouvé l'employé en question et l'aurait sanctionné.»

Un autre blogueur raconte avoir agi exactement de même avec un internaute qui distillait son mépris pendant ses heures de bureau.

Une autre fois, ce blogueur confie avoir usé d'une autre stratégie. «Je me suis tanné et j'ai publié l'adresse internet du gars.»

Dans l'espoir avoué que sa boîte de courriel soit inondée de messages d'autres personnes tout aussi exaspérées que lui de lire ses insanités.