Les blogues servent trop souvent d'exutoire, et d'exutoire d'autant plus virulent que bon nombre de frustrés de tous crins s'y défoulent de façon anonyme.

Louise Leduc LA PRESSE

«Par moments, je choisis de ne plus lire les messages sur mon blogue. D'autres fois, je me force à les lire pour voir jusqu'où ça peut aller, dit Cécile Gladel, blogueuse dans Branchez-vous. Il m'arrive de m'inquiéter quand je me mets à me demander comment peuvent se transposer dans la vraie vie toutes les injures que je lis sur les féministes, les homosexuels et les immigrés.»

 

Ceux qui pensaient que le Québec était le seul endroit au monde où le sexisme, le racisme et l'homophobie n'avaient pas de prise auront tôt fait de perdre leurs illusions en lisant les commentaires laissés dans les blogues par des internautes de tous horizons.

«Les gens semblent plus désinhibés quand ils communiquent par le web, dit la psychologue Marie-Anne Sergerie, qui s'intéresse aux aspects psychologiques et sociaux des nouvelles technologies. Les gens disent des choses qu'ils n'oseraient pas dire si leurs interlocuteurs étaient devant eux, d'autant qu'ils ne voient pas la réaction de l'autre à leur commentaire.»

L'anonymat joue pour beaucoup, dit-elle, de même que le manque de recul: un courriel haineux ou un commentaire virulent est si vite envoyé...

Les femmes plus visées?

Comme Cécile Gladel, plusieurs blogueuses croient être particulièrement exposées aux commentaires désobligeants parce qu'elles sont des femmes.

Cette réalité est loin d'être exclusive au Québec. Déjà, en 2007, Jessica Valenti, célèbre blogueuse de New York, a signé dans le journal anglais The Guardian un texte intitulé: «How the Web Became a Sexists Paradise» (Comment le web est devenu le paradis des sexistes). Dans cet article, elle citait une universitaire qui avançait que certaines personnes écrivent sur le web «dans le seul but d'exprimer le type de discours raciste, homophobe ou raciste qui n'est plus acceptable en société, au travail ou même à la maison».

En 2006, une étude de Michel Cukier, de l'Université du Maryland, a déterminé que, dans les sites de clavardage, les internautes ayant un prénom féminin recevaient 25 fois plus de messages haineux ou à connotation sexuelle que les hommes. En 2005, une autre étude, du groupe Pew Internet and American Life Project celle-là, a établi que la proportion d'internautes qui intervenaient dans des forums de discussion ou des sites de clavardage était passée de 28% en 2000 à 17% en 2005.

À quoi attribuer ce surprenant déclin? Aux femmes, qui auraient été nombreuses à décrocher en raison des commentaires déplacés et déplaisants qu'elles recevaient.