Un entrepreneur en construction a tenté d'empêcher la tenue d'élections à Boisbriand, au nord de Montréal. Lino Zambito, dont l'entreprise a obtenu plusieurs contrats de la Ville de Boisbriand, a essayé de convaincre l'opposition d'accepter une entente pour que la mairesse, Sylvie Saint-Jean, soit seule à se présenter le 1er novembre.

Mis à jour le 16 oct. 2009
Catherine Handfield LA PRESSE

C'est ce qu'a révélé jeudi soir l'émission Enquête, diffusée sur les ondes de Radio-Canada.

Deux rencontres se sont tenues au printemps dernier dans des restaurants de la région. Lino Zambito, la mairesse Saint-Jean et les deux seuls conseillers de l'opposition étaient présents au premier rendez-vous. Les deux conseillers, Marlene Cordato et Patrick Thiffault, ont enregistré la rencontre.

Dans l'enregistrement, Lino Zambito tente de les convaincre d'accepter une entente qui permettrait à Sylvie Saint-Jean d'être réélue sans opposition. À l'époque, Marlene Cordato songeait déjà à se présenter comme candidate à la mairie, ce qu'elle fera le 1er novembre.

«Moi, je suis là pour éviter des élections à Boisbriand, puis criss, tout le monde garde leurs jobs, a dit Lino Zambito. En bout de ligne, faire un hostie de power trip de politiciens ou politiciennes, on s'en va en campagne pour avoir le même calice de résultats. Pourquoi on regarde pas en avant pis voir ce qu'on peut bâtir ensemble, hostie ?»

Son entreprise, Infrabec, a obtenu plus de la moitié des contrats de Boisbriand au cours des cinq dernières années, pour un total dépassant 50 millions, selon Radio-Canada.

Infrabec a notamment reçu le contrat de l'usine d'épuration des eaux, en 2007. Une vingtaine d'entreprises s'étaient montrées intéressées, mais seule Infrabec avait finalement soumissionné. Le coût total du projet est passé de 17 à 34 millions en deux ans, selon Radio-Canada.

La mairesse réplique

La mairesse de Boisbriand, Sylvie Saint-Jean, a nié jeudi soir qu'Infrabec ait été favorisée par son administration. «Tous nos contrats ont été attribués par appel de soumissions publiques, conformément à la loi», a-t-elle dit à La Presse par l'entremise de son porte-parole.

Mme Saint-Jean a admis avoir participé à l'une des rencontres avec Lino Zambito. Elle admet également avoir appuyé la proposition de l'entrepreneur pour éviter la tenue d'élections. «Rien n'est illégal, a-t-elle dit. Mon intention était de former une coalition pour qu'on travaille ensemble et pour faire sauver une élection coûteuse aux citoyens.»

Le conseiller Patrick Thiffault doute de cette explication financière. «Qu'est-ce que les citoyens auraient économisé en n'ayant pas d'élections ? Je ne pense pas que ce soit le but premier dans leur tête», a dit M. Thiffault en entrevue à La Presse, jeudi soir.

Marlene Cordato a quant à elle assuré que leur démarche n'était pas une tactique électorale dans le but de nuire à son adversaire. «Pour nous, la proposition de Lino Zambito va à l'encontre de notre image de la démocratie», a-t-elle dit.

Le mois dernier, le mari de Marlene Cordato, Louis Kemp, a été passé à tabac par des inconnus à son domicile. Mme Cordato avait insinué publiquement que l'agression pouvait être une tactique d'intimidation de la part de ses adversaires. La mairesse Sylvie Saint-Jean lui avait envoyé une mise en demeure pour qu'elle se rétracte.

Pourrait-il y avoir un lien entre cet événement et les révélations d'jeudi soir? «Je ne pourrais pas vous dire s'il y a un lien. On a laissé ça entre les mains de la Sûreté du Québec», a répondu Mme Cordato.