Il y a peu de moyens plus efficaces pour se donner un bon mal de tête que de se lancer à la recherche des billets d’avion les moins chers pour ses prochaines vacances. Quelle destination offre le meilleur rapport distance-prix ? Et le pire ? Nous avons suivi les fluctuations des prix pour 25 destinations à Noël, pendant la semaine de relâche et pour la première semaine de congé des vacances de la construction. Voici quelques suggestions pour aller le plus loin possible avec son argent.

Violaine Ballivy Violaine Ballivy
La Presse

À Noël… on va en Australie !

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Sydney

Il n’y a pas de surprise, à Noël, les billets sont chers, très chers, parfois deux fois plus chers qu’en temps normal, et ce, même en sortant sa carte de crédit trois mois d’avance. Par exemple, l’aller-retour Montréal-Paris entre le 22 et le 29 décembre coûte 13,51 cents le kilomètre (Air Transat), comparativement à 7,6 cents du 1er au 8 mars, pendant la semaine de relâche. Mais, surprise, pour en avoir plus pour son argent à Noël, il faut viser loin sur la mappemonde : l’une des destinations les moins chères au kilomètre est… Sydney, avec 9,8 cents le kilomètre. À l’opposé, c’est La Havane qui a le moins bon rapport distance-prix à Noël, avec 22,66 cents le kilomètre. Il faut dire que Cuba est beaucoup plus populaire en formule tout-inclus, qui permet aux voyageurs de faire des économies en payant d’un coup pour le vol et l’hébergement.

À la semaine de relâche… on va en Chine ou en Afrique

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Le Cap

C’est en mars, pendant la semaine de relâche (nous avons utilisé comme référence celle de la Commission scolaire de Montréal, du 1er au 8 mars), que les billets d’avion offrent généralement le meilleur rapport distance-prix de notre sondage. Deux des 25 destinations que nous avons étudiées se retrouvent à égalité avec un ratio de 5,14 cents le kilomètre : Le Cap, en Afrique du Sud, ou Pékin, en Chine. Certes… il y a 12 749 km entre Montréal et la capitale politique de l’Afrique du Sud, mais pensez-y : même à 1311,07 $ (Qatar Airways), un aller-retour en mars au Cap coûte moins cher qu’un aller-retour à Paris à Noël ou qu’un aller-retour à Genève à Noël, en mars ou en juillet !

Pendant les vacances de la construction…

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Buenos Aires

Penser aux vacances de l’été 2020 dès maintenant ? Oui. « Si on n’est pas flexible dans nos dates, il vaut mieux acheter longtemps d’avance, confirme Andrew D’Amours, du site flytrippers.com. Il n’y a pas de règle absolue, mais disons deux ou trois mois pour les destinations court-courriers, de deux à six mois pour les long-courriers et encore plus tôt si l’on voyage en période de pointe (Fêtes, relâche, été). Les vols de dernière minute, c’est rarement moins cher, contrairement au mythe bien répandu. » Logique, les pays situés dans l’hémisphère sud affichent alors souvent leurs plus bas prix de l’année pendant l’été, puisque c’est l’hiver là-bas : du 19 au 26 juillet 2020, Buenos Aires est à 6,15 cents le kilomètre, comparativement à plus du double à Noël ; Sydney est à 6,71 ¢/km et Lima, à 6,47 ¢/km. Pékin se maintient, peu importe la saison, dans les destinations les moins chères au kilomètre. « L’Asie offre présentement un excellent rapport distance-prix grâce à des transporteurs comme Air China, qui proposent des prix extrêmement compétitifs et font souvent des ventes éclair », souligne Alexi Roy, du site Les vols d’Alexi.

Paris ou Londres ?

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Paris

Le cœur balance peut-être entre Paris et Londres, mais pas le portefeuille : la capitale britannique affiche systématiquement des prix plus élevés que Paris, même si la distance à partir de Montréal, à vol d’oiseau, est plus courte. Aller à Paris à Noël coûtera 1489,49 $ (Air Transat), comparativement à 1661,02 $ pour Londres (Air Canada). « C’est simple : il y a beaucoup plus de compétition entre les compagnies aériennes pour les vols Montréal-Paris que pour les vols Montréal-Londres, explique John Gradek, professeur à l’Université McGill, spécialiste de l’industrie aérienne. C’est la même chose si vous comparez les prix entre les vols Montréal-Paris et Montréal-Nice ou Montréal-Lyon : ce sera plus cher [en province] parce qu’il y a moins de compétition. » Bref, ce n’est plus la distance entre deux destinations qui dicte le prix d’un billet, comme c’était le cas il y a une trentaine d’années, mais bien la compétitivité du marché, souligne John Gradek.

Plus c’est court…

Plus c’est court, plus c’est cher ? C’est plutôt vrai, à cause des frais fixes — taxes d’amélioration portuaire, frais d’enregistrement d’un bagage, etc. — qui s’appliquent à tous les billets, peu importe la destination. Du coup… on paiera des tarifs parmi les plus chers au kilomètre pour aller à Miami — dont le prix varie entre 19 et 27 ¢/km — ou à New York, entre 36 et 47 ¢/km ! Sur un billet à 480 $ entre Montréal et New York, 148 $ s’envolent en taxes et charges de toutes sortes. « Ce qui coûte cher, c’est de faire décoller un avion », explique Jacques Roy, professeur expert en gestion des transports à HEC Montréal. « À la limite, après, il peut presque planer. Le coût au kilomètre [pour faire voler l’avion] diminue donc avec la distance. »

Viser… juste à côté

Pour les destinations chères à l’année, Alexi Roy conseille de viser… un peu à côté de la cible. Des villes ont abaissé leurs frais de gestion pour attirer des transporteurs à rabais, comme Charleroi qui rivalise férocement avec Bruxelles : les aéroports des deux villes sont à égale distance du centre-ville de la capitale européenne, mais celui de Charleroi a attiré Ryanair et EasyJet, dont les tarifs d’entrée de gamme sont plus bas. « Il faut tenter de payer le moins cher possible pour son vol international et ensuite utiliser des vols avec des transporteurs de la région pour atteindre la destination de ses rêves », conseille Alexi Roy.

Le coût réel

Au-delà du prix du billet d’avion, Andrew D’Amours conseille de tenir compte des dépenses prévues à destination. « Les vols vers les États-Unis sont souvent autour de 200-300 $, mais le coût de la vie y est élevé. Pour les séjours courts, l’Amérique centrale est moins chère, même si le billet coûte 400 $, parce que la vie y est très abordable », remarque-t-il. Idem pour l’Asie du Sud-Est : « Seul ou à deux, on compense le coût du billet plus élevé en quelques jours, parce qu’on peut voyager à petit budget pour 30 $ par jour. » Dans tous les cas, pour trouver des aubaines, il suggère d’être flexible soit sur les dates, soit sur la destination des vacances : « La clé par contre, c’est de réfléchir à quatre, cinq destinations qui nous intéressent, parce que quand les aubaines passent et que les dates nous conviennent, il faut acheter tout de suite. Le lendemain, c’est trop tard. »

Et au Québec ?

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Kuujjuaq

Au Québec, « il n’y a pas ou presque pas de compétition, alors les prix sont chers », résume John Gradek. Vrai. Pendant la période des Fêtes, un aller-retour à Sept-Îles coûte 598 $, soit 40 ¢/km. À 2709,09 $ (plus cher qu’un aller-retour à Tokyo), un aller-retour Kuujjuaq-Montréal revient à 93 ¢/km. Un vol pour Québec à 673,32 $, coûte 1,43 $/km ! « Ça coûte souvent le même prix ou moins cher d’aller à Paris qu’aux Îles-de-la-Madeleine », observe John Gradek. Les tarifs sont si élevés qu’il n’y a pas une forte demande, poursuit le professeur. Et donc, moins d’entreprises tentées de se lancer dans ce marché de niche qui compte parfois moins de 100 passagers par semaine.

1149 $ : C’est le prix d’un aller-retour entre Montréal et Paris, du 22 au 29 décembre, annoncé à la fin de juillet. Le même billet se détaillait le 20 septembre à 1489 $, soit 340 $ de plus. En période de pointe, il vaut mieux réserver ses billets pour les long-courriers le plus longtemps d’avance, observe Andrew D’Amours. Pour un aller-retour Montréal-Londres, toujours du 22 au 29 décembre, le prix a grimpé de 230 $ entre juillet et la fin de septembre.

93 : Le Canada occupe le 93e rang, sur 140, au classement des pays les plus compétitifs en matière de taxes et de frais d’améliorations aéroportuaires, dans le plus récent rapport du Forum économique mondial. C’est mieux que les États-Unis (au 112e rang), semblable à la France (85e rang), mais loin derrière le Portugal (12e rang), une destination qui a le vent en poupe.

30 $ : Frais d’améliorations portuaires facturés par Aéroports de Montréal à tous les passagers en partance de l’aéroport Montréal-Trudeau. « Les taxes [d’améliorations portuaires] ont augmenté beaucoup depuis 20, 30 ans », remarque Jacques Roy.

Méthodologie

Nous avons comparé les prix des billets d’avion de 25 destinations populaires en Amérique, en Europe, en Afrique et en Asie, pour les semaines du 22 au 29 décembre 2019, du 1er au 8 mars 2020 et du 19 au 26 juillet 2020. Les tarifs retenus sont les plus bas pour un aller-retour sans escale (ou avec le moins d’escales possible quand aucune liaison directe n’est offerte), incluant un bagage enregistré dans la soute. La recherche a été faite dans la semaine du 20 juillet, puis dans la semaine du 19 septembre. 

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