C’est fini : la Nouvelle-Zélande a décidé d’interdire aux touristes de nager avec les grands dauphins afin de protéger la survie à long terme de l’espèce. Le pays n’est pas le premier à agir de la sorte, mais suscite une délicate question : devrait-on renoncer pour de bon à cette activité touristique des plus populaires ?

Violaine Ballivy Violaine Ballivy
La Presse

Pourquoi la Nouvelle-Zélande agit-elle maintenant ?

La Nouvelle-Zélande est passée à l’acte après la publication du rapport d’un comité d’experts qui conclut que les « humains aiment trop les dauphins » et que les interactions entre les deux espèces ont une influence négative importante sur le comportement des mammifères marins. La mortalité des jeunes dauphins observée dans la baie ciblée par les chercheurs — et l’interdiction — avoisine les 75 %, l’une des plus élevées dans le monde.

Comment le simple fait de nager près d’un animal peut-il avoir un effet sur sa survie ?

Les scientifiques le confirment : nul besoin de toucher à un animal pour lui faire du tort. « Les activités de nage avec les dauphins interrompent leurs activités naturelles et essentielles : au lieu de socialiser, manger, communiquer, ils viennent interagir avec les humains, explique Robert Michaud, directeur scientifique du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM). Évidemment, si ça se produit juste une fois par mois, on va tous s’entendre pour dire que ce n’est pas grave. Le problème, c’est que c’est routinier. L’animal n’arrive pas, à la fin de la journée, du mois, de l’année, à combler ses besoins naturels pour faire l’ensemble de ses activités, incluant la reproduction. »

Les dauphins sont-ils plus sensibles que les autres mammifères au contact des humains ?

Pas vraiment, croit Andrew Trites, directeur de l’unité de recherche sur les mammifères marins de l’Université de la Colombie-Britannique. Peu importe l’animal et le type d’activité (kayak, natation, observation en zodiac), « le problème, c’est la perturbation causée par l’homme ». « Des études scientifiques démontrent déjà que pour certaines espèces, ces activités causent des problèmes. Moi, je serais enclin à adopter une approche de précaution », ajoute Robert Michaud. L’homme, qui étudie les bélugas depuis 35 ans, s’est toujours abstenu de plonger avec eux, précisément pour leur éviter le plus de perturbation possible. « Ce n’est pourtant pas l’envie qui manque », témoigne-t-il.

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Les interactions entre les dauphins et les hommes ont une influence négative importante sur le comportement des mammifères marins.

Et pour l’humain, il y a des dangers ?

Avec leur bouille sympathique, on oublie ou on ignore souvent que les dauphins peuvent aussi être dangereux pour les humains. « Les gens sont un peu naïfs : nager avec un dauphin peut être risqué, dit Andrew Trites. Un dauphin peut empêcher un nageur de revenir sur la terre ferme, infliger des blessures. C’est la même chose pour les otaries. » Des craintes sanitaires sur la possible transmission de maladies à l’humain sont aussi soulevées par des chercheurs.

Existe-t-il une certification pour déterminer les activités sans danger pour les mammifères marins ?

Pas pour le moment. Cela dit, il existe de plus en plus de projets dans le monde où les scientifiques et l’industrie d’observation des mammifères marins s’allient pour édicter des codes de conduite ou des guides d’information pour informer le public. « Pour faire un tourisme responsable, il faudrait, pour chaque endroit, vérifier l’existence d’une organisation de conservation et des règlements en vigueur : qu’il y en ait ou pas, le simple fait de s’informer peut faire évoluer les mentalités », dit Robert Michaud.

Dans ces conditions, devrait-on s’abstenir de nager avec les dauphins ?

Oui, dit Robert Michaud. « Pour moi, c’est une frontière qu’on ne devrait pas franchir », résume le chercheur québécois. « Les gens doivent être conscients que leur action peut avoir un impact sur les animaux, qu’elle n’est pas sans conséquence, dit Andrew Trites. Après, c’est leur décision. »