Alexandre Fournier est comédien et commis à la SAQ. Comme la majorité des gens, il ne bénéficie que de quelques semaines de congé par année. Voyageur rarement pressé, il s'est particulièrement mis sur le mode slow lors d'une récente visite au Portugal, au grand bonheur de son âme, qui avait bien besoin d'être dorlotée.

Audrey Ruel-Manseau LA PRESSE

« J'ai fait des voyages du type quatre villes en deux semaines ; tu mets les pieds quelque part et tu repars le lendemain. Je me souviens d'avoir visité Bruxelles en deux jours et je ne peux pas dire que j'ai apprécié, tellement j'ai l'impression de ne pas avoir vu grand-chose.

« À l'inverse, je m'étais payé un voyage en Italie pour mes 30 ans. Avant de partir, j'avais suivi des cours d'italien pour jaser avec les gens de l'endroit une fois sur place. Je trouve que tu es plus facilement accueilli et intégré quand tu fais l'effort de converser avec eux dans leur langue. C'est comme si tu faisais plus facilement partie de l'endroit. Enfin. Ce voyage-là, entre autres, m'a donné envie de ralentir le rythme à l'étranger.

« L'hiver dernier, je venais de traverser un énième temps des Fêtes éreintant à la SAQ. C'est une période difficile - mine de rien, c'est physique, avec toutes les caisses à déplacer - et je travaillais des 12 heures par jour, 6 jours par semaine. D'autre part, ma carrière de comédien ne fonctionnait pas très bien. J'avais fait un court métrage qui n'avait pas eu l'accueil que j'espérais et j'essuyais beaucoup de refus. L'hiver était gris, déprimant, et disons que je n'étais pas au sommet de ma forme physique et mentale.

« J'ai décidé de partir en voyage. C'était en mars 2017. J'étais déjà allé au Portugal et j'avais envie d'y retourner. J'ai réservé seulement le début de mon voyage, sans trop savoir ce que je ferais pour la suite. Pour résumer, mon séjour a débuté sur une drôle de note. J'avais une longue escale à Paris et une amie m'avait prêté sa chambre, comme je n'arrive pas à fermer l'oeil en avion. Son coloc faisait la fête et mon sommeil a écopé. J'arrivais le lendemain à 8 h au Portugal. Je n'avais pas dormi depuis deux jours, j'étais sur le décalage horaire et en arrivant à mon auberge, à Faro, on m'a annoncé que je n'aurais pas ma chambre avant 15 h. Classique.

« J'ai laissé mon sac à l'auberge, j'ai regardé la carte de la petite ville où je me trouvais, et j'ai commencé à errer à Faro. En 30 minutes, j'avais fait le tour. J'ai abouti sur un banc de parc, j'ai regardé autour de moi et j'ai été émerveillé par ce qui m'entourait. C'était superbe ! En une heure, j'avais réalisé à quel point j'étais bien à cet endroit. Il n'y avait pas grand-chose à faire. Je suis resté six jours à Faro.

« C'est ce dont j'avais besoin : un temps mort. Profiter de la vie, du beau temps. Mon seul but était de manger du poisson frais et de boire du vinho verde. »

« J'ai découvert des restaurants incroyables. C'est drôle, mais le premier restaurant où j'ai mangé était un resto slow food. Je me suis dit : "C'est clair que je vais là !" Un mercredi soir, j'ai passé deux heures et demie avec le chef à bouffer comme un roi et à jaser de n'importe quoi : de politique, d'art, d'économie... Ça m'a coûté une trentaine d'euros, j'ai mangé local et j'ai passé une soirée mémorable ! Le lendemain, je suis allé dans le seul restaurant étoilé Michelin de la ville. Honnêtement, ça m'a coûté pas mal plus cher, et c'était beaucoup moins bon ! »

photo fournie par Alexandre Fournier

Alexandre Fournier a mis en application le slow travel lors de sa visite a Faro, au Portugal, a l'hiver 2017.

PHOTO FOURNIE PAR ALEXANDRE FOURNIER

En arrivant à Faro, Alexandre s'est laissé porter par la petite ville sans trop savoir ce qu'il allait y faire. En prenant le temps d'y errer sans but, il a été émerveillé par ce qui l'entourait.