Le doyen des parcs du Québec, le parc du Mont-Tremblant, a fêté ses 125 ans le 12 janvier dernier. On connaît bien ses sentiers de ski de fond et de raquette mais beaucoup moins ses sentiers de ski nordique. Le 125e anniversaire est le prétexte idéal pour aller explorer un secteur peu fréquenté du parc, les skis au pied, au gré d’une jolie boucle de trois jours. 

Marie Tison Marie Tison
La Presse

Jour 1 : Le grand départ

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Les premiers kilomètres suivent les pistes de ski de fond classiques.

Il a neigé sur le parc du Mont-Tremblant, une belle petite neige poudreuse qui s’accroche aux branches des conifères et qui recouvre légèrement le sentier qui mène au Centre de découverte.

Au comptoir, une employée de la SEPAQ, Marie-Christine, s’enthousiasme en décrivant la Boucle de la Diable, un trajet de trois jours en ski nordique, deux nuits en refuge, 52 kilomètres de sérénité… et de gros boulot. Le parc n’offre pas de service de transport de bagages, il faut dont porter le matériel et la nourriture dans un gros sac à dos ou le placer dans un traîneau conçu pour les pistes de ski de fond.

Effectivement, nous effectuons les six premiers kilomètres du circuit sur les pistes « normales », damées et tracées. Le vent secoue légèrement les branches d’arbres, suffisamment pour faire tomber de gros flocons qui brillent dans la lumière tamisée du soleil matinal.

À l’extrémité du sentier « civilisé », nous prenons un goûter dans le refuge Le Ravage. Deux skieurs entrent pour profiter de la chaleur du petit poêle à bois. Nous ne le savons pas encore, mais ce sont les derniers humains que nous verrons avant notre retour au Centre de découverte.

Nous commençons enfin à skier sur le sentier de ski nordique, non damé, non tracé. Heureusement, des skieurs sont passés hier et leurs traces sont encore bien visibles sous la neige.

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Dernier contact avec la civilisation au petit refuge Le Ravage, à l’extrémité du réseau de ski de fond classique.

Le sentier étroit louvoie dans la forêt mais, rapidement, il débouche sur un chemin fermé l’hiver. C’est un peu moins bucolique mais la progression est plus rapide. Les descentes aussi, ce qui est bien apprécié. Tout en bas, un petit ruisseau glougloute sous la neige et la glace. Un petit panneau promet un joli point de vue, Les Dalles, au bout d’un sentier d’environ 200 mètres. Le ruban jaune marqué « Danger » qui s’étire au début du sentier devrait nous donner un indice. Que nous ignorons. Nous suivons le sentier en ski pendant un moment, mais devant des montées et descentes un peu trop abruptes, nous abandonnons les skis pour terminer à pied. Finalement, le point de vue ne remplit pas ses promesses. C’est probablement très beau l’été mais les rapides disparaissent sous la neige. Pas grave, cette petite virée met un peu de piquant dans la journée.

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La lumière matinale est particulièrement belle en hiver.

C’est un peu avant la noirceur, après plus de 21 kilomètres, que nous arrivons au refuge La Cache, situé tout à côté du petit lac Caché. C’est un beau site : la décharge du lac n’est pas gelée et laisse admirer une toute petite cascade d’eau sombre. Il ne sera donc pas nécessaire de faire fondre de la neige, il suffira de puiser l’eau directement dans la rivière.

Le refuge se montre particulièrement accueillant. Comme les skieurs qui nous précèdent sont partis ce matin, le poêle est encore tiède. Il n’est pas nécessaire de se battre trop longtemps avec l’allume-feu, le papier et les bûches pour partir un beau feu.

Il y a ici de la place pour 14 personnes mais nous sommes seuls : nous pouvons choisir les meilleures couchettes et y étendre nos sacs de couchage. Encore une petite corvée d’eau et nous pouvons enfin relaxer, préparer les repas, jouer aux dés. Dans les combles, on entend d’étranges bruits. Marie-Christine nous avait avertis : il peut y avoir des souris, il faudra accrocher la nourriture à des crochets pour ne pas se faire grignoter nos précieuses victuailles.

Jour 2 — Petites traces

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Le sentier de ski nordique suit parfois une route qu’on ferme l’hiver.

La nuit a été paisible, les souris sont demeurées invisibles. Il fait nuageux, pas très froid. Nous faisons un petit ménage dans le refuge, rentrons un peu de bois pour les prochains visiteurs, puis chaussons les skis de nouveau. Après un peu plus d’un kilomètre, nous tombons sur un des accès officiels du parc, le poste d’accueil de la Cachée, mais il est fermé en hiver : il n’y a pas d’âme qui vive. Nous suivons toujours une route enneigée mais l’environnement est très joli : nous longeons d’abord un ruisseau qui s’écoule vivement entre les rochers, la glace et la neige, puis le lac Caché, qui marque la frontière du parc.

Le silence règne, parfois interrompu par des chants d’oiseaux ou par le toc toc toc d’un pic-bois.

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Le sentier de ski nordique suit de près un ruisseau qui refuse de geler.

Sur la neige fraîche, nous pouvons voir de petites traces. Ici, un renard. Là, des écureuils. Quelques lièvres. Plus loin, plusieurs minuscules sentiers qui serpentent, qui disparaissent dans un tunnel pour réapparaître un peu plus loin. Ce sont peut-être les traces de musaraignes. Oh ! Oh ! Voici une possible scène de crime : un de ces sentiers fait un soudain virage à 180 degrés et s’interrompt brutalement au milieu de nulle part. De très légers traits se devinent sur la neige, juste à côté, laissant présager le pire : ce pourrait être les traces des ailes d’un hibou affamé qui serait venu happer la petite bête pour en faire son goûter.

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L’arrivée au refuge Le liteau, après un longue journée de 19 kilomètres et de longues, longues montées.

Le chemin forestier monte sans cesse, devient plus étroit, bordé de conifères chargés de neige. C’est maintenant un pittoresque sentier qui vire, qui monte et descend au milieu de la forêt et qui aboutit au refuge Le Liteau, situé sur le bord du lac Croche.

La routine est maintenant bien établie : enlever les skis, partir le feu, aller chercher de l’eau. Il y a de la glace très mince sur le bord du lac : il suffit d’un bon coup de casserole pour la briser et puiser l’eau nécessaire au repas. La nuit est encore plus paisible que la veille.

Jour 3 : Retour à la réalité

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Les premiers kilomètres suivent les pistes de ski de fond classiques.

Le soleil se lève sur un paysage frigorifié. Il fait -24 degrés. C’est le temps de sortir le fart polaire et de s’habiller chaudement. Heureusement, le petit sentier étroit monte encore un peu, juste assez pour bien se réchauffer. Puis il commence à descendre, à descendre, avec de petits virages qui demandent une bonne technique de ski. Ce sont cinq kilomètres qui se déroulent dans le plus pur bonheur. C’est un choc lorsque le petit sentier débouche sur une grande piste tracée et damée.

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Les derniers kilomètres avant l’arrivée réservent encore quelques beaux paysages.

Vers la droite, on peut rejoindre le réseau de sentiers de ski de fond classique. Nous choisissons plutôt d’aller vers la gauche pour aller jeter un coup d’œil sur les Chutes Croches, impressionnantes même lorsqu’elles sont à moitié couvertes de neige et de glace. Malheureusement, il faut maintenant s’engager sur un chemin damé, non tracé, prévu pour les vélos à pneus surdimensionnés, pour revenir au Centre de découverte. Nous trichons un peu en empruntant un sentier de randonnée pédestre : sa surface enneigée est plus agréable que le béton du chemin damé. La prochaine fois, nous prendrons le chemin de droite pour revenir à travers le réseau de ski de fond « normal ».

Par ce froid, nous sommes bien contents d’arriver au Centre de découverte juste à temps pour prendre notre goûter bien au chaud. Le grand air, c’est bien. Le confort, c’est pas mal aussi.