La direction du parc du Mont-Mégantic a eu une idée géniale cette année. Elle s’est — enfin — débarrassée du vieux conteneur qui servait à entreposer tout et rien près de l’entrée du parc, et l’a envoyé se faire voir ailleurs, tout au sommet du mont Saint-Joseph.

Violaine Ballivy Violaine Ballivy
La Presse

Une idée géniale, vraiment.

Car cela fait des années que les randonneurs attendent avec impatience la rénovation du vieux (il n’a pas connu le déluge, mais presque) refuge construit au sommet du mont Saint-Joseph. Trop compliqué, trop cher, trop… tout. « C’est l’une des premières choses dont on m’a parlé quand je suis arrivée dans la région », se rappelle Nathaël Bergeron, directrice du parc. C’est dire. La solution aux problèmes se trouvait pourtant au vu de tous. Dans cette vieille caisse de métal, ce vieux conteneur arrivé dans le parc on ne sait plus par quel chemin, il y a si longtemps déjà, oublié, délaissé, sans autre utilité que celle d’être une bonne cachette pour ces objets (voire, ces déchets !) dont on ne savait que faire.

Marilène Blais Sabourin, une jeune architecte montréalaise débarquée dans la région il y a deux ans — pour y trouver bonheur et boulot —, y a vu la matière première parfaite pour une nouvelle habitation dans la montagne.

Il fallait que tout soit le plus local possible. Le conteneur était là, en bas, c’était parfait !

Marilène Blais Sabourin, architecte

Après six semaines de travaux, le refuge a accueilli au début du mois de novembre ses premiers visiteurs. Et le résultat est remarquable.

PHOTO VIOLAINE BALLIVY, LA PRESSE

Le nouveau refuge au sommet du mont Saint-Joseph

Recouverte de peinture noire, matte, la caisse d’acier se fond étonnamment bien dans le paysage d’automne, à demi cachée par de grosses roches, les arbres et les dernières feuilles qui résistent encore au vent et au froid, accrochées fragilement aux branches. L’intérieur offre un contraste saisissant : tout y est clair, lumineux, des planchers aux plafonds faits de chêne blanc. « J’ai voulu jouer avec les contrastes, explique l’architecte. L’été, il se fondera dans le décor. L’hiver, ce sera un cube noir », aimant à chaleur. 

L’un des côtés est entièrement vitré. Le caisson est divisé en deux parties — l’une pour les résidants de la nuit, l’autre pour les randonneurs de passage venus pendant la journée se réchauffer un peu, manger une bouchée, admirer le paysage au sec.

L’esthétique n’est pas sans rappeler celle des chalets EXP développés ces dernières années par la SEPAQ pour répondre à la mode du « glamping » ou « camping de luxe », à la différence près que le refuge n’offre « aucun service », c’est-à-dire qu’il n’y a ni eau ni électricité. Juste des chandelles pour s’éclairer le soir et un poêle à bois (terriblement efficace !). On a respecté l’esprit de l’ancien refuge, donc. Et le tarif est en conséquence : 30,75 $ par adulte (23,06 $ par enfant), contre 129 $ pour un chalet (avec une réservation minimale de deux nuitées les week-ends). La preuve est faite que ce n’est pas parce que le confort y est plus spartiate qu’il faut aussi sacrifier l’esthétisme du lieu.

Empreinte

PHOTO VIOLAINE BALLIVY, LA PRESSE

Les jolis points de vue ne manquent pas sur le sentier vers le mont Saint-Joseph

Moins d’une dizaine d’arbres ont été coupés lors des travaux, et ils seront replantés au printemps. Le pourtour a besoin d’être chouchouté, l’espace est boueux et dénudé, mais on assure que les travaux seront faits pour redonner, le plus possible, un visage naturel au site. Certes, on aurait pu reconstruire le refuge au même endroit que l’ancien et limiter l’empreinte humaine sur la nature, mais son emplacement était loin d’être idéal. Le refuge était fermé chaque été en raison du trop fort achalandage du secteur de la chapelle, point d’orgue du sentier vers le pic Saint-Joseph, et peut-être un peu aussi à cause du grésillement incessant de l’antenne relayant les ondes cellulaires dans la région, lequel se fait autrement plus dérangeant en saison chaude, quand on préfère dormir toutes fenêtres ouvertes.

Cela n’a pas été évident de travailler à flanc de montagne, remarque Nathaël Bergeron, directrice du parc. « Il a fallu trouver des entrepreneurs vraiment motivés, qui acceptaient d’aller travailler en plein bois. » De l’architecte qui a conçu les plans à celui qui a posé la vis finale, on a aussi eu essentiellement recours à des hommes et des femmes qui habitent la région. Idem pour la matière première. « Le poêle à bois, finalement, il vient du Vermont parce que c’est là qu’on a trouvé le fabricant le plus près d’ici. Et c’était important, au cas où il y a des bris, de s’approvisionner localement. »

Le premier d’une série ?

PHOTO VIOLAINE BALLIVY, LA PRESSE

Le mont Saint-Joseph

Le refuge du mont Saint-Joseph est l’un des deux seuls de tout le réseau de la SEPAQ conçu pour deux personnes, ou plutôt pour un couple, compte tenu de la petitesse du lit (et la « chambre » est si étroite que c’est à peine si un deuxième matelas de sol peut être déroulé près du lit). Ceci explique probablement cela, c’est aussi l’un des plus achalandés, réservé des mois d’avance. On devine qu’il y aurait un marché pour lui faire quelques cousins, d’autant que les jolis points de vue ne manquent pas sur le sentier vers le mont Saint-Joseph, particulièrement sur la nouvelle boucle de contournement. « On se donne l’année pour voir comment le premier évolue », dit Nathaël Bergeron, si l’isolation du refuge est adéquate, si le chêne blanc survit bien au passage des centaines de randonneurs chaussés de leurs bottes boueuses, etc.

Il faut dire que la direction du parc a beaucoup de projets en cours, le plus important étant le réaménagement du secteur de l’observatoire, que l’on souhaite rendre plus accueillant au grand public. La résidence qui héberge les scientifiques sera transformée en refuge pouvant accueillir une dizaine de personnes et on mettra à la disposition des randonneurs une salle commune où ils pourront se réchauffer et casser la croûte au sec. À l’extérieur, on devrait aussi ajouter des panneaux d’informations sur l’astronomie, histoire de rendre plus accessible cette science qui fait la renommée du lieu. Bref, c’est tout un secteur qu’on souhaite rendre plus agréable au grand public, en complément d’un parc qui ne manque déjà pas de charme.