Berceau de l’Amérique française, le Vieux-Québec attire son lot de touristes, et pour cause. Or, trop peu de visiteurs prennent la peine de découvrir les trésors qui se trouvent au-delà des fortifications. Nous sommes allés à la rencontre des gens qui animent ces quartiers qui forment le véritable cœur de la Vieille Capitale. Cette semaine : Limoilou

Pierre-Marc Durivage Pierre-Marc Durivage
La Presse

« Limoilove ». C’est le slogan qu’ont choisi les gens de cet ancien quartier ouvrier situé juste au-delà de la rivière Saint-Charles. Et pour cause : Limoilou respire la joie de vivre et déborde de bonnes adresses. De part et d’autre de la pimpante 3e Avenue, on trouve épiceries fines, microbrasseries, distilleries et restaurants qui se démarquent autant par leur qualité que par leur originalité.

Arvi

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L’Arvi propose un menu fixe à cinq services accompagné d’un choix de vins provenant presque uniquement de l’importation privée, dont de plus en plus de vins nature.

À tout seigneur, tout honneur : on commence notre tournée par l’Arvi, qui été choisi meilleur nouveau restaurant au Canada en 2019 par la revue enRoute, une référence en la matière. En entrant dans le local qui abritait il y a un peu plus d’un an une boutique de skate, on ne peut rater les deux îlots centraux qui constituent en fait la cuisine, autour de laquelle sont disposées les tables.

« C’est une expérience unique parce que c’est exceptionnel d’être au milieu d’une équipe qui cuisine et qui fait le service », nous explique le chef propriétaire Julien Masia, qui propose un unique menu à cinq services renouvelé régulièrement selon une formule libre où l’on va toutefois privilégier les ingrédients locaux.

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Presque toute la préparation des plats se fait sur deux îlots installés en plein cœur de la salle à manger de l’Arvi.

« On veut offrir une cuisine de caractère, on veut aller au bout des choses, soutient le jeune chef de 36 ans. Et à 70 $ plus le vin, c’est un excellent rapport qualité-prix qu’on ne pourrait pas offrir ailleurs qu’à Limoilou. » Les loyers sont en effet encore abordables dans Limoilou, si bien que Julien Masia a pu faire le choix d’aller au bout de ses idées, tout en se permettant d’ouvrir seulement en soirée.

« Avant de figurer sur la liste de finalistes d’enRoute, on avait une clientèle régulière, mais maintenant, c’est plus compliqué », a admis Julien Masia. C’était complet trois semaines d’avance pour les soirées du week-end, il faudra donc prévoir le coup pour espérer goûter à la magie de l’Arvi.

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Le chef propriétaire du restaurant Arvi, Julien Masia.

Je voulais aller dans un quartier dynamique, un endroit que l’on apprécie, où il fait bon vivre. Il y a une fraternité dans le quartier, on l’a ressenti, les gens sont rapidement venus nous voir quand on s’est installés.

Julien Masia, chef propriétaire de l’Arvi

Distillerie Stadaconé

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Au cœur du salon de dégustation de la distillerie Stadaconé se trouve un bar qui rappelle la proue d’un navire, à quelques mètres de la salle de distillation et de son superbe alambic en acier et en cuivre.

Un peu en retrait de la bouillonnante 3e Avenue se trouve une toute petite zone industrielle enclavée tout près de la rivière Saint-Charles et de sa jolie promenade riveraine qui mène au lieu historique Cartier-Brébeuf.

C’est l’endroit où Jacques Cartier et son équipage ont passé leur premier hiver, en 1535-1536, et c’est aussi tout près de l’endroit où se trouvait le village iroquoien de Stadaconé, ce qui a inspiré le nom de la distillerie qui s’est installée ici il y a un peu plus d’un an – les distilleries sont contraintes de s’établir dans les secteurs industriels lourds en raison des risques d’explosion.

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La distillerie Stadaconé offre trois forfaits découverte distincts : la dégustation, avec ou sans visite des installations, ou la totale qui comprend la participation à un véritable jeu d’évasion développé par les magiciens d’À Double Tour. On est plongé pour l’occasion à l’époque de la Nouvelle-France, et on a fort à faire pour sauver le capitaine gravement malade…

« Mais c’est tout près du cœur de Limoilou et c’est parfait, parce que les gens du quartier sont fiers d’être ici et sont vraiment sensibles aux produits locaux », insiste Jean-Pierre Allard, copropriétaire de la distillerie, qui offre trois gins, entièrement élaborés sur place — « on a donc fait des tonnes d’assemblages en pigeant parmi la trentaine d’épices que nous avons achetées ».

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Les propriétaires de la Distillerie Stadaconé ont investi 1,8 millions de dollars pour démarrer leur entreprise, dont une partie récoltée à l’aide d’une campagne de sociofinancement.

Jean-Pierre Allard et ses acolytes auraient pu limiter la vente de leurs délicieux alcools dans le superbe salon de dégustation avec son bar en forme de proue de navire, ou même seulement offrir des visites guidées. Mais ils ont décidé de pousser le bouchon en investissant 50 000 $ dans un véritable jeu d’évasion intégré à la visite de leurs installations.

« À Québec, il y a beaucoup d’offre touristique, ce n’est pas facile de se démarquer, soutient Jean-Pierre Allard. Je me plais à dire que nous proposons une offre touristique “transfonctionnelle” expérientielle ! »

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Jean-Pierre Allard, copropriétaire de la distillerie Stadaconé

Je veux provoquer un effet « wow » ! Les visiteurs ne veulent plus être uniquement entre touristes, ils veulent pouvoir se mêler avec les gens du quartier. Je ne voulais donc pas offrir une formule traditionnelle.

Jean-Pierre Allard, copropriétaire, Distillerie Stadaconé

La Planque

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Le décor a été refait grâce à un investissement de près de 100 000 $.

« Avant nous, il y avait le Valentine ; les gars ont eu un bon feeling ! Ils voulaient sortir du centre-ville et comme Fred [Samson] habitait dans Limoilou, il voyait à quel point c’était vivant. Maintenant, en quelques coins de rue, tu trouves tout ce que tu veux, avec un beau mélange de commerces de proximité et de destination. »

Celle qui nous parle en ce début de soirée est Marie-Claude Légaré, sommelière de La Planque, ouverte en 2012. On a pu apprécier le joli résultat du coup de plumeau donné au décor, un investissement de près de 100 000 $.

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Dans l’assiette, La Planque offre une bistronomie de qualité qui a toujours su se distinguer.

Dans l’assiette, la formule reste la même, une bistronomie de qualité qui a toujours su se distinguer. « Notre menu évolue toutes les semaines, on y trouve majoritairement des produits locaux, nous explique-t-elle. Ici, on mange bien sans se la péter. »

La Planque a ainsi contribué à dynamiser Limoilou, en amenant plusieurs restaurateurs et commerçants à s’établir dans le secteur, ce qui a contribué à l’essor touristique du quartier.

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La Planque, ouverte en 2012, a grandement contribué à dynamiser Limoilou.

« On encourage la compétition, car il y a de plus en plus de passants qui viennent dans le coin et qui entrent sans s’annoncer, soutient Marie-Claude Légaré. Globalement, notre clientèle est constituée à 80 % de clients de la région de Québec, mais les touristes commencent à arriver en plus grand nombre, référés par des concierges d’hôtel, mais aussi attirés par Trip Advisor. »

C’est encore très jeune comme quartier. C’est peut-être en voie de s’embourgeoiser, mais pour l’instant, c’est encore pas mal accessible et très dynamique, avec plein de jeunes, artistes et jeunes familles.

Marie-Claude Légaré, sommelière, La Planque

La Souche

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Le choix de bières à La Souche est considérable et on a peu de risques de se tromper avec les produits concoctés par Antoine Bernatchez.

On termine la soirée en prenant une pinte à La Souche, sympathique microbrasserie de l’avenue de la Canardière, à l’extrémité nord du Vieux-Limoilou. Le choix de bières est considérable et on a peu de risques de se tromper avec les produits concoctés par Antoine Bernatchez — on peut d’ailleurs rapporter des cruchons de variétés offertes exclusivement sur place. Côté nourriture, on parle d’un menu de pub de bon aloi, avec une attention apportée aux produits locaux.

Première microbrasserie à Limoilou, La Souche peut témoigner du changement du quartier qui s’est opéré dans l’harmonie depuis son ouverture en 2012. « Au début, on vendait plus de bière que de nourriture, mais maintenant c’est moitié-moitié, nous assure Marion Desgagnés, directrice de la restauration. On parle de bouffe américaine revisitée, on ne se gêne pas pour offrir un double cheeseburger bien garni, on met plein de condiments sur la poutine, comme nos fameuses Boules du Bûcheron avec ses croquettes de fromage en grains frites ! »

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La Souche, sympathique microbrasserie de l’avenue de la Canardière, est située à l’extrémité nord du Vieux-Limoilou.

Mais la bière de La Souche, vendue un peu partout au Québec depuis près de trois ans, attire évidemment son lot d’amateurs. « On avait au départ une clientèle régulière, mais on voit maintenant beaucoup de geeks de bière mais aussi des gens du grand public de même que beaucoup d’étudiants — le cégep de Limoilou et l’École de cirque sont juste à côté, explique Marion Desgagnés. Mais il y a aussi des gens de Montréal en voyage qui font la tournée des microbrasseries de Québec. »

Il y a une belle fraternité entre commerçants dans Limoilou. On va prendre un verre au Cendrillon, les gars de la Distillerie Stadaconé viennent dîner ici avec des clients, on se connaît tous un peu, c’est vraiment dynamique.

Marion Desgagnés, directrice de la restauration, La Souche