La naissance du nouveau parc national d’Opémican n’aura pas été facile. Les crues du printemps ont même failli gâcher la fête. Mais les amateurs de plein air peuvent enfin explorer les lacs et admirer les immenses arbres protégés de la forêt du Témiscamingue.

Pierre-Marc Durivage Pierre-Marc Durivage
La Presse

Après une ouverture partielle l’an dernier du secteur de la Rivière-Kipawa, le parc d’Opémican a accueilli cette année ses premiers visiteurs dans le secteur de la Pointe-Opémican, véritable cœur du parc de 252,5 km2. Mais les crues exceptionnelles du printemps ont emporté le pont de la rivière Kipawa, condamnant l’accès au secteur. Une visite du 24e parc du réseau de la SEPAQ nous a néanmoins permis de bien prendre le pouls de ce joyau naturel et patrimonial niché entre les majestueux lacs Témiscamingue et Kipawa.

En empruntant le chemin d’accès de la pointe Opémican, situé à une vingtaine de kilomètres au nord de la ville de Témiscaming, on est aussitôt frappé par cette impressionnante forêt dominée par d’immenses pins rouges et pins blancs, des arbres séculaires qui ont échappé à l’exploitation forestière. Le camping de la Pointe-Opémican, aménagé en trois boucles distinctes, dont une réservée aux emplacements de prêts-à-camper Étoile, a été pensé pour que chaque emplacement soit bordé par ces grands arbres qui peuvent dépasser les 40 m, de sorte que l’on s’imagine camper sous les arcades d’une vaste cathédrale naturelle.

À proximité des emplacements de camping se trouve le tout nouveau centre de services, résolument contemporain, avec son imposante surface vitrée qui donne sur le lac Témiscamingue. « Le choix de matériaux a été fait pour refléter la forêt, pour que le bâtiment se fonde à son environnement, nous explique la guide naturaliste Annick Antaya. Il a aussi été dessiné pour rappeler la proue d’un navire comme ceux qui étaient utilisés ici à l’époque des opérations de drave. »

En effet, la pointe Opémican a été jusqu’en 1976 le site d’un important centre de flottage de bois qui était acheminé d’abord vers Ottawa, ensuite jusqu’à la pulperie de Témiscamingue – aujourd’hui propriété de Rayonier A.M. depuis son acquisition de Tembec. La restauration des bâtiments de la pointe – reconnue en 1983 comme site historique classé – est d’ailleurs en cours, afin de les intégrer à un circuit patrimonial déjà en partie ouvert au public. Pour l’instant, seuls la forge et l’atelier de fabrication d’estacades ont été aménagés, mais on va aussi restaurer la chalouperie-menuiserie, de même que l’ancienne auberge Jodoin, qui accueillera entre autres un centre d’interprétation. Les autres bâtiments verront leurs façades restaurées. Un amphithéâtre en plein air sera aussi construit au bout de la pointe, et le tout devrait être achevé au début de 2021.

PHOTO PIERRE-MARC DURIVAGE, LA PRESSE

Sleeping Place Jodoin, c’est le nom de l’auberge construite par Joseph Jodoin en 1883 – elle a été agrandie en 1904 et en 1950.

Changement de programme

Outre la finalisation du secteur patrimonial, la direction du parc entend également bonifier son réseau de sentiers qui permet de découvrir l’étonnante forêt du Témiscamingue, à la limite nord de la zone où cohabitent feuillus et conifères. « On travaille à allonger les sentiers de la pointe Opémican, ce qui est devenu une priorité par la force des choses en raison de l’accès bloqué au secteur de la Rivière-Kipawa, nous explique Ambroise Lycke, responsable de la conservation, de l’éducation et des infrastructures du parc d’Opémican. On a changé nos objectifs pour développer une plus grande offre de sentiers dans la pointe. On veut ainsi se rendre à 10 km de sentiers. »

On ne va toutefois pas négliger le secteur de la Rivière-Kipawa pour autant. Mais on doit d’abord reconstruire le pont, un travail qui se fera dès l’automne – le parc va d’ailleurs fermer ses portes dès le début septembre pour favoriser le déroulement des travaux. Ainsi, un ouvrage de 41 m viendra remplacer celui de 17 m qui a été emporté par des crues historiques de 500 m3 par seconde (le précédent record était de 300 m3/s). Lors de notre passage, le débit était de 40 m3/s, c’est tout dire. L’aménagement des sentiers pourra ensuite se poursuivre : « Le projet était dès cette année de relier les trois sentiers existants du secteur de la rivière Kipawa, affirme M. Lycke en nous montrant une carte détaillée. On veut à terme aménager une boucle de près de 30 km qui reliera, au sud, un sentier de portage utilisé par les autochtones il y a des milliers d’années avant de revenir au nord pour longer la rivière Kipawa. »

PHOTO FOURNIE PAR LA SEPAQ

Jusqu’à maintenant, seulement deux emplacements de camping rustiques sont aménagés dans le secteur de l’Île-aux-Fraises.

Qui dit portage dit évidemment canot, et le parc se veut un véritable terrain de jeu pour le canot-camping. Déjà, des emplacements de camping rustique ont été aménagés pour les canoteurs, notamment dans l’île aux Fraises. « Dès l’an prochain, nous voulons toutefois développer une vaste boucle de canot-camping balisée et aménagée, soutient Ambroise Lycke. Cela permettra des sorties de plusieurs jours en naviguant sur les eaux claires et sauvages du lac Kipawa avant de revenir vers les eaux turbides du lac Témiscamingue. »

Enfin, on projette aussi dès l’an prochain d’installer plusieurs dépôts de canots qui permettront aux villégiateurs d’avoir accès à des embarcations à différents endroits, ce qui leur permettra d’économiser d’éprouvants portages. « On veut disposer certains points de dépôt à proximité de l’actuelle piste multiusage qui a été construite dans l’assise d’une ancienne voie ferrée, enchaîne M. Lycke. Dès l’an prochain, on devrait donc pouvoir partir en canot avant de louer un vélo pour faire le chemin du retour, ou vice-versa. »

L’hébergement a été fourni par la SEPAQ, qui n’a exercé aucun droit de regard sur le contenu de ce reportage.

PHOTO PIERRE-MARC DURIVAGE, LA PRESSE

Le parc d’Opémican propose 15 abris de prêt-à-camper, 11 dans le secteur de la Pointe-Opémican et les autres dans le secteur Kipawa, malheureusement fermé cette année.

Séduire Toronto

À terme, espère-t-on, le parc d’Opémican aura une affluence de 25 000 jours-visites, ce qui est modeste par rapport à un parc comme celui d’Oka, qui atteint les 800 000 jours-visites par année. L’an dernier, un peu moins de 7000 personnes ont visité le parc d’Opémican, alors que l’on est sûr d’en accueillir 15 000 cette année. « On vise une clientèle de l’Abitibi, de l’Outaouais et du nord-est de l’Ontario, explique Ambroise Lycke. Évidemment, on veut des gens de partout au Québec, mais on sollicite aussi les amateurs de plein air de Toronto, qui n’est qu’à quatre heures et demie de route d’ici. Et comme le parc Algonquin est très fréquenté, certains sont prêts à aller un peu plus au nord pour retrouver un peu de quiétude en nature. »

36 millions

C’est l’investissement consacré par Québec à l’établissement du parc national d’Opémican. De cette somme, 10 millions sont attribués à la restauration du secteur patrimonial de la Pointe-Opémican et 26 millions servent à la mise en valeur et à la conservation du parc.