La très grande majorité des rivières et ruisseaux de l’île de Montréal a disparu avec l’urbanisation. À peine quelques-uns ont survécu. Parmi eux, certains ont été mis en valeur dans le cadre de parcs-nature. D’autres auraient besoin d’un peu d’amour. Partir à leur recherche est un excellent prétexte pour explorer des coins moins connus de la métropole.

Marie Tison Marie Tison
La Presse

Discrètes cascades : le ruisseau De Montigny

Ce qui pourrait bien être le plus joli ruisseau de l’île de Montréal se cache à quelques dizaines de mètres de l’autoroute 25. Et il se cache bien. Il faut travailler fort pour trouver l’entrée du parc-nature du Ruisseau-De Montigny, sur le boulevard Maurice-Duplessis, à l’ouest de l’autoroute. Des arches de métal, de style « structure soviétique défraîchie », donnent accès à un sentier multifonctionnel bien plat. Il faut quitter ce sentier et prendre le petit tracé pédestre à gauche pour enfin aller à la rencontre du ruisseau De Montigny. Celui-ci coule joyeusement, enfoncé dans un ravin, au point de faire oublier la présence de l’A25. Il tombe parfois en cascades sur du roc calcaire. Il y a déjà eu ici un belvédère, mais les années et les mauvais traitements en ont eu raison. Depuis son aménagement en 2005, on a un peu oublié le parc. En 2011, le comité exécutif de Montréal a adopté un plan directeur pour le revigorer. De toute évidence, le plan n’a toujours pas été mis en œuvre. Le ruisseau De Montigny continue donc de couler dans la plus grande discrétion.

À faire dans les environs : marche, vélo

Au cœur du Bois-de-Liesse : le ruisseau Bertrand

PHOTO ÉDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

Le ruisseau Bertrand prend sa source au nord de l’aéroport Pierre-Elliott-Trudeau et traverse des zones industrielles avant de venir serpenter à travers le parc-nature du Bois-de-Liesse. C’est ici que les visiteurs peuvent faire connaissance avec cet important ruisseau, l’un des plus accessibles de l’île de Montréal. Des belvédères, notamment dans le secteur de la péninsule, permettent de l’admirer alors qu’il s’alanguit dans des zones marécageuses. Ici, une tortue nage entre deux eaux. Là, des bernaches zigzaguent à travers les nénuphars. Armés d’épuisettes, des jeunes d’un camp de jour capturent quelques bestioles qu’un animateur identifie avant de veiller à leur remise à l’eau. On entend un peu le trafic sur l’autoroute 13, à quelques centaines de mètres de là, mais une nuée de maringouins rappelle au visiteur qu’il se trouve quand même au cœur d’un territoire naturel.

À faire dans les environs : marche, vélo, photographie, ornithologie

Plus qu’un souvenir : le ruisseau Raimbault

PHOTO ÉDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

Le ruisseau Raimbault (ou Notre-Dame-des-Neiges) était jadis un fier ruisseau qui puisait sa source près du mont Royal et qui poursuivait sa course jusqu’à la rivière des Prairies. Il a perdu de son lustre avec l’industrialisation : des tanneries se sont installées sur ses berges et ses eaux sont devenues un véritable dépotoir. On a fini par le faire disparaître dans une canalisation, comme bien d’autres cours d’eau de la métropole. Heureusement, son embouchure a survécu et est devenue une baie de la rivière des Prairies. Elle constitue le cœur du petit parc Raimbault, à Cartierville, à la hauteur de l’hôpital du Sacré-Cœur. Le lieu est prisé des grandes familles qui aiment y organiser de joyeuses réunions autour d’un barbecue. Les canards et les bernaches s’en donnent à cœur joie sur ces eaux bien tranquilles. Les cyclistes qui parcourent la piste cyclable du boulevard Gouin sont eux aussi bien contents de profiter de cette paisible oasis.

À faire dans les environs : vélo, pique-nique

À la recherche du ruisseau perdu : le ruisseau Provost

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

Il apparaît ici. Puis, il disparaît pour réapparaître quelques pâtés de maisons plus loin. Essayer de suivre le ruisseau Provost, c’est un jeu fascinant dans les rues d’Outremont. À l’origine, ce ruisseau coulait du mont Royal jusqu’à la rivière des Prairies. L’urbanisation a entraîné sa canalisation presque totale. Il sort toutefois de terre dans le cimetière Mont-Royal, tout près de l’entrée du chemin de la Forêt, à l’ombre d’un érable rouge. Il coule vivement à travers une pelouse, puis dans un petit bois, avant de disparaître. On peut le retrouver dans le parc Oakwood d’Outremont, serpentant dans un coin, passant sous un petit pont (totalement inutile, mais parfaitement pittoresque) puis poursuivant sa route dans la cour arrière de résidants choyés. On le revoit entre deux maisons de la rue Maplewood, avant son retour sous terre. Il n’y a pas si longtemps, on pouvait trouver le ruisseau Provost sur le domaine des Missionnaires de l’Immaculée-Conception, entre Maplewood et la Côte-Sainte-Catherine. Toutefois, un promoteur immobilier est en train de transformer l’ancienne maison mère en condos et le domaine est en plein chantier. Le promoteur s’est cependant engagé à préserver le ruisseau et à le mettre davantage en valeur. Il y aura donc un quatrième tronçon de ruisseau à se mettre sous la dent.

À faire dans les environs : promenade urbaine

Quand les écoliers s’y mettent : le ruisseau Terra-Cotta

PHOTO ÉDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

L’été n’est pas tendre pour le ruisseau Terra-Cotta, dans le parc du même nom à Pointe-Claire. Il ne reste plus beaucoup d’eau qui coule dans le lit du ruisseau. Et pourtant, le petit parc vaut une visite, ne serait-ce que pour son histoire. En 1912, une entreprise fondée par l’honorable Alphonse Desjardins (pas le fondateur du Mouvement Desjardins, mais un avocat, industriel et député fédéral), la Montreal Terra Cotta and Lumber, achète un terrain à Pointe-Claire, entre les rues Coolbreeze et Maywood, au nord de ce qui est aujourd’hui l’autoroute 20, pour y exploiter de l’argile et la transformer en briques. Elle épuise le gisement et ferme son usine en 1962. Dix ans plus tard, des élèves de l’école secondaire John-Rennie et des citoyens proposent de transformer le terrain en parc naturel. La Ville de Pointe-Claire finit par acheter une partie du site en 1983 pour créer le parc naturel Terra-Cotta. Un sentier luxueusement couvert de paillis serpente dans une forêt mature, épaisse, propice à la promenade et à la méditation. Malheureusement, elle est aussi propice aux piqûres de maringouins.

À faire dans les environs : marche, jogging

Un chapitre des guerres franco-iroquoises : la coulée Grou

PHOTO ÉDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

En juin 1690, une centaine d’Iroquois descendent la rivière des Prairies en direction de Montréal. Le sieur de Colombet, craignant une attaque, leur tend une embuscade à la coulée Grou avec 25 hommes, dont Jean Grou, un pionnier local. Le combat entraîne la mort d’une trentaine d’Iroquois et d’une dizaine de Français. Les Iroquois font six prisonniers, dont Jean Grou, qu’ils brûlent quelques jours plus tard. La Commission des lieux et monuments historiques du Canada a installé une plaque pour commémorer cet événement près de la coulée Grou, sur le boulevard Gouin Est, tout juste à l’est du pont Charles-De Gaulle. La coulée Grou fait partie d’un parc linéaire, mais ce petit ruisseau n’est pas mis en valeur. On peut apercevoir son embouchure du boulevard Gouin, près de la 132e Avenue, et on peut le traverser en suivant une piste cyclable.

À faire dans les environs : vélo

Un trésor peu accessible : rivière à l’Orme

PHOTO ÉDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

La rivière à l’Orme, qui relie Pierrefonds à Beaconsfield, est la seule rivière intérieure de l’île de Montréal. Elle est au cœur d’un corridor écoforestier, mais elle est curieusement peu accessible. À l’heure actuelle, la meilleure façon de l’apprécier est de rouler à vélo sur la piste cyclable du chemin de l’Anse-à-l’Orme et de s’arrêter en chemin pour aller y jeter un coup d’œil. Si on est patient, on peut admirer des tortues géographiques à l’embouchure de la rivière, près du lac des Deux Montagnes, à partir d’un pont situé sur le boulevard Gouin Ouest. À quelques centaines de mètres à l’est, le parc de l’Anse-à-l’Orme est un très joli endroit pour pique-niquer sur le bord de l’eau du lac des Deux Montagnes. En passant, il ne sert à rien de chercher des ormes dans le coin. Le nom de la rivière et du parc est lié à Julien Hubert dit de Lorme, qui avait une concession à côté de l’anse en 1668.

À faire dans les environs : vélo, photographie, ornithologie, pique-nique