Cet été, l’oratoire Saint-Joseph, le Château Dufresne, le Château Ramezay, la demeure de George-Étienne Cartier, la Fondation Guido Molinari et le centre d’art VOX font partie d’un circuit pour découvrir des interventions d’artistes contemporains qui se sont penchés, chacun à leur façon, sur des pages de l’histoire montréalaise.

Éric Clément Éric Clément
La Presse

Period rooms

Inventées au XIXe siècle, les period rooms sont des reconstitutions de décors, à partir d’artefacts, qui permettent de se replonger dans l’atmosphère d’une époque. La commissaire Marie J. Jean, directrice générale de VOX, a eu l’idée de célébrer des period rooms de Montréal en demandant à des artistes contemporains de les faire revivre avec leur couleur particulière.

Oratoire Saint-Joseph 

PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE

Dans une des trois period rooms de l’oratoire Saint-Joseph consacrées au frère André, le religieux regarde le mont Royal à travers une fenêtre. Steve Bates a installé une lumière depuis cette fenêtre. On entend en même temps son œuvre sonore à la fois hypnotique et minimaliste. 

À l’oratoire Saint-Joseph, quatre lieux de vie du frère André sont reconstitués en period rooms, dont deux chambres et un bureau.

Pour les revisiter, Marie J. Jean a fait appel à Steve Bates, artiste spécialisé dans l’acoustique et qui s’intéresse aux hallucinations auditives. Il a capté les sons de la lecture d’un texte prononcée dans la chapelle du frère André pour n’en conserver que les fréquences.

Il a ensuite « habillé » les lieux de façon sonore. Sa musique minimaliste et spirituelle fait un bien fou aux visiteurs qui se recueillent dans ces endroits. Tellement qu’on souhaiterait qu’elle devienne permanente…

Jusqu’au 31 juillet, de 7 h 30 à 21 h 30, à l’Oratoire. Gratuit.

Château Ramezay

PHOTO MICHEL BRUNELLE, FOURNIE PAR VOX

La chambre des échos. Unvarnished Veneer, 2019, Jacqueline Hoàng Nguyen. Vue de l’exposition Period Rooms au Château Ramezay.

La salle Nantes du Château Ramezay est décorée, depuis les années 70, de boiseries en acajou qui avaient été exposées dans le pavillon de la France lors d’Expo 67. Acquises par David et Liliane M. Stewart, elles ont inspiré une recherche à l’artiste Jacqueline Hoàng Nguyen. Elle en révèle l’histoire fascinante avec une narration de 10 minutes, en français et en anglais, grâce à un gramophone.

L’acajou de ces boiseries a été coupé par des esclaves, dans les Antilles, avant d’être transformé à Nantes, principal port français de la traite des esclaves noirs de la fin du XVIIe au début du XIXsiècle. Ces boiseries enjolivèrent, au XVIIIe siècle, la demeure de l’armateur français d’origine irlandaise Étienne O’Riordan, à Nantes. Au XXe, elles devinrent la propriété de l’antiquaire André Fabius, père de l’ex-ministre français Laurent Fabius.

Ce travail de mémoire de Jacqueline Hoàng Nguyen est une œuvre sur le colonialisme et le post-colonialisme, sur les 450 000 esclaves africains embarqués à Nantes pour les Caraïbes et sur une époque qui a été fort prospère pour les colonisateurs européens, mais tragique pour les Noirs d’Afrique.

Jusqu’au 14 juillet, tous les jours de 9 h 30 à 18 h. Entrée payante.

Château Dufresne

PHOTO FOURNIE PAR VOX

Vue de la partie du Château Dufresne où ont été accrochées 15 aquarelles de Pierre Dorion découlant d’un travail sur les period rooms de musées d’histoire de Montréal

La visite des salles du château se fait avec l’ambiance sonore de l’artiste Claire Savoie. Des chants d’oiseaux, des bruits de pas, des mots murmurés, des coups frappés à une porte. Les espaces du château semblent renaître. Dans sa partie utilisée de 1963 à 1968 par le Musée d’art contemporain de Montréal, 15 aquarelles typiques de Pierre Dorion sont inspirées de period rooms qu’on trouve dans la métropole.

La visite s’achève par une vidéo de Claire Savoie qui évoque le potentiel narratif du Château Dufresne. Enfin, le chorégraphe et danseur Frédérick Gravel présente, avec danseurs et musiciens, des performances qui rappellent les concerts que les frères Dufresne organisaient dans les années 20. Ses prochaines performances auront lieu les 11 et 12 juillet, à 19 h.

Jusqu’au 20 octobre, du mercredi au dimanche de 9 h 30 à 17 h. Entrée payante.

Fondation Guido Molinari

PHOTO GUY L’HEUREUX, FOURNIE PAR LA FONDATION GUIDO MOLINARI

Vue de l’exposition Exercices de facultés naturelles, de Thomas Bégin, présentée jusqu’au 11 août à la Fondation Guido Molinari, avec l’installation Tricorde (à gauche) et la toile Triangulaire orange-rouge, à droite.

Précieusement conservé, l’atelier de Guido Molinari (1933-2004) a inspiré l’artiste Thomas Bégin qui a créé des installations sonores en écho à la peinture abstraite de Molinari. Pour Lithophone, Bégin fait se frotter deux grosses pierres pour évoquer la musicalité de Molinari et les tensions que sa peinture a pu générer.

Près de toiles de Molinari, l’artiste a créé trois « tricordes », dont les cordes vibrent sous l’effet d’un électroaimant. Une œuvre qui découle des fiches de composition de couleurs que Molinari a utilisées pour ses abstractions géométriques.

Dans l’atelier de Molinari, Thomas Bégin a fabriqué un système musical avec 10 cymbales qui émettent des fréquences variées. Et au premier étage, son « monocorde » est un autre « instrument de musique » dont la corde résonne de façon irrégulière selon son énergie vibratoire. Une évocation de l’énergie et de l’imaginaire de Molinari…

Jusqu’au 11 août, du jeudi au dimanche, de 13 h à 17 h. Gratuit.

Lieu historique national de Sir-George-Étienne-Cartier

PHOTO MICHEL BRUNELLE, FOURNIE PAR VOX

Vue de l’exposition Period Rooms au lieu historique national de Sir-George-Étienne-Cartier.

Également artiste du sonore, Jocelyn Robert a créé une œuvre dans la résidence où George-Étienne Cartier (1814-1873), un des Pères de la Confédération canadienne, a vécu de 1848 à 1855, au 458, rue Notre-Dame Est. Jocelyn Robert a utilisé le piano avec lequel Cartier a composé sa chanson Ô Canada. Mon pays ! Mes amours ! pour concevoir son œuvre à partir de la partition musicale de la chanson.

Le but de l’œuvre est de susciter une réflexion sur la mémoire de Cartier. La musique est accompagnée d’une vidéo, diffusée au-dessus du piano, qui montre une main essayant d’écrire un texte.

Jusqu’au 11 août, du mercredi au dimanche, de 10 h à 17 h. Entrée payante.

Vox

PHOTO MICHEL BRUNELLE, FOURNIE PAR VOX

Sans titre, (Seconde exposition des Automatistes, au 75 rue Sherbrooke Ouest, chez les Gauvreau, 1947), 2019, Klaus Scherübel. Vue de l’exposition à VOX, centre de l’image contemporaine.

Le centre de l’image contemporaine est remonté à l’époque de Refus global avec les interventions de Klaus Scherübel, qui a recréé l’atmosphère qui régnait chez le peintre Pierre Gauvreau, au 75, rue Sherbrooke Ouest, en 1947, lors de la deuxième exposition des automatistes, marqueur de la modernité québécoise naissante. Scherübel a créé une period room à partir d’une photographie de Maurice Perron, signataire du manifeste. Il a reconstitué, en noir et blanc, les murs, la porte et les œuvres accrochées au mur, notamment Construction barbares, de Borduas. Ne manque que la table basse avec les cendriers !

PHOTO MICHEL BRUNELLE, FOURNIE PAR VOX

Sans titre, (Exposition Mousseau-Riopelle chez Muriel Guilbault, 1947), 2019, Klaus Scherübel. Vue de l’exposition à VOX, centre de l’image contemporaine. Avec l’aimable permission de Line-Sylvie Perron et du Musée national des beaux-arts du Québec.

Il a aussi réalisé une deuxième period room pour évoquer la troisième exposition des automatistes, celle de Jean-Paul Mousseau et de Jean-Paul Riopelle chez la comédienne Muriel Guilbault. Avec les « toiles » accrochées sur un maillage métallique qui faisait le tour de la pièce. Une mise en scène assez théâtrale qui avait été conçue par Mousseau…

Jusqu’au 13 juillet, du mardi au vendredi, de 12 h à 18 h, et le samedi, de 11 h à 17 h. Gratuit.

Une visite commentée de ce circuit Period Rooms (d’une durée de trois heures) est organisée aujourd’hui, en autobus, dès 13 h.

Consultez le site de Period Rooms : https://periodrooms.ca/expositions-2/