C’est agréable, en randonnée pédestre, de s’arrêter quelques minutes pour lire un panneau sur une plante locale ou sur les habitudes d’un petit mammifère du coin. C’est un peu bizarre de lire le panneau en question alors qu’on est confortablement assis dans son kayak parce que le sentier est totalement inondé.

Marie Tison Marie Tison
La Presse

Ces temps-ci, au parc de la Rivière-des-Mille-Îles, on peut faire du kayak et du canot sur les îles. On fait du slalom entre les arbres, on passe à côté de quelques bouts de bois empilés qui se révèlent être le sommet d’une hutte de castor presque totalement submergée.

Les inondations printanières font partie du cycle de la nature, et les endroits qui louent des embarcations, comme le parc de la Rivière-des-Mille-Îles et le parc des Îles-de-Boucherville, sont habitués et savent jongler avec le phénomène.

Toutefois, les inondations de cette année n’avaient rien d’habituel et ont forcé les deux parcs à retarder de quelques semaines l’ouverture de leur bureau de location d’embarcations.

À la Rivière-des-Mille-Îles, le parc a commencé à louer kayaks, canots et rabaskas le 29 mai dernier. Aux Îles-de-Boucherville, les clients ont enfin pu commencer à louer des embarcations le 1er juin.

« Il y a eu une interdiction de navigation du ministre des Transports Marc Garneau à cause de la condition de la rivière », explique Catherine Angehrn, responsable des communications au parc de la Rivière-des-Mille-Îles.

« L’eau était très haute avec de forts courants, ce n’était pas assez sécuritaire pour les embarcations. »

Dès que le ministre a levé l’interdiction, les employés du parc se sont hâtés d’aménager les infrastructures pour les visiteurs.

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

En raison du niveau d’eau encore élevé, le parc de la Rivière-des-Mille-Îles 
a dû installer des quais temporaires pour la location d’embarcations.

« L’eau est encore assez haute, il a fallu aménager des quais temporaires », indique Mme Angehrn.

Il n’a pas été possible de tout aménager dans les îles : certains quais et certains éléments comme des tables de pique-nique ont dû attendre.

« Avec les jours et les semaines, on va pouvoir terminer le travail pour notre clientèle », affirme Mme Angehrn.

Au parc des Îles-de-Boucherville, on a aussi dû adapter les infrastructures à un niveau d’eau plus élevé que d’habitude. Le responsable du service à la clientèle du parc, Rémi Chapados, note toutefois que cette situation a des avantages. Alors qu’en plein été, on suit un étroit défilé dans un épais marécage pour progresser dans le chenal du Courant, au printemps, le marécage en question est pratiquement submergé. Surtout cette année.

« C’est plus ouvert, on peut aller un peu partout, on a accès à des portions de territoire qu’on ne connaissait pas », s’enthousiasme M. Chapados.

C’est la même chose au parc de la Rivière-des-Mille-Îles. Au début du printemps, les kayakistes peuvent visiter des baies totalement inaccessibles en plein été. Ce printemps, ils peuvent s’enfoncer encore plus loin dans les bois et oublier que la civilisation n’est pas bien loin.

Pour Catherine Angehrn, le printemps se prête particulièrement bien à l’observation des oiseaux et des animaux.

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Le printemps, c’est le moment d’explorer les îles inondées de la rivière des Mille Îles.

« Les arbres n’ont pas encore toutes leurs feuilles, on peut donc apercevoir des tonnes d’oiseaux, des tortues, notre fameux grand héron. »

Justement, une balade en kayak sur la rivière des Mille Îles permet d’en apercevoir un, perché sur une branchette juste au-dessus de l’eau. Plus loin, deux canards malards voguent doucement. Une tortue peinte s’est hissée sur un reste de tronc pour essayer, sans grand succès, de capter quelques rayons de soleil.

Une manœuvre pour essayer de glisser le kayak entre des arbustes dérange une tortue serpentine, qui se dirige alors directement vers l’intrus sans manifester la moindre crainte. Attention, la plus grosse tortue du Québec peut facilement couper un doigt avec sa puissante mâchoire.

À proximité d’un pont, plusieurs hirondelles bicolores survolent les eaux d’une baie en exécutant une gracieuse chorégraphie.

On dit qu’une hirondelle ne fait pas le printemps. Une douzaine d’hirondelles, ça devrait faire l’affaire, non ?