Depuis 2012, au Québec, un « paysage culturel patrimonial » peut obtenir une désignation en vertu de la Loi sur le patrimoine culturel. Rivière-Ouelle est à ce jour la seule municipalité à avoir fait les démarches pour l’obtenir. Zoom sur ce statut légal encore largement méconnu.

Publié le 19 septembre
Iris Gagnon-Paradis
Iris Gagnon-Paradis La Presse

Rivière-Ouelle est devenue le 30 août 2021 la toute première municipalité à obtenir la désignation de paysage culturel patrimonial pour une partie de son territoire. Mais qu’est-ce que cela implique exactement ?

Pour espérer obtenir cette désignation, une municipalité ou un regroupement de municipalités doit passer par un long processus, à ses frais. Il faut effectuer un diagnostic paysager et concerter résidants et autres acteurs du milieu, puis créer une charte du paysage présentant les principes et engagements pris par le milieu pour la protection et la mise en valeur dudit paysage.

Pour mener à bien cette démarche, la municipalité de Rivière-Ouelle a fait appel à Ruralys. Le centre, aujourd’hui disparu, avait acquis une expertise en paysage et avait déjà ciblé le secteur de la pointe, à Rivière-Ouelle, comme potentiel « paysage remarquable ».

Alors qu’est-ce qui fait un paysage remarquable ?

PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE

Dominique Lalande, ex-directrice de Ruralys, archéologue et consultante en patrimoine

Ce n’est pas juste un paysage qu’on regarde, il y a tout l’aspect du paysage humanisé, habité, le patrimoine, le bâti, le savoir-faire, l’occupation et l’aménagement du territoire…

Dominique Lalande, ex-directrice de Ruralys, archéologue et consultante en patrimoine

Pour Louis-Georges Simard, maire de Rivière-Ouelle, l’intérêt de cette désignation est notamment « de faire réaliser collectivement aux citoyens l’importance de la préservation de ce territoire ».

Pour ce faire, la municipalité s’est dotée d’un plan de conservation déclinant certaines mesures existantes ou à mettre en place, allant de la préservation de la végétation indigène (dont les pétales de rosiers sauvages, recherchés par les cueilleurs) à la valorisation des accès publics existants aux rives et aux berges. « Pour nous, la préservation passe plus par un incitatif collectif que par des contraintes, pour entretenir la fierté que les gens ont pour leur milieu, leur paysage », ajoute-t-il.

Consultez le plan de conservation de Rivière-Ouelle

Une désignation remise en question

C’est en 2012 qu’il est devenu possible de présenter une demande de désignation de paysage culturel patrimonial, mais le ministère de la Culture et des Communications a confirmé à La Presse n’avoir reçu aucune autre demande de désignation de paysage culturel patrimonial à ce jour.

Il faut dire que le processus est long — huit ans dans le cas de Rivière-Ouelle –, et que les coûts associés peuvent en décourager plusieurs. « Il faut que ça vienne du milieu, que les élus, les citoyens, embarquent. Que le fruit soit mûr, bref ! », remarque Mme Lalande.

Littoral de la Côte-du-Sud

  • Selon certains, une des plus belles vues du Kamouraska se trouve à Kamouraska même, au restaurant Côté Est.

    PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE

    Selon certains, une des plus belles vues du Kamouraska se trouve à Kamouraska même, au restaurant Côté Est.

  • Le quai de Kamouraska, un autre beau point de vue sur le Saint-Laurent et Charlevoix, au loin.

    PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE

    Le quai de Kamouraska, un autre beau point de vue sur le Saint-Laurent et Charlevoix, au loin.

  • Les « cabourons », ces crêtes rocheuses qu’on retrouve un peu partout dans la région, ont aussi été ciblés par Ruralys comme potentiel paysage remarquable. Ici, une vue en hauteur du haut d’un cabouron, à Saint-Germain-de-Kamouraska.

    PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE

    Les « cabourons », ces crêtes rocheuses qu’on retrouve un peu partout dans la région, ont aussi été ciblés par Ruralys comme potentiel paysage remarquable. Ici, une vue en hauteur du haut d’un cabouron, à Saint-Germain-de-Kamouraska.

  • Les couchers de soleil à Notre-Dame-du-Portage ont été reconnus parmi les plus beaux au monde par le National Geographic dans les années 1950.

    PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE

    Les couchers de soleil à Notre-Dame-du-Portage ont été reconnus parmi les plus beaux au monde par le National Geographic dans les années 1950.

  • Moins fréquentée, la plage de Saint-Germain-de-Kamouraska offre aussi une belle vue.

    PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE

    Moins fréquentée, la plage de Saint-Germain-de-Kamouraska offre aussi une belle vue.

  • À Saint-André-de-Kamouraska, la microbrasserie La Tête d’Allumette et son voisin, le Camping de la Batture Sebka, sont aussi reconnus pour leurs vues.

    PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE

    À Saint-André-de-Kamouraska, la microbrasserie La Tête d’Allumette et son voisin, le Camping de la Batture Sebka, sont aussi reconnus pour leurs vues.

  • L’Islet-sur-Mer se trouve dans la MRC de L’Islet.

    PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

    L’Islet-sur-Mer se trouve dans la MRC de L’Islet.

  • Le village de Saint-Michel-de-Bellechasse, son église et son presbytère

    PHOTO PATRICE LAROCHE, ARCHIVES LE SOLEIL

    Le village de Saint-Michel-de-Bellechasse, son église et son presbytère

1/8
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Philippe Dubé est muséologue et professeur associé au Département des sciences historiques de l’Université Laval. Il réside aussi aujourd’hui à Rivière-Ouelle, où sa famille a des racines depuis la fondation du village. Bien sûr, il apprécie la beauté des lieux. Mais il se dit très critique par rapport au territoire désigné. Selon lui, il aurait fallu considérer tout le littoral de la Côte-du-Sud, un des plus anciens territoires colonisés, pour que le projet ait une tenue.

Une des choses qui m’agacent profondément, c’est pourquoi Rivière-Ouelle seulement ? Accorder ce statut de désignation de paysage culturel à une municipalité, si belle soit-elle, m’apparaît être un non-sens puisqu’un territoire, en tant que paysage géographique, ne peut être contenu dans des limites administratives. D’autant plus que la Côte-du-Sud comme entité culturelle me semble indivisible, puisque chaque élément de son patrimoine sur son territoire est interrelié.

Philippe Dubé, muséologue et professeur associé au Département des sciences historiques de l’Université Laval

Il aurait été encore plus logique de se concerter, avance-t-il, car cette désignation « engage la municipalité à être à la hauteur des attentes ». « Cela nécessite des moyens qu’une municipalité de moins de 1000 résidants n’a pas. Ce coup de publicité est à double tranchant puisqu’il faut pouvoir l’assumer pleinement, c’est-à-dire connaître en profondeur ce paysage transformé par la présence humaine et savoir le communiquer au public. Sans quoi, cette désignation reste du vent, comme il y en a tant dans ce coin de pays. »

Consultez le site du ministère de la Culture et des Communications

En savoir plus

  • 83 %
    Proportion des gens consultés qui se sont dits en accord ou tout à fait en accord avec la démarche de désignation.
    Source : Municipalité de Rivière-Ouelle