On connaît le mont Royal pour ses écureuils gris un peu effrontés et ses ratons laveurs balèzes. Mais il y a toute une faune plus discrète qui vaque à ses occupations sans attirer l’attention. Allons à sa rencontre.

Marie Tison
Marie Tison La Presse

Les mammifères volants

PHOTO TIRÉE DE WIKIMEDIA COMMONS

On ne parvient plus à trouver de petites chauves-souris brunes, comme celle-ci, sur le mont Royal. Par contre, il y a beaucoup de grandes chauves-souris brunes.

On a déjà dénombré quatre espèces de chauves-souris sur le mont Royal, mais malheureusement, certaines manquent à l’appel depuis quelque temps.

« Il y a eu un inventaire en 2006 dans les parcs-nature de Montréal et on avait trouvé la petite chauve-souris brune sur la montagne, raconte Antonin St-Jean, chef de service à la conservation aux Amis de la montagne. Mais c’est une des espèces qui ont été les plus impactées par le syndrome du museau blanc [une infection fongique]. J’ai fait un inventaire en 2015 et on ne l’a pas retrouvée sur la montagne. »

La chauve-souris nordique semble avoir connu le même triste sort.

Par contre, la grande chauve-souris brune est encore bien présente. « On la voit fréquemment sur la montagne, l’été, à la tombée du jour, si on porte attention, au-dessus des aires gazonnées, des aires ouvertes. »

On peut la reconnaître à son vol un peu erratique. Et si on observe bien, on peut constater qu’elle répète sensiblement le même plan de vol : elle tourne en rond pour s’alimenter en insectes.

Une autre chauve-souris peut être vue sur le mont Royal, la chauve-souris cendrée, mais il est difficile de la différencier de la grande chauve-souris brune.

La petite faune

PHOTO PABLO NEUMAN, FOURNIE PAR LES AMIS DE LA MONTAGNE

La grande musaraigne a une toute petite queue.

Ils sont tout petits, ils sont discrets, ils sont nocturnes. On parle ici de souris, de campagnols, de musaraignes. « Ce sont les invisibles de la forêt », résume Antonin St-Jean. L’hiver, on peut voir leurs traces sur la neige. L’été… rien.

« Quand on a des Strigidae [des hiboux et des chouettes], on peut trouver des restes dans les boulettes de régurgitation, on peut ainsi les identifier par leur crâne », raconte M. St-Jean.

On a fait un petit inventaire en installant des pièges pendant la nuit pour capturer les petites créatures, les identifier et les relâcher au petit matin. La plus commune, c’est la souris sylvestre, mais on peut aussi trouver la souris à pattes blanches, la souris sauteuse des champs, la souris sauteuse des bois, la souris commune, le campagnol à dos roux. Le rat surmulot peut également se promener sur la montagne, mais il est beaucoup moins charmant que les autres : c’est le gros rat pas très sympathique qu’on peut retrouver en ville.

La grande musaraigne est beaucoup plus agréable. Quoique… elle sécrète du venin pour maîtriser ses proies. Son nom est d’ailleurs une contraction de mus (souris) et araigne (araignée). Heureusement, son venin ne présente aucun danger pour les humains. Par contre, les insectes n’ont qu’à bien se tenir.

Écureuils et compagnie

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Le délicat écureuil roux est plus rare sur le mont Royal que son cousin, le gros écureuil gris.

L’écureuil gris, c’est assurément l’animal qu’on voit le plus sur le mont Royal.

« C’est un bon habitat et il y a beaucoup de nourriture, mais on le voit plus en raison des liens que les gens ont malheureusement créés avec le nourrissage », explique Antonin St-Jean.

Lors d’un pique-nique, il est fréquent de voir l’écureuil gris grimper sur la table et tenter de voler de la nourriture. « Tu essaies de les faire partir, ils te couinent après. Ils peuvent être très agressifs. » Et lorsqu’ils mordent, il faut vraiment aller faire vérifier la morsure à l’hôpital. Heureusement, ils ne sont pas reconnus pour transmettre la rage.

L’écureuil roux est plus petit que l’écureuil gris, plus délicat et beaucoup plus difficile à observer. « Ils sont plus craintifs, ils vont moins venir vers les gens, affirme M. St-Jean. Ils sont aussi moins nombreux parce qu’ils préfèrent les forêts de conifères. Sur le mont Royal, nous sommes davantage dans l’érablière à caryer. »

Le tamia rayé est aussi plus difficile à voir que l’écureuil gris, car lui aussi est plus craintif. « Il n’y en a pas tant que ça. C’est son cri d’alarme qu’on va entendre, un poup poup poup poup qu’on peut confondre avec un cri d’oiseau. »

Les copains urbains

PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

Les marmottes s’en donnent à cœur joie dans les cimetières du mont Royal.

« Le raton laveur, la moufette, la marmotte : on a toute la panoplie des animaux urbains et périurbains », affirme Antonin St-Jean. Ce sont des animaux qu’on peut rencontrer dans les ruelles, dans les quartiers résidentiels et dans les grands parcs comme celui du Mont-Royal.

Le raton laveur, c’est le « classique de la montagne », lance M. St-Jean. Il est facile à voir dans son habitat naturel, il est donc inutile (et très nuisible) d’essayer de le nourrir. Pour l’observer, il suffit de lever les yeux vers les grands arbres, surtout à la tombée de la nuit et au lever du jour.

Comme le raton laveur, la moufette est un animal nocturne. La marmotte, elle, est diurne. Elle est donc plus facile à voir, notamment près des bâtiments.

Antonin St-Jean fait savoir qu’il y a un très bel endroit pour observer marmottes, moufettes et compagnie : les cimetières de la montagne. « Il y a moins de monde, il n’y a pas vraiment de chiens, c’est plus ouvert : on peut donc observer de plus loin. »

D’ailleurs, les marmottes causent des dégâts en creusant des trous près des pierres tombales. Elles en ressortent parfois avec des bouts de cercueils et d’ossements, ce qui peut être un peu traumatisant pour les familles des défunts.

Les discrets

PHOTO DENIS COURVILLE, ARCHIVES LA PRESSE

On voit de plus en plus le mignon lapin à queue blanche dans la région montréalaise.

Il y avait quelqu’un qui pouvait contrôler le nombre de marmottes et minimiser les dégâts causés par celles-ci dans les cimetières : le renard. Malheureusement, la gale sarcoptique, probablement transmise par des chiens, a fait des ravages en 2008. Ils sont donc beaucoup plus difficiles à voir sur le mont Royal.

« Avant, on pouvait aller dans le cimetière le soir et en voir trois ou quatre, se rappelle M. St-Jean. Maintenant, c’est plus rare. »

Par contre, il y a de plus en plus de lapins à queue blanche dans la région montréalaise et sur la montagne. Comme le renard, il est essentiellement un animal nocturne. Mais on peut le voir au petit matin, lorsqu’il n’a pas fini son boulot quotidien, ou à la brunante, lorsqu’il se met au travail.

Observer sans embêter

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

Il est préférable d’observer les animaux sauvages à distance. Une bonne paire de jumelles, un téléobjectif, voilà des outils très utiles.

« Le défi, c’est de mettre la nature en valeur sans la mettre en péril », rappelle Antonin St-Jean, chef de service à la conservation aux Amis de la montagne. Il y a donc quelques règles de base à respecter.

Regarder de loin

C’est une bonne idée de se munir de jumelles ou d’un appareil photo avec téléobjectif pour garder ses distances.

Rester dans les sentiers

Suivre un animal hors sentier augmente sérieusement son niveau de stress et cela peut avoir un impact sur son habitat.

Ne pas nourrir les animaux

Ceux-ci perdent leur crainte des humains et peuvent devenir agressifs, ce qui augmente le risque de morsures. C’est notamment le cas des écureuils gris. « C’est un rongeur, ça a de sacrées dents, ça mord fort », note M. St-Jean.

Garder les chiens en laisse

Ils peuvent blesser les animaux sauvages ou se faire blesser par eux. Ils peuvent leur transmettre maladies ou parasites, ou attraper eux-mêmes des maladies.