Après un été 2020 au ralenti, les Îles-de-la-Madeleine se préparent à une saison estivale à plein régime, à condition qu’on puisse se déplacer entre régions, bien entendu.

Nathalie Collard Nathalie Collard
La Presse

Des quotas de visiteurs instaurés par la Santé publique, des places limitées sur les traversiers, des vacanciers qui roulent toute la nuit faute de pouvoir s’arrêter dormir au Nouveau-Brunswick... : l’été 2020 a été difficile pour les Îles-de-la-Madeleine.

L’été qui s’en vient s’annonce beaucoup plus « normal », à condition que les touristes puissent s’y rendre, évidemment. Car pour l’instant, ceux qui habitent en zone rouge (c’est-à-dire presque tout le Québec) ne peuvent visiter une zone jaune (les Îles). « Nous vivons avec une épée de Damoclès au-dessus de nos têtes », reconnaît Jacky Poirier, président de Tourisme Îles-de-la-Madeleine, qui se dit tout de même optimiste. Jonathan Lapierre, maire de l’endroit, se dit lui aussi serein. « On mise sur le respect des mesures sanitaires et la vaccination », assure-t-il.

Bonne nouvelle : on estime qu’environ 80 % de la population des Madelinots aura reçu ses deux doses de vaccin à la fin du mois de juin. Et pas question, du moins pour l’instant, d’exiger des touristes une preuve de vaccination ou un test de COVID-19 négatif des visiteurs. « Rien n’empêcherait des entreprises privées comme CTMA [l’opérateur des traversiers] ou Pascan [la principale compagnie aérienne qui dessert les Îles] de le demander à ses clients, note le maire Jonathan Lapierre. Mais pour l’instant, il n’en est pas question. »

Certains employeurs en font toutefois une condition. C’est le cas de Johanne Vigneau, propriétaire du bistro-boutique Gourmande de nature, qui exige deux tests de COVID-19 et une quarantaine de sa main-d’œuvre venue de l’extérieur des Îles. « Je le fais par respect pour mes employés », souligne la femme d’affaires qui emploie une quinzaine de personnes.

Aux Îles d’une traite

Au moment d’écrire ces lignes, il semble que les visiteurs qui se rendront aux Îles en auto ne pourront toujours pas s’arrêter pour la nuit au Nouveau-Brunswick. « Nous sommes en pourparlers pour désigner des lieux où les vacanciers pourront s’arrêter pour prendre de l’essence ou acheter à manger », précise le maire Jonathan Lapierre. Outre Pascan, les compagnies aériennes PAL et la coop TREK devraient desservir les lieux par les airs. Seul problème : bonne chance pour trouver une voiture de location. Elles sont toutes réservées.

En effet, les Québécois n’ont pas attendu d’avoir le feu vert de la Santé publique pour planifier leur été aux Îles-de-la-Madeleine. À l’heure actuelle, il est impossible de trouver une chambre du 15 juillet au 15 août.

Tout est réservé. Il reste toutefois des chambres d’hôtel ainsi que des places disponibles sur le traversier en dehors de ces dates.

À la recherche d’employés… et de logements

On se prépare donc à accueillir le même nombre de touristes qu’en 2019, soit autour de 70 000. « Nous sommes prêts, souligne Jacky Poirier. Nous avons l’expérience de l’été dernier, nous sommes équipés en Purell et en plexiglas. »

PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE

Vue sur les falaises dans le secteur de Cap-aux-Meules

De nombreux établissements sont en recrutement et font face, comme beaucoup d’employeurs de la région, à une vraie pénurie de main-d’œuvre. « Il me manque encore une personne pour compléter mon équipe », indique Johanne Vigneau, également propriétaire du restaurant gastronomique La Table des Roy, qui restera toutefois fermé pour le deuxième été consécutif pour cause de travaux majeurs. « C’est très difficile de recruter cette année. »

À la pénurie de personnel s’ajoute une sérieuse pénurie de logements. Il faut visiter les groupes de discussion sur Facebook pour réaliser que c’est un problème criant. « J’ai un appartement avec trois chambres pour mes employés et j’ai dû ajouter un lit », précise Johanne Vigneau.

La réalité des Îles fait en sorte que la plupart des maisons sont louées aux touristes durant l’été, ce qui complique la recherche de logement pour ceux qui souhaitent s’établir à plus long terme. « C’est comme ça chaque été, note pour sa part le maire Jonathan Lapierre. Les commerçants doivent mettre en place des unités temporaires pour leurs employés. »

La situation risque d’être plus complexe pour le bar-spectacles Les pas perdus, un lieu incontournable de la vie culturelle aux Îles, où les artistes en tournée aiment bien s’arrêter en temps normal. « Il y a beaucoup d’incertitude cette année, reconnaît la copropriétaire Josianne Cormier. Les artistes souhaitent venir, mais hésitent à s’engager. Personne ne sait ce qui va se passer au cours des prochaines semaines avec les variants. On va présenter des spectacles cet été, mais c’est sûr que ce ne sera pas comme avant la pandémie. »

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

La réalité des Îles fait en sorte que la plupart des maisons sont louées aux touristes durant l’été, ce qui complique la recherche de logement pour ceux qui souhaitent s’établir à plus long terme.

Une nouvelle génération

De plus en plus de Québécois lorgnent les Îles-de-la-Madeleine et de nombreuses vedettes québécoises en ont fait leur refuge estival. Au cours des dernières années, on a également vu apparaître quelques maisons très « design » sur le territoire. Les Îles risquent-elles de devenir victimes de leur popularité ? Jonathan Lapierre rejette cette idée. « C’est certain qu’il faut faire attention, c’est un équilibre fragile, dit-il. Il faut respecter la capacité d’accueil, mais, pour l’instant, les infrastructures touristiques et les maisons appartiennent majoritairement aux Madelinots et il n’est pas question de vendre les Îles aux plus offrants. »

Comme les étés sont déjà très populaires, on souhaite développer le tourisme hors saison, soit durant le printemps et l’automne, deux très belles périodes de l’année dans cette région.

D’ici là, il faudra aussi développer les infrastructures touristiques, car l’été dernier, même avec des quotas de touristes, c’était la galère pour trouver une table dans un des bons restaurants de l’endroit. La distanciation physique imposée par les mesures sanitaires limite encore plus le nombre de convives dans les salles à manger des restaurants. « On refusait des gens tous les soirs », note Johanne Vigneau, du bistro-boutique Gourmande de nature.

Signe encourageant : une nouvelle génération d’entrepreneurs en hôtellerie crée de nouveaux lieux. À Fatima, La Shed Surf Bar accueillera les vacanciers dès juin, à quelques mètres de la mer. À Cap-aux-Meules, Ève Beaudoin Galaise et Philippe Raymond ouvriront Chez Renard, buvette intemporelle, une salle de 24 places. Café le jour et bistro le soir, cette nouvelle table proposera une carte axée sur les produits locaux, au-delà du homard et du crabe.

« Nous sommes venus il y a deux ans et nous ne sommes jamais repartis », raconte Ève Beaudoin Galaise, qui travaille comme pâtissière-boulangère à L’Arbre à pain. « Je travaillais au restaurant Quai 360 l’été dernier et on refusait des clients tous les jours. On se sent attendus. Je pense que l’été qui vient sera un gros été pour les Îles. »

On croise les doigts...