(Montebello) L’hiver est enfin arrivé et, en même temps que le froid, les cabanes de pêche ont fait leur apparition sur les plans d’eau du Québec. Quiconque détient un permis de pêche peut tenter sa chance à la pêche blanche. Or, certains lacs font rêver plus que d’autres… Récit d’une partie de pêche sur un lac de la réserve Kenauk Nature, où les visiteurs d’un jour sont maintenant bienvenus.

Simon Chabot Simon Chabot
La Presse

La canne est à l’eau depuis quelques minutes à peine qu’une première touche se manifeste. Fausse alerte. Le calme plat reprend vite ses droits sur le lac Taunton, au beau milieu de la réserve Kenauk Nature, en Outaouais, l’un des derniers territoires presque complètement sauvages du sud du Québec.

Le vent d’est qui souffle par à-coups, sans trop de conviction, n’est pas toujours propice à la pêche, semble-t-il. Inutile de perdre espoir : même si les prises ne sont pas garanties, le lac ensemencé regorge de truites arc-en-ciel. Et puis, admirer les grands conifères aux branches chargées de neige qui se profilent sur les berges immaculées est une excellente façon d’exercer sa patience. Et d’oublier les tracas du quotidien. Ici, même le téléphone reste tranquille, les antennes sont trop loin.

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Le territoire de la réserve est plus grand que l’île Jésus et reste, dans l’ensemble, très peu développé.

De l’accueil de la réserve Kenauk, il faut rouler près d’une demi-heure sur de petits chemins enneigés tout en courbes et en côtes pour atteindre le lac Taunton. La pêche y est normalement réservée aux locataires de l’immense chalet de bois rond construit sur la rive, qui reste largement inoccupé en cet hiver pandémique. Kenauk a donc décidé d’offrir cette année une inhabituelle activité de pêche sur la glace à la journée sur ce lac, comme sur une poignée d’autres plans d’eau éparpillés sur son territoire de 265 km2, c’est-à-dire un peu plus que l’île Jésus !

Un endroit sans pareil

La pêche blanche journalière est une belle occasion de découvrir de façon abordable le territoire incomparable de Kenauk, très peu développé et qui est resté longtemps presque inaccessible.

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Le lac Taunton est ensemencé. Les truites y sont généralement assez grosses et très nombreuses.

Constituée pour l’Église au nom du roi de France en 1674, la réserve est devenue au XIXsiècle la propriété de la famille Papineau, notamment du célèbre Louis-Joseph, puis est passée vers 1930 à l’Américain Harold Saddlemire, fondateur d’un club privé, le Seigniory, qui a attiré ici des têtes couronnées, des millionnaires et des vedettes comme la princesse Grace de Monaco, le président américain Harry Truman, l’actrice Bette Davis et le chanteur Bing Crosby.

Le public n’a eu accès à la réserve qu’à partir de 1970. À l’époque, elle était liée au Château Montebello. Depuis 2015, elle forme une entité autonome détenue par quatre familles qui veulent préserver son côté sauvage. L’ancien chef des finances de Google, Patrick Pichette, fait partie du groupe qui a déboursé près de 50 millions pour l’acquérir. « Ce n’est pas un trip de gars riches qui se payent une pourvoirie privée, avait-il raconté à La Presse dans la foulée de la transaction. C’est un geste pour protéger le territoire. C’est clair que je ne reverrai pas la couleur de mon argent. On ne l’a pas fait pour ça. »

Pour financer néanmoins un tant soit peu l’aventure, Kenauk ouvre peu à peu ses portes à davantage de visiteurs, même ceux, donc, qui n’ont pas les moyens de louer un chalet, souvent très luxueux, parmi la vingtaine dispersée dans les bois.

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Nous y allons doucement. On veut que tous les visiteurs profitent d’un rapport direct avec la nature. On n’accueillera jamais une foule de personnes en même temps, ce serait contraire à notre projet de conservation.

Rosalie Amyot, spécialiste en expérience client pour Kenauk Nature

Pour un prix équivalent à celui de la location d’une petite cabane dans une pourvoirie (105 $), même un pêcheur du dimanche (et sa famille ou quelques amis) peut donc désormais passer une journée sur un lac sauvage, comme s’il était seul au monde. Ou presque. Parce que ça s’active au bout de la ligne, à laquelle on imprime un léger mouvement de haut en bas depuis un moment. Quelques tours de moulinet et la voici : une jolie truite arc-en-ciel d’au moins 12 pouces, qui, vu ses protestations, n’avait pas envie de se trouver au grand air… Une deuxième mordra aussi à l’hameçon un peu plus tard.

Il n’y a pas de cabanes sur les lacs de Kenauk, mais le forfait comprend l’équipement (trois cannes avec leurre de même qu’une tarière manuelle pour creuser des trous dans la glace — et se garder ainsi bien au chaud ! — et permet de repartir avec cinq prises. Un pêcheur doit bien sûr détenir son permis (en vente à l’accueil au besoin) et est libre d’apporter son propre matériel ou un abri s’il le souhaite. Depuis le 8 février, il peut même profiter des conseils d’un guide qui connaît le coin comme le fond de sa poche et sait exactement où percer les trous pour dénicher du poisson (199 $ pour une demi-journée). La pêche sur glace se poursuivra jusqu’à la mi-mars, si le temps le permet.

Après la pêche…

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Une truite arc-en-ciel pêchée dans le lac Taunton, à la réserve Kenauk Nature, dans l’Outaouais.

Si bonne soit-elle, la pêche n’est pas le seul moyen d’explorer la réserve aux 60 lacs, avec ou sans séjour en chalet. En saison, il y a bien entendu la chasse. Et l’été, par exemple, les grands randonneurs peuvent maintenant faire du camping sauvage le long des dizaines de kilomètres de sentiers. Avec l’assouplissement récent des restrictions de la Santé publique, les activités de tir au pigeon d’argile et de traîneau à chien viennent même de reprendre.

Kenauk Nature trace aussi pour le pas classique des sentiers de ski de fond de 2 à 16 km, accessibles à la journée (17 $/personne). Ils s’avancent doucement dans les bois, en suivant parfois des ruisseaux ou des lacs, dans un paysage par moments légèrement accidenté. Après la pêche, nous y avons croisé très peu de nos semblables. Et aucun marcheur n’avait laissé de traces dans les sentiers en excellente condition. À part les orignaux, qui ont fait ici et là quelques trous avec leurs sabots. Mais on leur pardonnera, ils sont chez eux, après tout.

> Consultez le site de Kenauk Nature

Pour l’instant, sans être interdits, les voyages entre les régions ne sont pas recommandés par le gouvernement du Québec, en raison de la pandémie. Les pêcheurs qui se déplacent doivent limiter leurs contacts et éviter de fréquenter les commerces hors de leur région d’origine.

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Des sentiers de ski de fond très bien tracés permettent d’explorer le vaste territoire de la réserve.

Combien ça coûte ?

Au Québec, il faut compter autour de 100 $ pour la location d’une cabane de pêche pour une journée (un peu moins pendant la semaine). Ce prix comprend généralement l’équipement (brimbales, hameçons), le perçage des trous et le bois de chauffage, mais pas le permis de pêche (pas nécessaire pour la pêche au poisson de fond). Des forfaits sans location de cabane, moins chers, sont parfois offerts. Dans tous les cas, il vaut mieux réserver sa place. À cause de la pandémie, les membres d’un seul foyer sont admis dans une même cabane cet hiver.

Pour pêcher pas trop loin

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Un pêcheur sur glace a installé son abri sur le fleuve Saint-Laurent à Saint-Lambert, même si la glace y est relativement mince.

En ville

Un permis de pêche permet de taquiner le poisson partout au Québec, même autour de Montréal, où la saison commence enfin… avec beaucoup de retard. Le centre de pêche Chez Robert, à Oka, a ainsi lancé ses activités il y a une semaine. À Québec, le Village Nordik n’a pas eu de mal à installer ses igloos gonflables dans le port, où les visiteurs peuvent pêcher la truite jusqu’au 7 mars. « Ils pourront aussi se faire livrer en ski-doo repas et alcools des restaurants environnants », ajoute le responsable, Marc-Olivier D’Amours.

> Consultez le site du centre de pêche Chez Robert

> Visitez le site du Village Nordik

Baie des Ha ! Ha !

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Un sébaste pêché dans la baie des Ha ! Ha ! au Saguenay

Profonde de 300 m par endroits, la baie des Ha ! Ha !, en face de La Baie, au Saguenay, regorge de poissons de fond comme la morue, le sébaste ou le turbot, qui sont parfois gigantesques. L’hiver peu rigoureux a retardé l’installation des 800 cabanes dans les deux villages de pêche du coin, mais a aussi ses bons côtés… pour ceux qui n’ont pas le goût de taquiner le poisson par -40 °C. « On vérifie les preuves de résidence et toutes les cabanes louées sont désinfectées », rappelle Rémi Aubin, président de l’organisme Promotion pêche.

> Consultez le site de Promotion Saguenay

Mauricie

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Retardée par les pluies de Noël et menacée par la pandémie, la saison de la pêche au poulamon a finalement été lancée le 22 janvier.

La mairesse de Sainte-Anne-de-la-Pérade, Diane Aubut, aurait préféré annuler la pêche au poulamon (ou petit poisson des chenaux), mais fortes de l’aval de la Santé publique, certaines pourvoiries ont finalement ouvert leurs portes le 22 janvier. Pas très loin, sur le lac Saint-Pierre, la pêche au doré, au brochet et à la lotte vient aussi d’être lancée. Au Domaine du lac Saint-Pierre de Louiseville, les pêcheurs sont au rendez-vous. N’empêche, pour le propriétaire Julien Laplante, avec un mois de retard, « c’est une saison à oublier ».

> Consultez le site de l’Association des pourvoyeurs de pêche aux petits poissons des chenaux

> Visitez le site du Domaine du lac Saint-Pierre de Louiseville

Lac Champlain

Les centres de pêche du lac Champlain, à l’extrême sud du Québec, ont l’habitude des redoux, au point où l’actuelle saison, en cours depuis la mi-janvier, est « à peu près normale », dit Daniel Courchesne, de la pourvoirie Courchesne, à Venise-en-Québec. Certains pêcheurs de perchaude et de brochet parmi les plus anciens sont déçus de ne pouvoir s’y rendre avec leurs amis, ajoute-t-il, mais les mesures sanitaires sont bien respectées et les familles, nombreuses. À part de la pêche blanche, « tu fais quoi pour 115 $ en 2021 ? », souligne M. Courchesne.

> Consultez le site de la pourvoirie Courchesne

Société des établissements de plein air du Québec (SEPAQ)

Six établissements de la SEPAQ proposent des activités de pêche sur glace (sans cabane) : le parc national de la Yamaska, la réserve faunique de Portneuf, le centre touristique du Lac-Simon, la station touristique Duchesnay, la réserve faunique de Port-Cartier–Sept-Îles et le parc national des Grands-Jardins. La location d’équipement n’est possible que dans les quatre premiers établissements de la liste. La pêche blanche est populaire cet hiver, précise la SEPAQ, qui rappelle qu’il faut acheter les droits d’accès en ligne.

> Consultez le site de la SEPAQ