Comment peut-on voyager à des millions de kilomètres sans bouger de sa cour arrière ou de son balcon ? En observant ce qui se passe dans le ciel, loin, bien loin de la Terre. Marc Jobin, astronome au Planétarium Rio Tinto Alcan, donne un aperçu des évènements astronomiques à suivre en 2021.

Publié le 16 janv. 2021
Marie Tison
Marie Tison La Presse

Du 15 au 25 janvier : Mercure

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Mercure

Certaines planètes se pavanent allègrement dans le ciel et brillent de tous leurs feux, comme Jupiter ou Vénus. D’autres sont plus discrètes, comme la petite Mercure, qui ne monte jamais bien haut dans le ciel. Elle se montre un petit peu plus à certaines périodes précises de l’année. Comme cette semaine. Elle apparaîtra une demi-heure après le coucher du soleil, juste au-dessus de l’horizon ouest-sud-ouest.

« Ça prend un horizon bien dégagé, précise Marc Jobin. Parfois, il peut y avoir des nuages bas à l’horizon alors que c’est clair au-dessus de nos têtes. Surtout, il ne faut pas d’obstruction : pas de bâtiments, pas d’arbres qui nous cachent l’horizon. Mais ce n’est pas une question de pollution lumineuse : Mercure est assez brillante pour être vue même en ville. »

Ceux qui habitent en hauteur sont avantagés… tant qu’il n’y a pas une autre tour qui obstrue l’horizon dans la direction recherchée.

« En fait, si vous voyez le coucher de soleil ces jours-ci, vous devriez pouvoir voir Mercure quelques minutes plus tard. »

Il y aura une autre fenêtre en soirée du 24 avril au 28 mai, puis au petit matin entre la mi-octobre et le 10 novembre.

Du 5 au 6 mai : Êta Aquarides

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La constellation Verseau

Les pluies d’étoiles filantes constituent un spectacle très prisé. Certaines sont très populaires, d’autres, un peu moins, comme les Êta Aquarides, qui semblent émaner de la constellation du Verseau (Aquarius).

« Le problème avec les Êta Aquarides, c’est qu’on ne peut les voir qu’après 3 h du matin, indique M. Jobin. Comme le ciel commence à s’éclaircir à 4 h 30, la fenêtre est très courte. Il faut être un peu mordu pour l’observer. »

10 juin : éclipse annulaire du soleil

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Éclipse annulaire du soleil

« C’est le gros évènement de 2021, assure Marc Jobin. Ça va se passer tôt le matin, juste après le lever du soleil. »

Il s’agira d’une éclipse annulaire parce que la lune sera trop loin de la Terre pour cacher totalement le soleil. « Il va rester un anneau brillant autour de la silhouette de la lune, ce qui va faire en sorte qu’on n’aura pas l’effet de l’éclipse totale : le ciel qui devient noir, les étoiles les plus brillantes et les planètes qui apparaissent, tout le bataclan. Pour ça, il faudra attendre en 2024. »

L’éclipse annulaire sera visible dans le nord du Québec et de l’Ontario. « Ce sera donc peu accessible, à moins d’y mettre les sous : ça coûte cher d’aller dans ces coins-là. »

Dans le sud du Québec, l’éclipse annulaire sera partielle. « Au lieu de faire un anneau, ça va faire un croissant. Ça va être joli. Les photographes pourront s’en donner à cœur joie : il va falloir se bousculer pour les bons spots. » Mais dès qu’on parle d’observation d’éclipse du soleil, les astronomes deviennent nerveux. Il y a une question de prudence, de moyens techniques à mettre en œuvre pour ne pas s’endommager les yeux.

Du 12 au 13 août : les Perséides

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Les Perséides

C’est la favorite des favorites lorsqu’on parle de pluie d’étoiles filantes. « Les gens connaissent les Perséides parce que ça arrive pendant les vacances, explique Marc Jobin. La température est plus agréable au mois d’août qu’au mois de décembre. »

Par contre, cette année, la lune vient un peu gâcher la fête en début de nuit. Son éclat rend plus difficile l’observation des étoiles filantes. « Ce n’est pas la catastrophe. La lune va se coucher et on va avoir le champ libre après 22 h 30. Plus on va approcher de la fin de la nuit, meilleures seront les conditions. Le radian d’où semblent émaner les étoiles filantes sera de plus en plus haut dans le ciel. Vers 3 h du matin, c’est le best. Puis l’aube commence, on cligne des yeux et oups, le soleil se lève et c’est fini. »

Si les nuages couvrent le ciel dans la nuit du 12 au 13 août, tout n’est pas perdu. « La nuit précédente pourrait être bonne aussi. »

19 novembre : éclipse de la lune

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, ARCHIVES LA PRESSE

Éclipse totale de la lune en septembre 2015

Pour le sud du Québec, on parle d’une éclipse partielle, mais quand même très intéressante. « Elle sera presque totale, note Marc Jobin. On va peut-être percevoir l’effet rougeâtre à la surface de la lune, mais il va rester une coche éclairée par le soleil. »

L’évènement se produira à 4 h 40, heure de l’Est. Il faudra donc être matinal. Ou insomniaque.

Il faudra attendre à 2022 pour la prochaine éclipse totale de la lune.

Du 13 au 14 décembre : les Géminides

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Les Géminides

C’est la pluie d’étoiles filantes la plus intense, la plus stable de l’année. « Mais c’est le moment de l’année où tu n’as pas vraiment envie d’aller passer des heures dehors sans bouger à regarder en haut, remarque Marc Jobin. C’est moins populaire que les Perséides, on comprend pourquoi. »

La lune est plus envahissante cette année. « Il faudra attendre à 3 h pour que la lune débarrasse. Ça fera une différence : sans lune, on voit beaucoup plus de météores. »

En outre, en décembre, il n’est vraiment pas rare d’avoir un couvert nuageux. « S’il ne fait pas beau, on peut se rabattre un jour avant ou un jour après. »

Les surprises

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La comète C2020 F3 (Neowise)

Le ciel réserve parfois des surprises. Au début de l’été 2020, une comète inconnue est venue faire son petit tour de piste dans le système solaire. On lui a donné le nom très poétique de C2020 F3 (Neowise), Neowise étant le nom du télescope robotisé qui l’a découverte.

« On ne connaît pas toutes les comètes, on continue d’en découvrir, indique Marc Jobin. Ce sont celles-là qui nous font de belles surprises. »

Lorsqu’on fait de telles découvertes, on a amplement le temps d’observer le phénomène. « Il faut s’enlever de l’idée qu’une comète, c’est quelque chose qui traverse le ciel, fiou, et c’est fini. Ce n’est pas une étoile filante. C’est un objet céleste qui se déplace d’une nuit à l’autre, qui peut être plus ou moins brillant, plus ou moins facile à repérer. Une fois qu’on l’a découverte et qu’on a établi sa trajectoire, on est capable de faire des prédictions sur sa brillance. »

Toutefois, les comètes ne tiennent pas toujours leurs promesses et parfois, « pouet, pouet, pouet, le spectacle est décevant ». « Pour les astronomes amateurs, ça peut rester quelque chose d’intéressant. Pour le public, c’est difficile de garder l’intérêt avec quelque chose de moins spectaculaire. »

La station spatiale internationale

PHOTO NASA, PHOTOMONTAGE LA PRESSE

La station spatiale internationale

Il est difficile de prévoir avec assez d’avance la position de la station spatiale parce qu’on ajuste toujours un peu sa trajectoire.

« C’est intéressant quand on réussit à tomber là-dessus, affirme Marc Jobin. C’est brillant et on se dit qu’il y a sept personnes à bord qui nous regardent. Ou qui ne nous regardent pas. On peut toujours leur faire des tatas ! »

Il est possible de suivre la trajectoire de la station spatiale grâce au site Spot the Station (en anglais). M. Jobin recommande également Heavens Above, un autre site en anglais qui permet de savoir quels satellites nous passent au-dessus de la tête.

> Consultez le site Spot the Station (en anglais)

> Consultez le site Heavens Above (en anglais)

Enfin, chaque mois, le Planétarium détaille ce qui se passera dans le ciel : éclipses, pluies d’étoiles filantes, conjonctions, déplacement des planètes, tout y est.

> Consultez le site espace pour la vie Montréal