Des pétitions pour continuer à protéger des régions à l’aide de barricades. Des commentaires dans les médias sociaux comme « Les 514 vont aller en région pour contaminer » à l’annonce de l’ouverture des parcs de la Société des établissements de plein air du Québec (SEPAQ).

Marie Tison Marie Tison
La Presse

Les Montréalais ne se sentent pas les bienvenus en région actuellement.

L’industrie touristique comprend les appréhensions des gens des régions et tient à les rassurer. Mais certains s’inquiètent au sujet des conséquences des discours actuels. « Ma grande crainte, c’est de stigmatiser la population de Montréal versus le reste, déclare Martin Soucy, président-directeur général de l’Alliance de l’industrie touristique du Québec. Il ne faudrait pas qu’on devienne des étrangers entre nous, ça pourrait avoir des impacts à long terme. »

Il note que l’étiquette « Montréal » est plutôt large et englobe toute la grande région métropolitaine, le 450 aussi.

« Le Québec est reconnu à l’international pour son accueil chaleureux et là, entre nous, on est en train de se stigmatiser, déplore-t-il. Il faut mesurer le discours. »

Nathalie Blouin, vice-présidente aux ventes et au marketing du groupe Riôtel, dans le Bas-Saint-Laurent et la Gaspésie, soutient que les touristes des grands centres sauront faire la part des choses. « Je pense que les Montréalais savent que c’est circonstanciel, ils savent à quel point les Gaspésiens sont accueillants en temps normal », affirme-t-elle.

Diane Leblond, directrice générale de Tourisme Laurentides, fait valoir la longue histoire d’amour entre Montréal et « le Nord ». Elle ne croit pas que l’image de la région sera entachée. 

Je suis convaincue que les Montréalais ne nous tiendront pas rigueur de cette vague, c’est temporaire. Pour l’instant, ce n’est pas le temps de venir, mais il va y avoir un bon moment.

Diane Leblond

Pierre Lévesque, directeur général de Tourisme Bas-Saint-Laurent, rappelle que la peur est un sentiment légitime dans les circonstances. « Il y a peut-être des gens qui disent des choses qu’ils ne devraient pas, il y en a toujours dans toutes les sociétés, mais je ne pense pas que ce soit un mouvement anti-Montréalais ou anti-visiteurs. »

« L’industrie touristique a un travail à faire pour rassurer les Montréalais qu’ils seront les bienvenus chez nous », souligne également Nathalie Blouin.

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Coucher de soleil sur le fleuve Saint-Laurent au parc national du Bic

Faire connaître l’apport du tourisme

Pour y parvenir, il faut apaiser la population locale. Dans les régions, la capacité des hôpitaux est limitée et ça inquiète les gens à juste titre.

« C’est certain que nous ne pourrions pas faire face à une grosse pandémie en région, lance Mme Blouin. Mais en même temps, on ne pourrait pas se priver d’une saison touristique. »

Selon les régions, la grande région de Montréal représente de 40 à 60 % de la demande touristique. Et cette année, le tourisme international sera inexistant. Or, il représentait 53 % des retombées.

Mais comment rassurer les populations des régions « quand ça fait deux mois qu’on leur fait peur ? », s’interroge Élodie Brideau, directrice de Cime Aventures, établie à Bonaventure.

Avec d’autres acteurs de Gaspésie, elle travaille sur un manifeste pour faire notamment connaître l’apport du tourisme à l’ensemble de l’économie.

« L’industrie touristique, c’est le poumon des entreprises qui offrent des services à l’année », affirme-t-elle.

Ce n’est pas uniquement le restaurant du coin, la petite boulangerie. Les impacts se font ressentir pour le concessionnaire automobile, pour le constructeur d’habitation.

Mais Mme Brideau reconnaît la problématique d’un afflux de visiteur en ce temps de pandémie. « C’est sûr que nos épiceries ne sont pas prêtes à accueillir 80 000 visiteurs cet été. »

Des solutions

Mais il y a des solutions sur lesquelles travaille l’industrie, comme livrer directement les commandes d’épicerie aux terrains de camping, livrer des objets aux chambres d’hôtel.

« Beaucoup de Gaspésiens pourraient mettre la main à la pâte pour créer un réseau de distribution », indique-t-elle.

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L’île aux Lièvres et vue de la rive nord de Charlevoix

Pour rassurer la population, il faudra une stratégie de communication pour justement faire connaître les mesures adoptées par l’industrie touristique pour protéger la santé publique, fait savoir Michèle Moffet, directrice du marketing à Tourisme Charlevoix.

« En ce moment, nous tenons une consultation pour prendre le pouls du terrain, connaître la perception des gens. Au moment opportun, il y aura un exercice qui sera mis de l’avant pour rassurer les gens : oui, il y aura des mesures sanitaires. »

Chez Riôtel, on considère notamment un enregistrement en ligne pour limiter les contacts entre les clients et le personnel des établissements hôteliers du groupe. Il faut toutefois maintenir un certain équilibre. « Nous avons la réputation d’être chaleureux et accueillants, affirme Nathalie Blouin. Il faut penser à ce volet-là, que ça ne devienne pas impersonnel. »

Martin Soucy rappelle que la situation actuelle est une première. « Il n’y a pas de manuel d’instruction sur comment se remettre d’une pandémie mondiale. Il faut y aller étape par étape. »

Il s’attend à ce qu’il y ait des discussions dans les régions entre les élus municipaux, les chambres de commerce et les associations touristiques, ce qui contribuera à ramener la confiance. Le gouvernement devra aussi participer avec un travail de sensibilisation.

« Les gens vont finir par se donner un petit peu de distance et ils vont avoir une perspective différente », résume-t-il, optimiste.