En mai dernier, le gouvernement du Québec annonçait le début du déconfinement. Faute d’options, bien des Québécois ont alors décidé de donner une chance au golf, l’une des premières activités accessibles après des mois de confinement. Un peu plus de quatre mois plus tard, le golf au Québec connaît les plus beaux moments de son histoire. Et il est encore temps d’en profiter, si on prend soin bien sûr de ne pas changer de région.

Pierre-Marc Durivage Pierre-Marc Durivage
La Presse

« La COVID-19 a sauvé l’industrie du golf. » Martin Ducharme, président de l’Association des clubs de golf du Québec (ACGQ), ne mâche pas ses mots. « Dans les années passées, on avait une clientèle vieillissante et on avait beau essayer d’aller chercher de plus jeunes joueurs, ça ne fonctionnait pas », a reconnu celui qui est aussi directeur général du club de golf Château Bromont. « On avait essayé par toutes sortes de moyens d’aller chercher les 25-35 ans, mais c’est la COVID-19 qui nous les a amenés. Et ils ont pris goût à ce sport-là ! »

Le succès a été tel que l’industrie du golf au Québec a déjà enregistré cette année une hausse de fréquentation de 19 %, en voie de franchir pour la première fois le cap des 8 millions de rondes jouées. Et comme l’affluence dans les clubs est encore soutenue cet automne, Martin Ducharme pense que l’augmentation pourrait se conclure autour de 21 % ou 22 %. « C’est du jamais-vu ! À tel point que les gens ont de la difficulté à obtenir des départs aux heures qui leur conviennent, nous a expliqué M. Ducharme. Plusieurs clients ont ainsi décidé d’acheter des abonnements pour la saison prochaine de façon à bénéficier de privilèges de réservation. C’est une surprise que l’on n’avait pas vue venir. »

Rétention

Le défi maintenant est de retenir cette nouvelle clientèle inespérée — notamment en donnant un nouveau souffle au programme Sortez, golfez, qui offre entre autres des rabais dans plusieurs terrains du sud du Québec.

Les jeunes boudaient le golf. C’était pour eux un sport de snobs ou de riches. Mais cette fois, ils n’ont pas été jugés et ont été acceptés par l’industrie. On leur a dit de venir s’amuser avec leurs amis, les chandails sortis des pantalons et la casquette à l’envers.

Martin Ducharme

« J’entrevois donc les prochaines années de façon extrêmement positive, à la seule condition que les gestionnaires continuent d’accepter cette nouvelle clientèle, ajoute-t-il. Il faut repenser notre façon de faire en accueillant ces gens-là pour qu’ils se sentent acceptés. »

M. Ducharme donne notamment l’exemple du club Le Portage, à L’Assomption : « Quand tu arrives là-bas, il y a de la musique sur le vert de pratique et au champ de pratique, a-t-il décrit. Il y a une notion de plaisir qu’ils ont bien comprise là-bas, c’est l’un des beaux exemples à suivre. »

On a aussi pris conscience avec grand étonnement qu’il y avait moyen d’établir des synergies jusqu’alors insoupçonnées. « On s’est par exemple aperçu qu’on avait sensiblement la même clientèle que le vélo de montagne ou le fat bike, nous a appris Martin Ducharme. Ce n’est pas rare de voir des clients avec des vélos sur la voiture qui ouvrent le coffre pour sortir leur sac de golf. Les gens jouent une ronde le matin et partent en sentier de vélo de montagne l’après-midi. J’avais toujours pensé que celui qui fait du vélo n’est pas intéressé au golf ! »

Au-delà des milléniaux, le golf a aussi fait une remarquable percée auprès des enfants l’été dernier, principalement grâce aux camps de jour et aux activités parascolaires, très bien adaptées aux normes de distanciation physique. « Les jeunes qui ont pratiqué le golf en milieu scolaire ou en camp de jour ont pu mettre en pratique ce qu’ils ont appris avec grand-papa et grand-maman, a expliqué Martin Ducharme. Je n’ai jamais vu autant de familles fouler les allées de golf cet été. »

Enfin, cet engouement inédit profite à tout le monde dans le milieu du golf, notamment aux établissements hôteliers qui font le plein de clients, mais aussi aux clubs de golf qui ont connu des difficultés au cours des dernières années. « Comme c’est difficile d’offrir de nouvelles rondes dans les clubs déjà pleins, ça a donc été bénéfique pour les terrains où il y avait moins d’affluence, a précisé le président de l’ACGQ. Ça permet de faire grandir des terrains qui tiraient le diable par la queue. Ils vont pouvoir investir sur l’entretien et la machinerie, c’est bon pour tout le monde. »

Les coups de cœur du pro

Directeur de tournoi pour la PGA Tour Champions au Canada de 2004 à 2016, David Skitt était jusqu’à tout récemment directeur général de l’Association des clubs de golf du Québec (ACGQ). Alors qu’il se prépare pour relever un nouveau défi golfique, il nous propose quelques beaux terrains publics ou semi-privés où aller profiter des couleurs automnales. Évidemment, vaut mieux réserver tôt !

Club de golf de Joliette, Saint-Charles-Borromée

PHOTO FOURNIE PAR LE CLUB DE GOLF DE JOLIETTE

Le club de golf de Joliette, inauguré il y a près de 70 ans, est aménagé le long de la rivière L’Assomption.

Inauguré il y a presque 70 ans, le parcours boisé de 6675 verges épouse les méandres de la rivière L’Assomption, juste au nord de Joliette. Perle de Lanaudière, le club jouit d’une réputation scrupuleusement entretenue.

L’avis de David Skitt

« C’est le détail du travail qui est remarquable à Joliette. Il y a plein de cèdres taillés, et la qualité du terrain est impeccable. L’entretien ici, c’est un peu comme à Augusta [où se tient annuellement le Tournoi des Maîtres de la PGA]. Joliette se retrouve dans le top de bon nombre de golfeurs. J’aime beaucoup aller là. »

Club de golf La Tempête, Lévis

PHOTO FOURNIE PAR LE CLUB DE GOLF LA TEMPÊTE

Le club de golf La Tempête comprend trois types d’aménagement différents, à aire ouverte, de type links et boisé.

Conçu en 2005 par le réputé duo d’architectes québécois Darrell et Warren Huxham, le parcours du Golf La Tempête a déjà accueilli plusieurs tournois d’envergure internationale. Il s’est rapidement forgé une place de choix parmi les plus beaux terrains au pays.

L’avis de David Skitt

« C’est actuellement le seul club du Québec en expansion. On construit un nouveau 18-trous qui sera inauguré l’an prochain. Comme Joliette, c’est un terrain semi-privé, il est donc ouvert à tous. C’est comme jouer trois différents terrains en une seule ronde : les six premiers trous sont à aire ouverte, les six suivants sont boisés, et les six derniers sont de type links. Et il y a en prime d’immenses lacs aux trous 9 et 18. »

Domaine Château Bromont, Bromont

PHOTO FOURNIE PAR LE DOMAINE CHÂTEAU BROMONT

Certaines allées du Domaine Château Bromont s’étendent jusqu’au flanc du mont Brome.

Conçu par les architectes Howard Watson et Graham Cook, le parcours s’étire à flanc de montagne, tout près des pentes de ski. C’est le premier parcours à avoir été construit à Bromont, qui en compte aujourd’hui trois.

L’avis de David Skitt

« C’est un incontournable pendant l’automne. Le parcours vallonneux est en excellente condition, les vues sont majestueuses, sur certains trous, tu es pratiquement dans la montagne. De plus, le joli village est à proximité, sans compter de nombreuses options de villégiature, dont les deux hôtels du Domaine. »

Club de golf de Rosemère, Blainville

PHOTO FOURNIE PAR LE CLUB DE GOLF DE ROSEMÈRE

De conception moderne, le parcours du club de golf de Rosemère est ceinturé de résidences cossues.

C’est l’an dernier que le Club de Rosemère a déménagé ses pénates au parcours Le Fontainebleau, le terrain original du club, établi en 1922, ayant été vendu à des fins de développement immobilier. C’est donc sur un parcours ayant accueilli à deux reprises des tournois du circuit des Champions de la PGA que le Club de Rosemère poursuit sa mission.

L’avis de David Skitt

« C’est un parcours semi-privé moderne avec de grandes allées bien entretenues, avec d’impressionnantes résidences cossues construites tout autour. Dessiné par Graham Cooke et Darrell Huxham, ce terrain est entre autres reconnu pour ses trois derniers trous, aménagés en cercle ; tu commences à un bout et tu finis de l’autre côté. Les pros disent qu’ils réussissent le tour du chapeau quand ils arrivent à réussir un oiselet sur chacun des trous. »

Club de golf Drummondville, Drummondville

PHOTO TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK DU CLUB DE GOLF DE DRUMMONDVILLE

Aménagé à partir de 1917 avec un premier parcours de neuf trous, le club de golf de Drummondville s’étire le long de la rivière Saint-François.

Aménagé à partir de 1917 sur le domaine du fondateur de Drummondville, Frederick George Heriot, le club de golf aux arbres matures s’étire le long des rapides de la rivière Saint-François autour d’un club-house construit en 1953 et fraîchement rénové l’an dernier.

L’avis de David Skitt

« Le parcours devait fermer l’an prochain pour une rénovation complète, mais les travaux ont été remis à 2022. C’est la firme de Jack Nicklaus qui doit refaire le design. Aujourd’hui propriété de la multinationale Soprema, le golf de Drummondville est en voie de se métamorphoser en véritable resort de golf, avec un hôtel, une académie. Ce sera vraiment une destination golf complète. »