(Bromont) Les Québécois ont fait le plein d’air frais cet été, mettant le nez dehors pour s’évader de ces endroits qui nous rappellent un peu trop que l’on est encore en situation de crise sanitaire. Déjà en pleine ascension depuis quelques années, le vélo de montagne est l’une de ces activités qui ont su profiter de la conjoncture pour faire le plein de nouveaux adeptes. On a vérifié par nous-mêmes en allant faire un tour à Bromont, encore et toujours incontournable.

Pierre-Marc Durivage Pierre-Marc Durivage
La Presse

Influenceur, producteur et animateur de la websérie bonvelo.ca, Dominick Ménard baigne dans le milieu du vélo de montagne depuis 25 ans. Membre de l’équipe nationale de descente dans les années 1990, il s’est frotté aux meilleurs de la discipline. Aujourd’hui, il s’est donné le mandat de faire découvrir son sport ainsi que les plus beaux endroits où on le pratique. Nomade, c’est toutefois à Bromont qu’il revient faire le plein entre deux escapades.

« Les gens ont parfois tendance à oublier Bromont étant donné que le centre fait depuis longtemps partie intégrante de l’univers du vélo de montagne ; après tout, il y a eu des Championnats du monde ici dès 1992, aussi bien dire à la préhistoire, nous a rappelé en rigolant le sportif de 41 ans. Mais les gens qui reviennent ici après quelques années d’absence se demandent pourquoi ils ont attendu si longtemps. Les nouveaux centres bénéficient de l’effet de nouveauté, mais quand on revient ici, on comprend que Bromont n’a rien à envier aux autres. »

Pittstop Vélo-Café

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Le Pittstop Vélo-Café marie un atelier de réparation de vélo de montagne, une boutique d’accessoires et de location, un resto, de même que les locaux de torréfaction du café Julius.

Dominick Ménard nous a donné rendez-vous à son quartier-général, le Pittstop Vélo-Café, un concept unique de café-atelier qui montre la place que prend le vélo de montagne à Bromont. On y trouve sous le même toit un atelier de réparation de vélo de montagne, une boutique d’accessoires et de location, un resto offrant un menu alléchant de même que les locaux de torréfaction du café Julius, servi sur place, il va sans dire.

« Avec la COVID, on a dû fermer trois mois, on a vraiment pensé faire faillite, d’autant plus que nous avons ouvert nos portes à l’automne dernier, nous a confié Jean-Sébastien Pitt, l’un des copropriétaires. Mais avec la saison de fou que l’on a connue en vélo de montagne, ça nous a vraiment aidés, on a été capables de complètement renverser la vapeur. »

À tel point qu’ils ont depuis construit un four à pizza à l’extérieur, autour duquel sera aménagée une vaste terrasse dès le printemps prochain. « On veut plus que jamais offrir un cocktail qui permet de rendre l’expérience vélo totale », a dit le jeune passionné.

> Consultez le site du Pittstop Vélo-Café

Mont Oak

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Les sentiers du mont Oak sont pour la plupart destinés aux cyclistes débutants et intermédiaires.

C’est donc après un excellent flat white que nous avons enfourché nos bécanes en direction du mont Oak, l’un des cinq sommets dont les tracés sont sous la responsabilité des Amis des sentiers de Bromont, organisme citoyen mis sur pied en 2004 pour assurer la sauvegarde des pistes en forêt déjà en place dans le massif du mont Brome. Le directeur général Alain Planchamp nous y attendait.

« On assure la gestion du réseau de 140 km de sentiers tout autour de Bromont, nous a expliqué celui qui a longtemps travaillé dans le milieu de l’arboriculture. Nous avons maintenant une équipe de 11 employés qui assure la mise à niveau et le développement de nouveaux sentiers en montagne, aussi bien pédestres que pour le vélo de montagne ou même pour la randonnée équestre. »

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Alain Planchamp, directeur général des Amis des sentiers de Bromont, veut créer des itinéraires adaptés au vélo de montagne dans le Parc des sommets. « Mon but est de demander à des cyclistes chevronnés d’aller rouler des boucles, selon différents niveaux, a-t-il indiqué. On veut ensuite proposer ces boucles aux visiteurs du mont Oak. »

C’est toutefois seulement depuis 2014 que l’on a mis davantage d’efforts sur le vélo de montagne et c’est d’abord le mont Oak qui en a bénéficié — c’est aussi ici que sera construit, l’an prochain, le nouveau centre d’accueil. L’idée était de constituer un réseau de vélo complémentaire à celui déjà en place sur la montagne de ski. « On s’est aperçu que les gens qui commençaient à être à l’aise à Oak n’étaient pas tout à fait prêts à faire le saut à la montagne, la marche était encore bien haute, a indiqué M. Planchamp. On a donc développé de nouveaux sentiers intermédiaires qui permettent aux gens d’ensuite passer sans crainte au réseau de Bromont, montagne d’expérience. »

> Consultez le site des Amis des sentiers de Bromont

Parc des Sommets

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Pour la plupart intégrés à l’aire de conservation du Réseau de la montagne, les sentiers du Parc des sommets sont aménagés sans aucune machinerie, de même qu’aucun abattage d’arbre adulte n’est par ailleurs permis.

On peut rouler sans tracas du mont Oak à la base du mont Brome, mais nous avons plutôt pris la direction du parc des Sommets en route vers la cime du mont Bernard, en plein cœur de l’aire de conservation du Réseau de la montagne. Il s’agit d’une zone sauvage protégée de près de 153 hectares sous la responsabilité de la Société de conservation du mont Brome.

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Les Amis des sentiers de Bromont ont aménagé cette année de jolies plateformes au sommet du mont Bernard, qui offrent de magnifiques points de vue tantôt vers les monts Gayle, Oak et au-delà, tantôt vers les monts Sutton, Pinnacle et Jay Peak.

Le hasard a d’ailleurs voulu que l’on croise sur les pistes l’un des membres de son conseil d’administration, Marc-Antoine Demers : « On assure la balance entre la récréation et la conservation, nous a expliqué l’analyste des politiques scientifiques au Service canadien des forêts. La mission du parc est de protéger, jouer, léguer. La nature procure des services, comme les arbres qui filtrent l’air et les marais qui filtrent l’eau, mais elle offre aussi des activités récréatives qui sont bonnes pour le moral des humains. »

En tout, la Société de conservation du mont Brome assure jusqu’à maintenant la protection à perpétuité de près de 365 hectares à Bromont, en confiant aux Amis des sentiers la responsabilité de l’aménagement des pistes de vélo de montagne, un travail manuel en tout respect de la nature.

Bromont, montagne d’expériences

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Les pistes de Bromont, montagne d’expérience grouillent de descendeurs de calibre qui multiplient les prouesses, à l’instar de notre guide Dominick Ménard. On change résolument de registre, c’est plus sportif et moins bucolique.

Après avoir cassé la croûte sur l’une des belles plateformes aménagées au sommet du mont Bernard, nous avons finalement rejoint les pistes de Bromont, montagne d’expériences. On croise alors des descendeurs de calibre qui multiplient les prouesses. On change résolument de registre, c’est plus sportif et moins bucolique. Mais on voit aussi bon nombre d’enfants et de cyclistes moins aguerris.

« Avant, le vélo de montagne s’adressait à une clientèle de niche plus orientée vers la descente, nous a confié Marc-André Meunier, responsable des communications de Bromont, montagne d’expériences. Maintenant, on a des clients plus curieux, qui sont prêts à pédaler. Plusieurs n’ont pas d’équipement, notre flotte de vélos est constamment louée en entier. Des gens choisissent d’utiliser le remonte-pente une fois pour ensuite remonter avec leurs jambes, c’est une clientèle jeune active. On va donc développer des sentiers intermédiaires et débutants pour ces gens-là. »

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Bromont, montagne d’expérience a enregistré cette année une augmentation d’affluence de l’ordre de 35 % en vélo de montagne.

Avec une augmentation de fréquentation d’environ 35 % cette année par rapport à l’an dernier, la station de Bromont a déjà ouvert une nouvelle remontée mécanique sur le versant de la Côte-Ouest et entend mettre sur pied une école d’initiation, entre autres nouveautés.

Consultez le site de Bromont montagne d'expériences

Centre national de cyclisme

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Le Centre national de cyclisme de Bromont offre un site de huit hectares qui est un véritable terrain de jeu pour qui veut apprendre et perfectionner ses techniques à vélo.

Notre boucle d’un peu plus de 20 km s’est achevée au Centre national de cyclisme de Bromont, mais elle aurait bien pu y commencer, considérant notre niveau d’habileté. « On est un peu le pôle de rassemblement des amateurs de vélo de Bromont, nous a expliqué Nicolas Legault, directeur général. On offre la location de vélos, du coaching et une expertise dans la progression du sport cycliste. On propose même des forfaits familiaux de formation en vélo de montagne. »

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Nicolas Legault, directeur général du Centre national de cyclisme de Bromont

Le site de huit hectares est un véritable terrain de jeu pour qui veut apprendre et perfectionner ses techniques. On y trouve même quatre véritables pistes de vélo de montagne, parfaites pour l’initiation.

« On a souvent l’impression de devoir commencer dans une montagne avec de grosses pistes pentues, mais la base, on va l’apprendre sur un terrain plat avec des modules, a soutenu M. Legault. Et quand on commence à avoir les habiletés de base, on va ensuite au mont Oak pour faire des pistes débutantes ou intermédiaires, après quoi on passe au mont Brome avec ses pistes intermédiaires avancées et expertes. »

Consultez le site du Centre national de cyclisme de Bromont

La consécration du vélo de montagne

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Dominick Ménard, ancien membre de l’équipe canadienne de descente en vélo de montagne et producteur des capsules web bonvelo.ca

« Quand je vois des enfants et des familles, je me dis que c’est la consécration d’un sport que je vois se développer depuis 25 ans, se réjouit Dominick Ménard, animateur de la web-série bonvelo.ca. Ce sont vraiment de beaux moments en ce moment pour le sport, c’est incroyable. »

Surtout qu’il se met à comparer l’état des lieux au moment où il a fait ses premiers tours de roue en montagne, dans les années 1990. « C’était une époque de folle exploration, en même temps que d’autres sports extrêmes. En fait, il y avait une fierté de rendre ça extrême, c’était les années punk. Mais au début des années 2000, le sport a stagné, c’était trop niché, a poursuivi l’athlète originaire de Laval. Mais depuis cinq ou six ans, la popularité des activités de plein air a explosé, ce qui a contribué à la relance du vélo de montagne. Ajoutons à cela l’amélioration de l’aménagement des sentiers et l’apparition des vélos de type enduro, un hybride entre les vélos de descente et de cross-country. C’était comme la tempête parfaite. »

> Consultez la chaîne YouTube de bonvelo.ca