À la lumière de la popularité de l’autocueillette des petits fruits cet été, les pomiculteurs s’attendent à une saison achalandée dans les vergers. Diverses mesures ont été mises en place pour favoriser la distanciation, certains producteurs ayant même opté pour un système de réservation. Et partout, mesures sanitaires obligent, il sera interdit de déguster la pomme au pied du pommier.

Valérie Simard Valérie Simard
La Presse

Aires de circulation à sens unique, panneaux explicatifs, stations de lavage de mains, balades en tracteur à capacité réduite : les producteurs de pommes qui ouvrent leurs vergers à l’autocueillette ont dû adapter leur site pour s’assurer de respecter les mesures de prévention liées à la COVID-19.

Des mesures qui, selon la porte-parole des Producteurs de pommes du Québec, Geneviève Périgny, sont facilement applicables dans les vergers en raison de leur vaste étendue. « Certains ont des systèmes de réservation, d’autres non, précise-t-elle. Ça dépend de l’achalandage habituel du verger. Certains attirent plus de monde que d’autres. Mais l’achalandage va être contrôlé. » Mieux vaut donc vérifier avant de se déplacer.

À Notre-Dame-de-l’Île-Perrot, près de Montréal, la Ferme Quinn accueille jusqu’à 4500 personnes par jour dans ses champs et à sa boutique lors de la saison des pommes, qui est la plus achalandée. Pour éviter les embouteillages à l’accueil, la ferme a mis en place un système de réservation en ligne dès le début de l’autocueillette des fraises, en juin dernier. « Le problème n’est pas une fois rendu dans le champ, c’est à l’accueil, à la billetterie, où il y a des files d’attente, et pour le transport en charrette jusqu’aux champs, explique la copropriétaire Stéphanie Quinn. C’était important de nous assurer d’étendre les foules dans la journée. » Pour ce faire, les heures d’ouverture ont également été augmentées. Néanmoins, le nombre quotidien de cueilleurs est limité à 2000. Bien que les réservations soient prises toutes les 15 minutes, le temps passé sur le site n’est pas restreint.

Le Potager Mont-Rouge Halte Gourmande de Rougemont mise lui aussi sur un système de réservation, à la journée, depuis quelques mois. Il est possible de s’y présenter à l’improviste, mais la priorité est donnée à ceux qui ont acheté leurs sacs de pommes en ligne au préalable. Un système qui, selon le copropriétaire de la ferme maraîchère, Philippe Beauregard, survivra à la pandémie, puisqu’il lui permet notamment de mieux estimer l’achalandage quotidien. À voir le nombre de personnes qui se sont déplacées dernièrement pour cueillir des légumes, il s’attend à un automne très occupé.

On n’a jamais vu autant de gens venir cueillir des aubergines, des piments et des haricots !

Philippe Beauregard, copropriétaire du Potager Mont-Rouge Halte Gourmande

M. Beauregard espère que cet engouement pour l’agriculture locale perdure.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LAPRESSE

Au Domaine Lafrance, on estime que la grande superficie du verger permettra d’accueillir tous les visiteurs.

Mettre en place un système de réservation est complexe. C’est pourquoi la majorité des pomiculteurs offrant l’autocueillette continuent d’accueillir la clientèle sans réservation. Au Domaine Lafrance, à Saint-Joseph-du-Lac, la copropriétaire Julie Hubert est persuadée que la superficie du site permettra d’accueillir tout le monde. « On ne limite pas l’accès pour l’instant, indique-t-elle. On va s’adapter selon l’achalandage. Ce qui cause les files d’attente l’automne, ce sont les balades en tracteur. Alors, les grosses journées, ça se peut qu’on incite les gens à marcher au lieu de prendre la balade. »

Les files d’attente pour accéder au verger sont néanmoins possibles. « Le verger est très grand, on a 30 hectares de terres, souligne Mme Hubert. Il y a beaucoup de monde qui rentre. [...] Mais il va sûrement y avoir des files d’attente, comme tout le monde a des files d’attente. »

Les dégustations ne sont pas possibles au Domaine Lafrance pour le moment, mais les cidres et autres produits dérivés de la pomme sont offerts. « On a construit carrément une autre bâtisse pour subvenir à la demande et pour que les files ne soient pas trop longues », ajoute Émilie Patry, responsable des communications et du marketing.

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Certains vergers ont décidé de retirer les tables des aires de pique-nique.

Les activités connexes qu’on retrouve généralement dans les vergers sont également touchées par les mesures sanitaires. Plusieurs ont choisi de n’ouvrir que partiellement leur aire de jeux. La présence d’animaux sera aussi réduite à plusieurs endroits, tout comme l’offre de restauration et les aires de pique-nique, certains vergers ayant décidé de retirer leurs tables à pique-nique et d’inviter les gens à apporter une couverture.

Cueillez maintenant, croquez plus tard

Contrairement à leurs habitudes, les cueilleurs devront faire preuve de patience avant de croquer dans le fruit fraîchement récolté. « Ça peut être tentant de croquer dans une pomme, mais c’est un élément important pour la sécurité de tous et pour éviter la contamination », souligne Geneviève Périgny.

On se lave les mains en arrivant au verger, et si on mange, on porte les mains à la bouche, on peut se contaminer.

Geneviève Périgny, porte-parole des Producteurs de pommes du Québec

Une tentation qui sera d’autant plus difficile à refréner que la récolte de pommes s’annonce excellente cette année. « Ça va être une belle année pour la pomme, prédit Mme Périgny. La qualité est là. L’an dernier, le calibre était plus petit. »

Pour les vergers moins connus, cette saison, qui se déroulera dans des circonstances inhabituelles, sera peut-être une occasion de se faire connaître. « Il y a une vingtaine de vergers dans notre région et quatre sont très achalandés, observe Laurie-Ann Prévost, copropriétaire des Vergers Rockburn, situés en Montérégie, près de la frontière avec les États-Unis. Peut-être que cette année incitera les gens à se déplacer dans différents vergers et à se disperser. »

Fournissant surtout des pommes aux emballeurs pour la vente en épicerie, les Vergers Rockburn sont en mesure d’accueillir un flot de cueilleurs plus important. L’entreprise vient de lancer un nouveau site internet transactionnel pour ceux qui souhaitent minimiser les contacts en effectuant leurs achats à l’avance. La commande peut être livrée directement à la voiture.

La saison de l’autocueillette de pommes a démarré à la mi-août. Les Jersey Mac, Melba, Sunrise et Paulared sont présentement prêtes. La populaire McIntosh est attendue vers la mi-septembre.

> Consultez le site web des Producteurs de pommes du Québec