Pris d’assaut cet été par les touristes urbains à la recherche de la quiétude des grands espaces, les propriétaires de chalets locatifs se préparent pour une saison hivernale qui s’annonce déjà fort occupée. À l’autre bout du spectre, les hôteliers ont bien peur d’être à nouveau délaissés par les villégiateurs, si bien que sans un coup de pouce supplémentaire des gouvernements, certains craignent d’y laisser leur peau dès l’automne.

Pierre-Marc Durivage Pierre-Marc Durivage
La Presse

« Je fais de la location de chalets depuis 2012 et on vit une année particulière, affirme Dany Papineau, président de la plateforme de location québécoise WeChalet. C’est une année vraiment anormale pour tout le monde. Une excellente année pour beaucoup de gens qui se demandaient quoi faire pas plus tard qu’au printemps. » En fait, M. Papineau soutient que des propriétaires ont même été piégés par l’incertitude qui régnait au début de la pandémie de COVID-19. « Il y a des hôtes qui ont fait le pari de la prudence et qui ont proposé en avril des prix dérisoires pour des locations à long terme ; ils l’ont regretté après coup », explique le jeune homme d’affaires.

À la lumière du succès de la location des chalets pendant la période estivale, les locateurs entrevoient l’automne et l’hiver bien différemment, si bien qu’il faudra se hâter pour pouvoir profiter des meilleures offres. « Il manque actuellement d’inventaire, cela peut mener à des conditions de marché où les prix seront plus élevés, avertit Dany Papineau. Ce sera impossible de trouver quelque chose d’abordable à la dernière minute, il ne faudra pas se plaindre si c’est cher. »

M. Papineau recommande donc de réserver son chalet de trois à six mois d’avance pour bénéficier des meilleurs choix aux meilleurs tarifs — il soutient que des clients ont déjà effectué des réservations en prévision des semaines de vacances de la construction de l’été 2021 ! Selon lui, l’engouement pour les chalets locatifs provient du fait que les gens ont besoin plus que jamais de sortir de leur isolement causé par de longs mois de confinement partiel. « Ils veulent aller dans la nature, sur le bord de l’eau, en forêt, ils veulent sortir de la ville », affirme Dany Papineau.

On remarque que les gens sont prêts à découvrir des endroits du Québec qu’ils ne connaissent pas, c’est une tendance qui pourrait continuer cet hiver, mais on ne sait pas encore combien de temps ça va durer.

Dany Papineau, président de la plateforme de location québécoise WeChalet

L’engouement est aussi manifeste du côté du réseau de la Société des établissements de plein air du Québec (SEPAQ), qui constate déjà une hausse des réservations pour l’hiver, y compris pour la semaine de relâche de mars 2021, selon les informations communiquées par Mélanie Pageau, conseillère en communication stratégique.

Malheureux hôteliers

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

Le taux d’occupation n’a pas dépassé les 15 % cet été dans les hôtels montréalais.

La situation est toutefois moins rose du côté des hôtels, surtout ceux des centres urbains. Après un été catastrophique, on appréhende encore davantage l’automne et l’hiver à venir. Selon l’Association hôtellerie Québec (AHQ), qui regroupe plus de 600 établissements partout dans la province, le taux d’occupation des chambres n’a pas dépassé 15 % cet été à Montréal, alors qu’il est normalement de 80 %. La situation est comparable à Québec, mais aussi à Sherbrooke, à Trois-Rivières, à Drummondville et dans les autres principales villes du Québec. « Ailleurs en région, les hôtels de villégiature ont été occupés à partir de la fin de juin, mais on oublie qu’ils ont dû essuyer des pertes importantes au printemps, beaucoup d’hôtels avaient d’ailleurs fermé temporairement, rappelle le président-directeur général de l’AHQ, Xavier Gret. Les liquidités seront donc très faibles à l’automne. »

Comme les chalets, les hôtels de villégiature ont vu la baisse de touristes étrangers compensée par l’afflux de clients du Québec. Mais le transit de touristes québécois risque d’être beaucoup plus faible l’automne prochain. « Comme l’automne est une saison de tourisme d’affaires, que les gens sont encore en télétravail et que les frontières sont encore fermées, les centres urbains sont vides et les réunions d’affaires n’ont pas lieu, se désole M. Gret. Il n’y a pas de touristes étrangers non plus, on est donc très préoccupés. Certains établissements pourraient fermer de façon permanente. »

C’est pourquoi les hôteliers espèrent obtenir une aide supplémentaire pour passer à travers cette crise inattendue, qui est survenue au cœur d’une période de croissance sans précédent qui avait vu les propriétaires investir massivement, ce qui contribue, selon l’AHQ, à fragiliser davantage certains d’entre eux. Après avoir obtenu un prêt de la part du gouvernement provincial, les hôteliers espèrent une aide directe du fédéral — on souhaite notamment la prolongation jusqu’au printemps 2021 du programme de subvention salariale d’urgence. « On doit trouver le moyen d’améliorer nos liquidités dans les mois à venir, soutient Xavier Gret. Il faut passer au travers de l’hiver, car il n’y aura pas de reprise avant le printemps prochain. L’industrie touristique a été la première touchée et risque d’être la dernière à se relever. Et ce n’est pas unique au Québec, c’est la même chose partout. »