Notre photographe a voulu découvrir les rudiments de la photo animalière. Il est parti en Gaspésie, a exploré les bois en compagnie d’un expert de la nature. Il y a rencontré plusieurs spécimens impressionnants, à commencer par son guide lui-même…

Martin Chamberland Martin Chamberland
La Presse

En kayak sur un lac, au sommet d’une montagne dans les Chic-Chocs. Je ne savais pas que j’étais à un coup de pagaie de vivre un moment où j’allais penser y passer pour vrai. C’est arrivé lorsque mon guide, Éric, s’est mis à crier « Oh… oh zut, j’aime pas ça… ABANDONNE LE KAYAAAAAAK ! ». Avant de se mettre à courir dans l’eau, en direction de la forêt. Je tente de m’extirper du mien, en manquant de laisser tomber mon équipement photo au fond du lac – chose qu’il ne faut pas dire à mes patrons… Alors que je réussis très disgracieusement la manœuvre, Éric me crie en courant que si elle s’approche trop de nous, il va lui parler. Mon cœur bat la chamade. Je me demande comment moi, qui n’arrive pas à contrôler mon caniche de 4 kg, je pourrais arriver à faire changer d’idée à cette colossale femelle orignal de 500 kg qui semblait vouloir humer nos mollets avec insistance. C’est peut-être végétarien, un orignal, mais qui veut vraiment tester sa force contre ce ruminant ?

  • Après avoir fait craindre le pire aux deux photographes, la colossale femelle orignal leur a permis de réaliser plusieurs clichés.

    PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

    Après avoir fait craindre le pire aux deux photographes, la colossale femelle orignal leur a permis de réaliser plusieurs clichés.

  • Au milieu du lac, au fond duquel elle déniche des herbes dont elle se régale.

    PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

    Au milieu du lac, au fond duquel elle déniche des herbes dont elle se régale.

  • La femelle de 500 kg a passé une bonne heure en compagnie de notre photographe et de son guide...

    PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

    La femelle de 500 kg a passé une bonne heure en compagnie de notre photographe et de son guide...

  • ... avant de tirer sa révérence.

    PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

    ... avant de tirer sa révérence.

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Originaire de la Rive-Sud, Éric Deschamps a un parcours atypique. Il n’a pas fait son cégep, mais a quand même réussi à franchir les portes du baccalauréat en actuariat. Dix-huit mois après le début de ses études universitaires, il se rend compte que ce choix ne lui convient pas. Il fait un virage à 180 degrés et balance tout. Il quitte la ville pour la Gaspésie et part rejoindre son frère qui y est installé. En réponse à ses amis qui lui avaient tous dit qu’il ne ferait pas plus de six mois, il achète un appareil photo pour leur montrer la beauté de son nouveau coin de pays. C’est lors d’une randonnée en forêt qu’il rencontre par hasard un troupeau d’orignaux. Il est fasciné par ces doux géants et veut tout savoir à propos d’eux.

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Autodidacte, Éric Deschamps a appris la photo par l’entremise de quelques tutoriels dénichés sur YouTube. Il est rapidement devenu un photographe animalier hors pair.

Éric Deschamps explique que pour lui, la photo n’est que le point culminant d’un processus. Sa démarche vise à comprendre l’animal dans son ensemble ; la photo est le point final.

Il devient rapidement un photographe de haut calibre et sa page Instagram le confirme : plus de 15 000 abonnés. En quatre ans, c’est énorme. Ses photos d’animaux sauvages sont sublimes. Pour quelqu’un qui a fouiné les méandres de YouTube pour apprendre la photo, je lui lève mon capuchon d’objectif. Éric a accepté de me montrer comment il parvient à faire son travail en nature.

Mon angle ? Comparer son travail au mien, celui de photographe de presse.

Trente heures dans le bois

Nous arrivons à destination en pleine nuit. Il est 3 h 30. D’entrée de jeu, je constate que cette activité ne s’adresse pas à ceux qui vouent un culte à leurs huit heures de sommeil en continu. Mais à la simple vue du lac bordé par ce brouillard matinal, digne d’un film, j’accepte volontiers ma destinée des 30 prochaines heures. Éric prépare les kayaks. Il installe tout le matériel sur les embarcations. Un léger doute s’installe dans ma tête : j’imagine déjà toutes mes choses au fond du lac après une maladresse de ma part. Ça n’arrivera pas. Nous traversons le lac tout doucement pour nous installer de l’autre côté.

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De son kayak, le photographe à l’œil vif parvient à repérer les joyaux de la faune qui se cachent dans les bois.

Une fois que nous sommes installés, Éric me guide aux quatre coins du lac pour me montrer comment il s’y prend. Jumelles au cou, bien installé dans son kayak, il observe très attentivement chaque détail qui pourrait l’amener à voir un animal. Au début, je ne discerne absolument rien, mais lui voit au loin un huard. Ensuite, il aperçoit un castor. Puis, des jaseurs d’Amérique, un pic. Et soudainement, une superbe femelle orignal. Pour lui, c’est le pactole. Nous pagayons vers elle. Nous réussissons à la photographier pendant une quinzaine de minutes avant qu’elle ne tire sa révérence. Éric est aux anges.

Tout se déroule à merveille et nous repérons plusieurs animaux. Au milieu de la journée, nous nous arrêtons pour dormir. Puis, en début de soirée, nous retournons sur le lac profiter de la belle lumière. Comble de chance, les nuages font place à un ciel étoilé, ce qui permet de photographier la Voie lactée. Je suis conscient de ma chance et déjà, l’aube se pointe.

À la lumière matinale, à la sortie de ma tente, j’aperçois un autre orignal sur le lac. Celui-là même qui désire mieux nous connaître…

Après une approche amicale, cette femelle s’en va au centre du lac pour y manger des herbes au fond. C’est à ce moment qu’Éric lance « Mon Dieu, la chance d’une vie. Viens avec moi ! » C’est ainsi qu’après nous avoir acceptés, elle nous laissa la photographier gentiment pendant une bonne heure. Une expérience que je n’oublierai jamais.

Dans la lentille d’Éric Deschamps

  • Une femelle caribou d’écotype montagnard fait la sieste au travers de l’extrême froid des milieux alpins des sommets gaspésiens.

    PHOTO ÉRIC DESCHAMPS

    Une femelle caribou d’écotype montagnard fait la sieste au travers de l’extrême froid des milieux alpins des sommets gaspésiens.

  • Le macareux moine en vol vers son site de nidification sur la Côte-Nord. Un oiseau d’une beauté unique qui niche à quelques endroits au Québec.

    PHOTO ÉRIC DESCHAMPS

    Le macareux moine en vol vers son site de nidification sur la Côte-Nord. Un oiseau d’une beauté unique qui niche à quelques endroits au Québec.

  • Une maman ours noir s’alimente de verdure fraîche lors d’un coucher de soleil en Gaspésie.

    PHOTO ÉRIC DESCHAMPS

    Une maman ours noir s’alimente de verdure fraîche lors d’un coucher de soleil en Gaspésie.

  • Un grand héron adulte de retour d’une pêche fructueuse avec de la nourriture dans la gorge doit maintenant la régurgiter dans les becs de ses petits.

    PHOTO ÉRIC DESCHAMPS

    Un grand héron adulte de retour d’une pêche fructueuse avec de la nourriture dans la gorge doit maintenant la régurgiter dans les becs de ses petits.

  • La période des amours chez les orignaux est un moment où les odeurs qui émanent du mâle et de la femelle jouent un rôle très important. Ces deux-là se sont sentis de proche.

    PHOTO ÉRIC DESCHAMPS

    La période des amours chez les orignaux est un moment où les odeurs qui émanent du mâle et de la femelle jouent un rôle très important. Ces deux-là se sont sentis de proche.

  • Il n’existe qu’une petite fenêtre pour observer les mâles orignaux sous la neige alors qu’ils arborent toujours leur panache. Celui-ci a probablement perdu le sien quelques jours après la prise de cette photo.

    PHOTO ÉRIC DESCHAMPS

    Il n’existe qu’une petite fenêtre pour observer les mâles orignaux sous la neige alors qu’ils arborent toujours leur panache. Celui-ci a probablement perdu le sien quelques jours après la prise de cette photo.

  • Plusieurs couples de plongeons huards nichent sur les rives des lacs en altitude des Chic-Chocs. Ici, un joli papa porte sur son dos son petit qui vient tout juste de se réveiller.

    PHOTO ÉRIC DESCHAMPS

    Plusieurs couples de plongeons huards nichent sur les rives des lacs en altitude des Chic-Chocs. Ici, un joli papa porte sur son dos son petit qui vient tout juste de se réveiller.

  • Les harfangs des neiges sont des oiseaux fantastiques à observer. Ici, une femelle lors d’un lever de soleil par une journée glaciale de février dans le Kamouraska.

    PHOTO ÉRIC DESCHAMPS

    Les harfangs des neiges sont des oiseaux fantastiques à observer. Ici, une femelle lors d’un lever de soleil par une journée glaciale de février dans le Kamouraska.

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Pour découvrir le travail d’Éric Deschamps : https://www.instagram.com/eric.nature/