Ils nous avaient demandé de prendre des vacances à proximité. Nous avons pris la recommandation au sérieux. Nous sommes allés faire du vélo, du camping, du kayak et de l’observation de la faune à quelques minutes de Montréal, au parc national des Îles-de-Boucherville.

Marie Tison Marie Tison
La Presse

L’approche

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Encore quelques coups de pédale, avec tout le matériel de camping, pour arriver à Boucherville et à la navette fluviale.

Excellent. Il a été possible de faire rentrer tout le matériel de camping dans deux sacoches à vélo et dans un sac supplémentaire fixé au porte-bagages. Évidemment, il faut voyager léger quand on fait du vélo-camping. Heureusement, je ne vais pas très loin (le parc national des Îles-de-Boucherville) et pour pas très longtemps (une nuit).

Le camping de l’île Grosbois est accessible uniquement à pied ou à vélo. On peut se faciliter la vie en prenant la voiture jusqu’au parc de stationnement du centre de services de l’île Sainte-Marguerite et emprunter une mini-remorque à vélo pour se rendre au camping. Ou encore, on peut réserver un prêt-à-camper et ainsi limiter l’équipement à apporter. Mais ça peut être plus amusant de partir de chez soi avec tout le barda.

Le poids n’est pas si contraignant une fois en marche. Avant que la chaleur s’installe trop, je pars en début de matinée, je traverse le parc La Fontaine et je m’engage sur le pont Jacques-Cartier, avec vue sur le centre-ville, l’île Sainte-Hélène et l’île Notre-Dame. À Longueuil, je parcours un moment le sentier du boulevard Desaulniers (une ancienne voie ferrée), mais je bifurque sur le boulevard Saint-Laurent pour visiter une partie du Vieux-Longueuil.

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On commence déjà à se sentir en vacances à bord de la navette fluviale vers le parc national des Îles-de-Boucherville.

Je traverse la route 132 grâce à la nouvelle passerelle Normandie, très esthétique. Puis, c’est une longue balade sur la promenade René-Lévesque, le long du fleuve. Déjà, on se sent presque en vacances en apercevant des bernaches et des canards près de la berge.

La dernière étape pour atteindre le parc national est particulièrement plaisante : il s’agit d’embarquer à bord de la navette fluviale de Navark pour une rafraîchissante traversée d’une dizaine de minutes. Le tout petit navire accoste tout à côté du centre de services de l’île Grosbois et du camping. Ça y est, les vacances commencent !

Le vélo

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Le sentier multifonctionnel du haut des airs.

Avant de nous installer durablement au camping, le photographe de La Presse et moi prenons l’après-midi pour explorer les îles en vélo. On parle ici de vélo mollo, parfait pour les petites familles : 21 kilomètres de sentiers en poussière de roche, bien plats... mais pas ennuyants pour qui sait regarder autour. Ça ne fait pas 15 minutes que nous sommes partis que nous voyons un cerf de Virginie à deux mètres du sentier, bien placide. Plus loin encore, dans les fourrés, nous apercevons une biche et son faon joliment picoté. Maman et fiston s’éloignent prudemment, mais sans céder à la panique.

Au nord de l’île Grosbois, nous nous arrêtons à quelques haltes pour observer ce qui se passe sur le chenal. Il y a bien deux cabanes de castors, mais ceux-ci sont probablement en train de roupiller à l’intérieur, bien au frais.

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Un des très nombreux cerfs de Virginie rencontrés en chemin.

Il fait vraiment chaud en cette première fin de semaine de canicule. Heureusement, les sentiers suivent grosso modo les rives des îles, où se trouvent des secteurs boisés. Il y a toujours de l’agriculture au centre des îles en vertu d’un bail à long terme : en longeant ces champs de maïs, de blé ou de soja, on se sent vraiment loin du centre-ville de Montréal. Dans l’île à Pinard, ce sont les golfeurs qui règnent.

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Le soir, c’est le moment idéal pour observer la faune des îles de Boucherville.

Le pittoresque bac à câble qui reliait l’île à Pinard à l’île Sainte-Marguerite a été remplacé par une passerelle, pas mal plus efficace. Et qui permet de voir les dizaines et les dizaines de bateaux de plaisance qui s’agglutinent à grands coups de musique boum-boum. Cette logique échappe un peu aux paisibles cyclistes, qui passent bien vite dans les épais boisés regorgeant de chevreuils de l’île Sainte-Marguerite. C’est l’île la plus achalandée en raison de la présence du principal centre des visiteurs du parc, ainsi que du terrain de stationnement. Le rêve d’une petite crème glacée au centre des visiteurs s’évapore toutefois : en raison de la pandémie, le casse-croûte est fermé.

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Les sentiers multifonctionnels, plats et en poussière de roche, sont parfaits pour les balades en famille.

De retour dans l’île Grosbois, nous visitons un tout petit site archéologique des Premières Nations. Pendant longtemps, les peuples iroquoiens ont occupé cet endroit de façon saisonnière. Les archéologues y ont trouvé des pointes de flèches, des fragments de poterie, mais aussi les trous de pieux qui soutenaient une maison longue. On a reconstitué la maison longue à cet endroit, ce qui donne une bonne idée du type d’habitation de l’époque. Toutefois, elle aurait besoin d’une petite restauration, ce qui est effectivement dans les plans.

Le camping

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Certains terrains de camping sont au soleil, certains sont dans des zones ombragées. Tous sont accessibles uniquement à pied ou à vélo.

Après deux heures de vélo en plein après-midi de canicule, c’est un plaisir de se poser au camping. Certains terrains sont en plein soleil. Par bonheur, nous sommes tombés sur un terrain bien ombragé dans un bois. On pourrait se penser au parc du Mont-Tremblant (moins les moustiques), si ce n’était des bateaux de plaisance qu’on entend se déplacer dans le chenal entre le parc et Boucherville. Toutefois, avec leurs chants vigoureux, les oiseaux font tout leur possible pour couvrir ce bruit peu naturel.

Il n’y a pas d’ours ici, mais des ratons laveurs et d’autres voleurs à quatre pattes : le parc a installé une grosse caisse de métal sur chaque terrain pour y ranger la nourriture. C’est ce que nous faisons après le souper, alors que nous reprenons les vélos pour une petite balade au nord de l’île Grosbois.

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Une tortue peinte prend un bain de soleil au bas d’une cabane de castor.

C’était d’ailleurs une des principales raisons de cette expédition de camping : profiter du parc des Îles-de-Boucherville en soirée, à la brunante. J’ai rendez-vous avec Monsieur le castor.

Nous nous installons au bord du chenal. Il y a un animal sur la berge. Je saisis mes jumelles et reconnais immédiatement la petite bête masquée : c’est un raton laveur qui barbote joyeusement.

Les jumelles... j’avais hésité à les apporter, question de poids. J’ai vraiment bien fait de les prendre : je peux observer des parulines jaunes, un pic mineur et, là, sur le bord de l’eau, un superbe oriole de Baltimore, à la chaude livrée jaune-orangée.

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Une petite inspection d’une cabane de castor. Par cette chaleur, ça dort là-dedans.

Et je vois un petit quelque chose qui bouge dans l’eau : ah, ah ! Tête un peu aplatie, oreilles rondes proéminentes, c’est Monsieur le castor. Il plonge en donnant un grand coup de queue plate dans l’eau, avant de réapparaître un peu plus loin. Je continue à l’observer pendant un long moment, jusqu’à ce que l’obscurité menace de s’installer. C’est le temps de retourner au camping et d’aller se coucher.

C’est incroyablement paisible. On entend un grondement sourd en provenance de Montréal, mais à peine audible.

Tout ça change à 4 h 30. Chiip ! Triiit triit triit ! Cui cui cuiiii ! Le concert recommence avec enthousiasme.

Le kayak

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Le principal centre de location du parc des Îles-de-Boucherville est situé dans l’île Sainte-Marguerite, mais le petit centre des visiteurs de l’île Grosbois a aussi des embarcations à louer. C’est idéal, à deux pas du camping. L’idée, c’est de naviguer vers le chenal du Courant, au nord des îles, où se trouve un fascinant marécage.

Nous appareillons vers 9 h, avant les grosses chaleurs, alors que la lumière est encore belle. Chapeau sur la tête, jumelles au cou, je suis parée.

Déjà, de grands hérons volent à grands coups d’ailes indolents. Là-bas, une aigrette blanche demeure immobile au bord de l’eau, élégante. Plusieurs cormorans à colliers sont occupés à pêcher : voguant sur l’eau, ils arquent le dos pour plonger.

Les sternes pierregarins ont une technique différente : en vol bien au-dessus de l’eau, elles observent ce qui se promène sous la surface et descendent en piqué pour kidnapper quelque infortuné poisson.

Des tortues peintes font le plein de soleil. Et voilà un petit quelque chose qui traverse le plan d’eau. Vite, les jumelles : c’est un rat musqué, plus petit que le castor, avec une queue qui ressemble à celle d’un rat. L’animal est quand même mignon.

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Un majestueux cormoran prend son envol.

Plus tard, en contournant de très près une cabane de castor, j’en vois un sortir d’un trou situé en haut de la structure de bois et de boue. Semble-t-il que castors et rats musqués peuvent parfois cohabiter. Ce rat musqué, de toute évidence, a loué une chambre à l’étage.

Je m’engage dans d’étroits défilés bordés de végétation aquatique, croisant parfois d’autres kayakistes, ou des gens sur des planches à pagaie. Mais autrement, il n’y a personne. Que quelques canes qui essaient de protéger une trâlée de canetons, quelques bernaches tout aussi protectrices de leurs oisons.

Je reviens sur mes pas pour ne pas aboutir dans la section de la Grande rivière, entre l’île Sainte-Marguerite et l’île Saint-Jean, où nichent les bateaux de plaisance à musique boum-boum.

Je préfère le cri joyeux des carouges à épaulette et la démarche posée du pluvier kildir.

> Consultez le site du parc national des Îles-de-Boucherville

Quelques informations supplémentaires

• Il y a 25 terrains de prêt-à-camper et 49 terrains de camping traditionnels au parc national des Îles-de-Boucherville.

• Il faut prévoir 35,20 $ pour un terrain de camping traditionnel, ou 94 $ pour un terrain de prêt-à-camper. Il faut ajouter un droit d’accès quotidien de 8,90 $. C’est gratuit pour les enfants !

• On peut aussi prévoir 37,50 $ pour un bloc de quatre heures en kayak de mer simple.

• Le trajet en vélo entre le parc La Fontaine et le quai de la navette fluviale à Boucherville est d’environ 1 h 30 min. Il faut peut-être planifier un peu plus de temps au retour si on s’arrête à la Crèmerie du Vieux, à cinq minutes de vélo, pour une crème glacée bien méritée.