En hiver, les stations de ski alpin de la Gaspésie sont généralement fermées en semaine. Des skieurs en profitaient pour aller faire de la randonnée alpine, soit monter avec des peaux d’ascension et redescendre sur les pistes. Tout à fait illégalement. Que faire ? Leur faire la chasse et essayer tant bien que mal de les bouter hors du domaine ? Ou encadrer cette nouvelle activité ?

Publié le 9 mars
Marie Tison
Marie Tison La Presse

Le milieu a choisi la deuxième solution et a lancé un projet-pilote qui implique six stations de ski. Sous certaines conditions, il sera possible de faire de la randonnée alpine pendant et après les heures d’exploitation.

« Si vous avez une fuite d’eau que vous ne pouvez pas colmater, vous essayez au moins de la diriger à la bonne place », commente François Bélanger, chargé de projets plein air à l’Unité régionale de loisir et sport Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine (URLS GÎM). « Il faut encadrer ce que vous n’êtes pas capable d’interdire. »

M. Bélanger a réalisé l’ampleur du problème en effectuant un sondage auprès des stations de ski de la région, de petites organisations souvent municipales, soutenues par des bénévoles. Il n’était pas vraiment possible d’y faire de la randonnée alpine pendant les heures d’exploitation parce qu’il n’y avait pas nécessairement de sentiers d’ascension.

« Donc, les gens y allaient quand c’était fermé, raconte M. Bélanger. Or, quand la station est fermée, c’est l’occasion de faire l’entretien des pistes, de procéder au damage, de faire des réparations. Il y avait une inquiétude assez vive de heurter quelqu’un. »

PHOTO FOURNIE PAR L’UNITÉ RÉGIONALE DE LOISIR ET SPORT GASPÉSIE–ÎLES-DE-LA-MADELEINE

En vertu du projet-pilote, de grands panneaux en bas des pentes fournissent toute l’information nécessaire pour effectuer une sortie de randonnée alpine en toute sécurité.

Projet-pilote

M. Bélanger a élaboré un projet-pilote pour établir des cadres de pratique sécuritaire. Ça tombait bien.

« La gestionnaire de la réglementation sur les stations de ski était justement en train de réviser les règlements pour tenir compte de la situation », raconte M. Bélanger.

On a vu une occasion d’écrire les grandes lignes qui vont permettre de développer un cadre sécuritaire pour la randonnée alpine en station.

François Bélanger, chargé de projets plein air à l’Unité régionale de loisir et sport Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine

L’Association des stations de ski du Québec (ASSQ), la Fédération québécoise de la montagne et de l’escalade (FQME), Avalanche Québec et Tourisme Gaspésie ont également embarqué dans le projet.

« C’est normal et logique de s’impliquer dans ce projet pour donner des bases aux stations de ski afin qu’elles adoptent de bonnes pratiques en termes d’aménagement et de signalisation, et pour permettre aux pratiquants eux-mêmes d’adopter de bonnes pratiques et de bonnes techniques », déclare Maxime Bolduc, directeur de ski à la FQME.

La Fédération favorise le développement du ski de montagne, une activité qui implique une remontée autonome (en ski ou en raquettes) et une descente sur des pentes généralement non damées.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

Les habiletés acquises en station de ski permettront éventuellement de s’aventurer en arrière-pays.

« Il y a une grosse manne de skieurs qui font leurs premières armes dans les stations de ski, sur un terrain où ils ont plus l’habitude de skier, note M. Bolduc. Ils retrouvent leurs repères, ils peuvent donc se concentrer sur les techniques de remontée. Pour nous, c’est de là qu’arrivent les futurs skieurs de montagne. »

Le projet-pilote est un cadre de pratique qui fait la distinction entre deux pratiques. On parle d’abord de la randonnée alpine, qui se fait pendant les heures d’exploitation de la station : la montée se fait sur un sentier d’ascension qui est évidemment distinct des pistes de descente.

On parle ensuite de la randonnée alpine autonome, qui se fait en dehors des heures d’exploitation. Toutefois, les stations précisent des zones de fréquentation et des horaires : il n’est pas question de skier pendant les travaux d’entretien et de damage.

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Le mont Miller, à Murdochville, participe au projet-pilote.

Accompagner les skieurs

Pendant le mois de mars, les stations participantes, le Petit Chic-Chocs à Cap-Chat, le Centre plein air de la Haute-Gaspésie à Sainte-Anne-des-Monts, le mont Miller à Murdochville, le Mont Béchervaise à Gaspé, la Station touristique Pin Rouge à New Richmond et le Petit Chamonix à Matapédia, auront de l’équipement en location pour les skieurs intéressés et pour des activités d’initiation.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

La station touristique Pin Rouge est une des six stations de ski gaspésiennes qui participent à un projet-pilote qui devrait profiter à toutes les stations du Québec.

« On sent qu’il y a un besoin d’accompagnement pour l’acquisition des bonnes compétences », indique François Bélanger.

Ce sera donc l’occasion de faire de la formation et de l’éducation pour permettre aux skieurs d’aller plus loin encore.

« Si tu décides de partir en activité autonome, en pratique libre, tu es responsable, rappelle M. Bélanger. Il faut que tu t’informes des conditions, que tu suives un cours d’avalanche, que tu possèdes tout l’équipement de sécurité et de secours, que tu avertisses quelqu’un de ta sortie. »

Pour les stations de ski, c’est l’occasion de toucher une nouvelle clientèle. « Il y a des gens qui aiment être dehors, qui aiment les activités de glisse, mais qui ne pratiquent pas le ski alpin parce qu’ils n’aiment pas l’achalandage autour des remontées mécaniques », rappelle M. Bélanger.

Les autres stations de ski du Québec pourront d’ailleurs bénéficier de l’expérience gaspésienne. « C’est le but ultime du projet-pilote, déclare Maxime Bolduc. Qu’il serve de laboratoire pour ensuite créer un cahier des charges pour permettre à toutes les stations d’adapter la pratique. »

Consultez le site de l’Unité régionale de loisir et sport Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine

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