La neige. La plupart des amateurs de sports d’hiver l’aiment d’amour. Et ils se sentent personnellement trahis lorsqu’elle tarde ou encore lorsqu’elle se change en pluie alors que le mercure se situe pourtant au-dessous de zéro.

Publié le 3 mars
Marie Tison
Marie Tison La Presse

L’usine à flocons, tout là-haut, est beaucoup plus complexe qu’on pourrait l’imaginer. Divers mécanismes font en sorte qu’elle produit de la poudreuse ou de la neige à bonhomme. Ou du grésil.

« La température, c’est le facteur le plus important, rappelle André Cantin, d’Environnement Canada. Mais on ne parle pas uniquement de la température près du sol. »

Les diverses couches de l’atmosphère présentent des températures différentes, ce qui peut avoir des conséquences sur le petit flocon qui veut se poser sur le sol.

Pour produire le fameux flocon, il faut de l’humidité, mais aussi ce que M. Cantin appelle « un noyau de condensation » ; une petite particule, une poussière, par exemple. Des gouttelettes ou des cristaux de glace peuvent alors s’y agglutiner.

L’humidité se condense de façon aléatoire. Cela explique la multiplication des formes de flocons de neige. Il y a des structures de base, mais ce n’est jamais pareil.

André Cantin, d’Environnement Canada

On peut retrouver la structure classique, la fameuse étoile à six branches, mais aussi des plaques, des bâtonnets ou des aiguilles.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

La neige de qualité attire les skieurs hors piste.

La neige par grands froids

On dit souvent qu’il ne neige pas lorsqu’il fait très, très froid. D’ailleurs, les journées à -25 °C ou à -30 °C sont souvent de belles journées ensoleillées. Mais on peut avoir des surprises. « Ce n’est pas nécessairement de la neige qui va tomber, mais ce qu’on appelle des cristaux de glace, indique M. Cantin. Ça peut même tomber d’un ciel dégagé : c’est l’humidité de l’air qui se condense. Au soleil, on va voir les cristaux de glace reluire. On voit cela davantage dans les régions nordiques, comme l’Abitibi, le Lac-Saint-Jean, le nord du Québec. Ça va arriver dans le Sud, mais de façon plus rare. »

Lorsqu’il fait légèrement moins froid, entre -15 °C et -20 °C, par exemple, les flocons ressemblent davantage à des bâtonnets. Cette forme fait en sorte qu’ils se « tassent » davantage au sol que les flocons à six branches. Et comme l’humidité est plus faible dans l’atmosphère, les précipitations ne durent pas. On se retrouve alors avec de faibles accumulations de deux, trois ou quatre centimètres.

Alain Laroche, responsable de l’entretien des pistes, du damage et de la production de neige à Stoneham, confirme qu’il peut parfois neiger quand il fait très froid. « On a eu un bon exemple cette année : plusieurs fois, on était dans les -20 °C et on avait de la neige quand même, observe-t-il. Ça fait de la neige très sèche, très légère. »

La neige qu’il préfère, c’est celle qui tombe entre -8 °C et -10 °C. « C’est de la neige qui se compacte, qui se travaille », affirme M. Laroche.

Une neige trop sèche, trop froide, n’a pas de volume, elle ne se compacte pas. Une neige un peu trop mouillée est difficile à travailler, elle colle.

Alain Laroche, de Stoneham

Ah, cette fameuse neige mouillée, celle qui fait de beaux bonshommes de neige… et qui forme des amas sous les crampons, les raquettes, les skis de fond. Elle se forme lorsque la température s’approche du point de congélation. C’est sa haute teneur en eau qui lui permet de coller et de fabriquer de bonnes balles de neige que les randonneurs farceurs lanceront aux camarades insouciants.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

La neige mouillée permet de faire de beaux bonshommes, mais les amateurs de sports d’hiver ont tendance à préférer de la neige plus sèche.

Les mots honnis

Évidemment, il ne faut pas prononcer les mots « pluie verglaçante » devant un amateur de sports d’hiver. Ce type de précipitation survient lorsqu’une couche d’air chaud se positionne entre la couche très froide de la haute atmosphère et une couche d’air froid, près du sol. La précipitation, qui tombait d’abord sous forme de neige, dégèle en traversant la couche chaude intermédiaire et n’arrive pas à regeler dans la couche froide inférieure. Cette pluie très froide finit par geler lorsqu’elle rencontre une surface. Évidemment, l’effet sur une piste de ski de fond n’est pas des plus heureux.

Si la couche d’air froid près du sol est assez épaisse, les gouttes peuvent regeler avant d’arriver au sol et prendre ainsi la forme de grésil. « C’est comme un morceau de glace, mais c’est beaucoup plus petit que la grêle en été », indique André Cantin.

Une fois au sol, la neige subit encore plusieurs modifications. Avec le temps, elle se compacte, elle devient plus dense. Les flocons perdent peu à peu leur forme dentelée et deviennent plus petits, plus ronds. La neige qui s’accumule par-dessus accélère le processus, tout comme un bon vent. La neige compactée par le vent constitue d’ailleurs le matériau idéal pour construire un igloo : avec une scie à neige, on peut couper de beaux blocs bien solides qui ne s’égrènent pas et qu’on peut positionner les uns sur les autres.

Les skieurs et les raquetteurs vont préférer une neige poudreuse, mais ça ne les empêche pas de continuer à s’amuser en fin de saison, alors que la neige fond sous les semelles.

« Les gens aiment le ski de printemps même si c’est plus difficile, observe Alain Laroche. Mais c’est plus pour profiter du soleil, pas de la neige. »

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