Le fatbike est de plus en plus populaire, mais un grand enjeu pourrait entraîner la fermeture ou freiner le développement de sentiers : les gestionnaires de réseau ont de la difficulté à trouver des assurances qui les protégeraient contre les poursuites en cas d’accident. Et ce, même si ce n’est pas une activité particulièrement dangereuse.

Publié le 20 janvier
Marie Tison
Marie Tison La Presse

La saison de fatbike a ainsi ouvert avec un peu de retard cette année au Club de plein air de Saint-Donat, le temps que celui-ci déniche une assurance qui couvre à la fois cette activité et le vélo de montagne. Il a fallu y mettre le prix et faire d’immenses efforts pour répondre aux exigences des assureurs, notamment avec une signalisation irréprochable.

« C’est drôle de dire que ça finit bien quand ça coûte 10 fois plus cher qu’avant, lance Francis Tétrault, responsable du volet Vélo de montagne à Vélo Québec. Il y a un enjeu d’assurances. On le voit en vélo de montagne, mais ça existe pour le reste des activités de plein air, à différents degrés. »

Le manque d’assurance ou des primes exorbitantes peuvent mettre en péril la survie de certains réseaux, en plus de freiner le développement de nouveaux sentiers. Pour les petites municipalités et les clubs, c’est compliqué.

On en demande beaucoup à des clubs qui sont gérés par des bénévoles et qui ont peu de ressources.

Francis Tétrault, responsable du volet Vélo de montagne à Vélo Québec

Gestion du risque

« Les assureurs ont de la misère à comprendre les risques entraînés par la pratique, indique Francis Tétrault. Pour qu’elle soit mieux évaluée, il faut professionnaliser cette pratique. »

C’est le chemin ardu — et nécessaire — qu’a entamé le Club de plein air de Saint-Donat l’été dernier, quand il a réalisé que son assureur cesserait de couvrir les activités de vélo de montagne et de fatbike à partir du 30 novembre. « On a commencé l’exercice de chercher un nouvel assureur à l’automne, raconte Jean-Pierre Gingras, un des membres du conseil d’administration du club. J’ai compris que si on voulait mettre l’assureur en confiance, il fallait démontrer qu’on avait un programme de gestion du risque. »

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

Le vélo de montagne présente plus de risque que le fatbike. Mais même là, Francis Tétrault, de Vélo Québec, estime que le taux d’accidents par nombre de participants est plus bas que ce qu’on voit en motoneige et en ski alpin.

Déjà, le club avait passé l’été à installer de la signalisation sur les sentiers, notamment pour identifier les défis et les voies d’évitement.

« On a mis en place un programme d’intervention avec les pompiers, avec des balises dans le réseau, dit Jean-Pierre Gingras. On a installé des affiches aux différentes entrées pour donner les niveaux de difficulté et faire des mises en garde. On a essayé de faire le maximum pour montrer qu’on gérait le risque. »

Le courtier est allé sur le marché avec un dossier bien ficelé… pour revenir avec une proposition de prime de 25 000 $, soit 10 fois plus que ce que le club payait auparavant. « J’ai dit au courtier qu’avec tout ce qu’on avait fait, je n’en revenais pas qu’on ait une prime de ce niveau-là, se rappelle M. Gingras. Il m’a répondu que si je n’avais pas présenté ce programme-là, l’assureur n’aurait même pas voulu m’assurer. »

Le club a obtenu d’autres propositions, mais est retourné du côté de la première et a réussi à faire légèrement descendre la prime en ajoutant un programme d’inspection et d’entretien des sentiers et en trouvant une façon innovante de faire signer un formulaire de reconnaissance de risque à des pratiquants qui se présentent à différents points d’accès : un code QR qui permet de s’enregistrer et de signer le formulaire en ligne.

La facture demeure salée. Jean-Pierre Gingras espère qu’elle diminuera au cours des années, au fur et à mesure que les assureurs auront davantage d’outils pour évaluer le risque du vélo de montagne.

Monter un dossier

PHOTO PATRICK SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE

Les assureurs mettent le fatbike (ou vélo à pneus surdimensionnés) dans la même catégorie que le vélo de montagne en matière de risque.

De son côté, Vélo Québec développe des outils qui pourraient faciliter le dialogue, comme des formulaires d’accident uniformisés qui permettraient d’avoir enfin des statistiques québécoises à présenter aux assureurs.

On dit que le vélo de montagne est dangereux, mais en matière d’accidents par nombre de pratiquants, on serait en bas de la motoneige et du ski alpin. Mais on n’a pas les données pour le prouver.

Francis Tétrault, responsable du volet Vélo de montagne à Vélo Québec

Le fatbike s’est trouvé mêlé à tout ce débat même si le risque est encore moins élevé pour cette activité. « Si tu tombes, tu tombes dans la neige », observe Jean-Pierre Gingras. Le dénivelé des sentiers de fatbike est également très inférieur à ce qu’on retrouve en vélo de montagne.

Le Club de plein air de Saint-Donat a finalement pu ouvrir ses sentiers de fatbike à la mi-décembre. Et en fait, le petit retard a été une bonne chose. « On a eu de la pluie, de la neige, de la pluie, raconte Jean-Pierre Gingras. Si on avait tapé immédiatement, ça serait devenu dur, glacé. Le délai nous a permis de faire une belle surface. Il faut voir les bons côtés. »

Suggestion de vidéo

Grimper dans un moulin

Un moulin, c’est un petit cours d’eau qui plonge au fond d’un glacier et qui crée ainsi un joli trou de glace. Le grimpeur français Jeff Mercier ne peut résister à l’envie d’y jouer du piolet et du crampon.

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125

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