Après des mois, ou même des années de préparation, ils accomplissent des exploits extraordinaires en terrain souvent hostile. Ils semblent invincibles. Et pourtant, les aventuriers connaissent eux aussi le doute et la peur.

Marie Tison
Marie Tison La Presse

La boîte de production beauceronne Oranje Original a mis l’accent sur cet aspect dans une série de 10 épisodes sur les aventuriers québécois, offerte en baladodiffusion et en version vidéo sur YouTube.

« Il existe beaucoup de contenus qui mettent les aventuriers sur une espèce de piédestal, affirme l’animateur de la série 168 heures, Samuel Ostiguy. Sans rien enlever à leurs réalisations et aux exploits physiques qu’ils accomplissent, j’avais envie de créer des ponts pour qu’on se rapproche d’eux. On va disséquer le superhéros et aller à la rencontre de l’humain. »

PHOTO FOURNIE PAR SAMUEL OSTIGUY

L’animateur Samuel Ostiguy rencontre des aventuriers québécois dans une série de balados, également offerte en version vidéo.

Évidemment, on parle aussi des exploits et réalisations de ces « superhéros » du plein air. Samuel Ostiguy, qui a travaillé en étroite collaboration avec le réalisateur Gabriel Pelletier, a choisi ses invités en suivant quelques critères de base. Il s’agissait d’abord de trouver des gens qui avaient réalisé « des aventures qui sont wow ».

« Mais il fallait aussi que la personne comprenne la nature et l’intention derrière l’épisode, qu’elle s’engage à laisser l’ego de côté et qu’elle accepte d’aller dans des zones qui peuvent être inconfortables pour elle, indique M. Ostiguy. À la fin, plusieurs m’ont dit qu’ils avaient parlé de choses qu’ils n’avaient jamais dites à personne. »

La parole aux aventuriers

Chaque épisode donne donc la parole à un aventurier, parfois connu, comme Frédéric Dion, qui enchaîne les aventures au beau milieu de nulle part, parfois moins, comme le grand randonneur Vincent Landry.

Le premier épisode porte sur Caroline Côté, une réalisatrice de films d’aventure qui s’est fait connaître en 2018 en parcourant à pied les 2000 km séparant Natashquan de Montréal, en suivant les lignes d’Hydro-Québec. Elle vient de terminer une difficile traversée de la plus grande île de l’archipel arctique Svalbard, Spitzberg, en plein hiver, avec son copain Vincent Colliard.

Le couple a dû faire face à de terribles tempêtes alors que les rations alimentaires se sont révélées un peu trop chiches. La jeune femme raconte avec émotion ces moments, mais elle aborde aussi la question de la peur de l’échec, un sentiment qui peut paralyser.

PHOTO OLIVIER GIASSON, FOURNIE PAR SÉBASTIEN LAPIERRE

Sébastien Lapierre a été le premier Canadien à atteindre le pôle Sud en solitaire.

Dans un autre épisode, Sébastien Lapierre s’attarde sur le danger des comparaisons avec les autres et sur les pensées négatives qui finissent par fausser le jugement. L’aventurier, pompier de profession, a traversé le passage du Nord-Ouest en kayak de mer avec un ami et a été le premier Canadien à atteindre le pôle Sud à pied, en solitaire, sans soutien.

Il était en contact radio avec le camp de base, qui lui donnait des nouvelles des autres aventuriers en chemin vers le pôle Sud. Or, Sébastien Lapierre s’est laissé obnubiler par la performance parfois supérieure des autres, ou encore par les difficultés qu’une équipe connaissait, plus loin sur le continent. Il pensait qu’il allait connaître les mêmes problèmes.

Je suis parti sur une dérive négative, le mental a droppé, j’étais dans un cercle vicieux de négativité.

Sébastien Lapierre

Il aura fallu un coup de téléphone salutaire avec quelqu’un de l’extérieur, sa conjointe, qui l’a quelque peu brassé, pour lui remettre les idées en place, et il a poursuivi son chemin en mettant l’accent sur le plaisir, et non pas sur la performance.

Difficile parité

Samuel Ostiguy a toutefois un grand regret : alors qu’il voulait vraiment que sa sélection d’invités présente une parité hommes-femmes et reflète la diversité de la société, il s’est retrouvé avec huit hommes et deux femmes. Aucun n’était issu des minorités culturelles.

« Je n’ai pas encore fini de digérer les apprentissages et les leçons qu’il y a là-dedans. J’arrive à voir ce que je vais faire différemment pour une prochaine saison », affirme-t-il, ajoutant qu’il était convaincu, au départ, que « le concept allait parler davantage aux femmes qu’aux hommes, le fait de se livrer, de parler d’émotions ».

  • Samuel Lalande-Markon au début de son expédition à travers le Québec

    PHOTO TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK DE L’EXPÉDITION TRANSTAÏGA

    Samuel Lalande-Markon au début de son expédition à travers le Québec

  • Avec deux partenaires, Luc Labelle a parcouru 7350 km entre Montréal et le Yucatán en kayak de mer.

    PHOTO TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK DE LUC LABELLE

    Avec deux partenaires, Luc Labelle a parcouru 7350 km entre Montréal et le Yucatán en kayak de mer.

  • Catherine Turgy devait parcourir l’Appalachian Trail. La pandémie a mis fin à son rêve. Elle a alors décidé de traverser le Québec à pied en empruntant le Sentier national.

    PHOTO TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK DE CATHERINE TURGY

    Catherine Turgy devait parcourir l’Appalachian Trail. La pandémie a mis fin à son rêve. Elle a alors décidé de traverser le Québec à pied en empruntant le Sentier national.

  • Benjamin Rochette parcourt le monde avec ses planches de surf.

    PHOTO IVANOH DEMERS, ARCHIVES LA PRESSE

    Benjamin Rochette parcourt le monde avec ses planches de surf.

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Si plusieurs femmes n’étaient pas disponibles pour toutes sortes de raisons, il a aussi réalisé que son réseau immédiat comportait beaucoup plus d’hommes que de femmes.

« J’ai demandé l’aide d’amies qui ont des réseaux de femmes qui font des aventures, parce qu’il y en a plein au Québec, des femmes qui font des choses extraordinaires. Éventuellement, on m’a donné des noms, mais c’est arrivé un peu trop tard dans le processus », admet-il.

Il s’est passé la même chose du côté de la diversité : Samuel Ostiguy a découvert des ressources, des réseaux, mais il faudra attendre une éventuelle deuxième saison (ce qui n’est pas encore confirmé) pour en récolter les fruits.

On peut trouver les épisodes de 168 heures sur YouTube et Spotify.

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Suggestion de vidéo

Parapente-camping

Alors que certains font du canot-camping, Clément Cruciani et Tim Alongi font du parapente-camping dans les Alpes, d’Annecy à Innsbruck.

Voyez la vidéo au complet

Chiffre de la semaine

1,92 m

C’est la taille au garrot qu’atteignent les orignaux mâles au Québec. C’est donc une bonne idée de rester poli avec eux.

Source : ministère québécois des Forêts, de la Faune et des Parcs