Un petit point blanc a fait son apparition dans l’immensité du massif des monts Uapishka, ou monts Groulx, à 335 kilomètres au nord de Baie-Comeau.

Marie Tison
Marie Tison La Presse

C’est un abri d’urgence en forme d’igloo que la Station Uapishka a fait installer à près de 1000 mètres d’altitude pour, notamment, venir en aide aux randonneurs en difficulté.

Or, pour certains habitués, c’est une fausse bonne idée qui risque d’avoir des effets pervers en créant un faux sentiment de sécurité et qui va à l’encontre de l’esprit des monts Groulx, un territoire d’aventure et de pleine autonomie.

Toutefois, pour Jean-Philippe Messier, directeur général de la Réserve mondiale de la biosphère Manicouagan-Uapishka (qui a développé la Station Uapishka de concert avec le Conseil des Innus de Pessamit), il s’agissait d’une décision responsable.

« Le premier facteur qui a motivé cette décision, c’est le contexte pandémique, qui a fait grimper l’achalandage dans les monts Groulx », indique-t-il.

Lorsqu’il y a plus de visiteurs, il y a immanquablement plus de gens mal préparés qui connaissent mal le territoire extrême qu’est le massif des monts Groulx.

Il faut compter une quinzaine d’heures de route pour atteindre le territoire à partir de Montréal. Une fois sur place, des randonneurs peuvent décider de se lancer dans l’aventure même s’ils constatent qu’ils n’ont pas l’équipement nécessaire.

Le nombre d’opérations d’urgence a été trois à quatre fois plus élevé qu’auparavant, avec tous les risques que cela représente et les coûts pour l’État.

Jean-Philippe Messier, directeur général de la Réserve mondiale de la biosphère Manicouagan-Uapishka

Il n’y a pas de sentier pour traverser le plateau des monts Groulx. Les randonneurs doivent donc être pleinement autonomes et avoir de solides connaissances en orientation. Deux sentiers d’accès, l’un au sud, l’autre au nord, permettent de traverser la forêt boréale pour accéder au plateau.

Un faux sentiment de sécurité ?

La Station Uapishka a installé un abri d’urgence à peu près à mi-chemin de la traversée, mais un peu en retrait du parcours utilisé par la plupart des randonneurs, soit à l’est du lac Joyel.

« C’était responsable : maintenant, il n’y a pas plus d’un jour de marche entre l’abri et entre les sentiers d’accès », note M. Messier.

Guy Boudreau, un guide qui réside dans le secteur, craint toutefois que cet abri ne crée un faux sentiment de sécurité parce que, dans les faits, il ne sera pas possible de dépendre d’une telle infrastructure.

À l’heure actuelle, les évacuations sur le massif sont essentiellement liées à des personnes qui se perdent ou qui se retrouvent en état d’hypothermie.

« Si quelqu’un se perd dans les monts Groulx, il ne pourra certainement pas trouver l’abri d’urgence, affirme M. Boudreau. Et lorsque quelqu’un est en état d’hypothermie, c’est généralement lorsque les conditions météo sont médiocres. Cette personne ne sera pas en mesure de monter au sommet de la montagne et de trouver l’abri. »

PHOTO BOKEH35, FOURNIE PAR LA RÉSERVE MONDIALE DE LA BIOSPHÈRE MANICOUAGAN-UAPISHKA

Le nouvel abri d’urgence devrait permettre de faciliter les opérations de sauvetage et d’évacuation, et de recueillir des données météorologiques et scientifiques.

Il craint également que les randonneurs ne prennent l’habitude de faire un petit détour permettant d’aller visiter l’abri. Un tel achalandage à un seul endroit aurait des impacts négatifs sur la végétation fragile du plateau des monts Groulx.

Il craint aussi qu’on n’ajoute d’autres abris pour minimiser la distance à parcourir entre chacun d’eux. Le territoire pourrait finir par ressembler aux parcs de la SEPAQ, un organisme qui contrôle étroitement les sentiers de randonnée et les sites de camping.

On se ramasse avec un parc comme partout ailleurs, contrairement à ce que les monts Groulx sont actuellement, soit un endroit d’autonomie et de liberté.

Guy Boudreau, guide résidant dans le secteur des monts Groulx

Jean-Philippe Messier rappelle toutefois qu’on parle d’une seule petite infrastructure sur un territoire de 5000 kilomètres carrés, soit 10 fois l’île de Montréal. « C’est l’équivalent d’une tête d’épingle sur une carte. On est à des années-lumière de la SEPAQ », proteste-t-il.

Il ajoute que l’abri est muni d’un dispositif de verrouillage. En cas d’urgence, on peut y pénétrer en brisant le mécanisme. La Station Uapishka en est immédiatement avertie, et une caméra à l’intérieur permet de voir ce qui se passe.

« Il y a peu de chances que ça se transforme en auberge pour usagers imprudents », affirme M. Messier.

Il ajoute que l’abri sert également à recueillir des données scientifiques et des données météorologiques. Ces dernières sont particulièrement utiles aux randonneurs et aux autorités lors des opérations de recherche et sauvetage. Il sert aussi de base pour surveiller le territoire, une aire protégée.

MM. Messier et Boudreau s’entendent sur une chose : l’importance de bien sensibiliser les randonneurs au défi que représente une traversée des monts Groulx. Une nouvelle carte topographique réalisée par la Société des amis des monts Groulx contient de précieuses informations pour préparer l’aventure.

« On veut amener les gens à envisager une traversée en pleine autonomie, à être équipés adéquatement, à avoir les connaissances et l’expérience adéquates, affirme Guy Boudreau. C’est également une bonne idée d’adhérer à une assurance évacuation. »

De son côté, Jean-Philippe Messier incite les randonneurs à visiter la Station Uapishka avant leur aventure pour s’enregistrer, déposer leur plan de route, louer une radio et consulter les prévisions météo.

Consultez le site des Amis des monts Groulx Consultez le site de la Station Uapishka

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