Un oiseau qui chante, des arbres qui bruissent doucement, une petite bête qui fourrage, un ruisseau qui s’écoule. Une promenade en forêt, ça fait tellement du bien, ça doit être bon pour la santé.

Marie Tison
Marie Tison La Presse

La Société des établissements de plein air du Québec (SEPAQ) a demandé au DLouis Bherer et à une équipe de chercheurs de l’Institut de cardiologie de Montréal de faire une vaste revue de la littérature scientifique pour voir si c’était vrai.

« J’ai beaucoup aimé faire ce rapport-là parce que ça vient confirmer des impressions qu’on avait, ça vient confirmer ce que tout le monde disait », raconte le DBherer, professeur au département de médecine de l’Université de Montréal et directeur adjoint scientifique à la direction de la prévention de l’Institut de cardiologie de Montréal. « On voulait voir s’il y avait de la science qui appuyait ça. »

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Le DLouis Bherer et son équipe ont évalué les études qui démontrent scientifiquement les bienfaits de la nature sur la santé. Oui, les preuves sont là.

La réponse est oui. Mais il reste encore bien des choses à découvrir et, notamment, qu’est-ce qui explique les bienfaits de la nature ?

Quels sont les ingrédients dans la nature ? C’est ça qui m’a le plus fasciné. Est-ce que c’est la verdure ? La couleur ? Est-ce qu’il faut qu’il y ait beaucoup d’arbres au kilomètre carré ? Est-ce la diminution du bruit ? Le type de son ?

Le DLouis Bherer

Le DBherer et son équipe ont effectué une vaste recherche dans une importante base de données, MEDLINE/PubMed, pour dénicher des études sur la question en utilisant des mots-clés comme forest therapy ou nature therapy.

Ils ont par la suite établi une hiérarchie entre les études (plus d’une centaine) en fonction de la solidité de leurs preuves scientifiques.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Le contact avec la nature a de quoi apaiser. Il y a maintenant des études scientifiques qui le disent.

« Il faut faire attention à la recherche, rappelle le DBherer. Une étude, c’est intéressant, mais ce n’est pas convaincant. C’est quand elle est reproduite par différentes équipes, dans différents pays, dans différents laboratoires, qu’on est convaincus. »

Bienfaits physiologiques

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

Le contact avec la nature, comme ici au parc régional de la Montagne du diable, permettrait de diminuer le rythme cardiaque et la tension artérielle.

Pour le DBherer et son équipe, les preuves les plus solides se retrouvent du côté des bienfaits physiologiques.

L’exposition à la nature diminue le rythme cardiaque, la pression artérielle et la réponse du système nerveux sympathique, et augmente la capacité du système nerveux parasympathique.

Le Dr Louis Bherer

« Le système sympathique, c’est celui qui booste vos capacités quand vous en avez besoin, qui augmente par exemple votre rythme cardiaque, ajoute-t-il. Le système parasympathique vise à diminuer la réponse physiologique quand c’est le temps de relaxer ou de dormir le soir. »

Il ajoute qu’il y a également des preuves assez sérieuses quant à une diminution de l’anxiété chez les participants exposés à la nature. Les preuves sont moins solides en ce qui concerne les effets de la nature sur la dépression ou les facultés cognitives. Le DBherer et son équipe se sont particulièrement intéressés à la dose nécessaire pour enregistrer des bienfaits.

« Est-ce qu’il faut y aller trois fois par semaine ? Pendant 10 minutes ? Trente minutes ? Une heure trente ? Les éléments de preuve sont plus forts quand on s’expose pendant 120 minutes et plus, mais, par contre, il y a d’autres études qui suggèrent qu’il commence à y avoir des bienfaits après seulement 10 minutes. »

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

On pourrait prescrire un jour une petite randonnée aux chutes Waber, dans le parc de la Mauricie, pour améliorer son état de santé.

Le DBherer fait le parallèle avec l’exercice physique : il y a des « doses idéales », mais dès qu’on en fait un petit peu, il y a déjà des bienfaits pour les gens sédentaires. À son avis, il y a assez de preuves scientifiques pour prescrire des expositions à la nature. Encore faut-il connaître la dose à prescrire.

« Je ne trouve pas que c’est très convaincant de dire aux gens d’aller marcher dans la forêt. C’est comme dire aux gens : “allez faire de l’exercice”. C’est zéro convaincant. Il faut dire aux gens ce qu’il faut faire, à quel niveau d’intensité, combien de fois par semaine. Là, on entre dans une prescription, mais ça demande suffisamment de preuves au niveau scientifique. C’est là-dessus que j’aimerais travailler. »

Étude de la SEPAQ

L’automne dernier, la SEPAQ a sondé sa clientèle au sujet du bien-être que procurait la pratique d’activités de plein air. La très grande majorité des visiteurs ont affirmé avoir ressenti des effets positifs sur leur santé mentale (87 %) et physique (84 %).

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Un précieux contact avec la nature au parc national des Îles-de-Boucherville

La société d’État a toutefois voulu avoir un portrait scientifique de la question en faisant appel à l’équipe du DBherer. Le porte-parole de la SEPAQ, Simon Boivin, a déclaré que l’étude confirmait la pertinence de l’orientation de la société, axée sur la connexion des gens avec la nature dans une optique de santé publique.

« La SEPAQ veut aussi contribuer à l’avancement de la connaissance au sujet des bénéfices de la nature sur la santé globale pour que d’autres organisations puissent en profiter dans leur domaine respectif, affirme M. Boivin. La société est d’avis que plus les bénéfices du contact avec la nature sur la santé seront connus, documentés et démontrés, le mieux la population québécoise sera à même de profiter de chaque facette de ce que ses territoires naturels peuvent lui offrir. »

Consultez le rapport Les bienfaits de la nature sur la santé globale

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Chiffre de la semaine : 2600

C’est le nombre de kilomètres de sentiers de vélo de montagne au Québec, soit 400 km de plus qu’en 2015, selon Vélo Québec.