La journée s’annonce parfaite : nouvelle neige étincelante, ciel d’un bleu immaculé. Par contre, il fera très froid. Et en raison des restrictions dues à la COVID-19, les refuges seront fermés le long du sentier. Comment s’organiser pour passer la journée dehors sans geler tout rond quand on n’a pas la possibilité de se réchauffer à mi-chemin ?

Marie Tison Marie Tison
La Presse

C’est particulièrement important pour des sports comme le ski de fond ou la raquette : on bouge, on a chaud, on transpire. Et dès qu’on arrête un peu pour une collation ou un goûter, on se refroidit à la vitesse grand V.

La clé, c’est la préparation. Ça commence à la maison, avec le choix de vêtements et d’équipement. Il faut favoriser le système multicouches, soit une couche de base (des sous-vêtements longs en laine mérinos ou en tissu synthétique), une ou des couches isolantes (une veste en laine polaire ou un chandail de laine) et une couche qui joue le rôle de coquille (un coupe-vent ou un imperméable). L’idée, c’est d’ajouter des couches quand on a froid et d’en retirer dès qu’on a un peu trop chaud.

« Plusieurs couches de vêtements vont être plus intéressantes qu’un seul gros vêtement, rappelle Renée-Claude Bastien, guide d’aventure et coordonnatrice du programme de guide de tourisme d’aventure du cégep de Saint-Laurent. Quand on vient de faire un certain effort physique, on a certainement emmagasiné une certaine chaleur. Quand vient le temps de s’asseoir et de se reposer, il faut préserver cette chaleur. C’est à ce moment-là qu’on va sortir la doudoune pour se couvrir. »

Mais avant même de passer cette bonne vieille doudoune, il peut être judicieux d’enlever sa couche de base, si elle est mouillée par la transpiration, et d’enfiler le vêtement de rechange bien sec qu’on avait pris soin de mettre dans le sac à dos. Évidemment, il faut procéder avec une certaine vitesse…

« C’est un bon moment pour gérer notre humidité », affirme Mme Bastien.

Ainsi, si nos gants sont mouillés, si nos chaussettes sont mouillées dans nos bottes, on peut les changer juste avant de prendre la collation, de façon à ce que notre corps ne perde pas d’énergie pour rien. C’est plus difficile de refaire une chaleur que de préserver celle qu’on a.

Renée-Claude Bastien

Renée-Claude Bastien recommande également de « s’isoler de son environnement ». « En hiver, c’est de trouver un endroit à l’abri du vent et à l’abri des intempéries — par exemple, un endroit sous couvert forestier pour éviter qu’on se fasse neiger dessus. Ce sont des éléments qui pourraient nous refroidir.

Elle recommande de se munir d’un petit carré de matelas pour s’asseoir dessus, et non pas directement dans la neige. « Si on n’a pas de matelas-fesses, on peut s’asseoir sur notre sac à dos, le côté bretelles vers le haut, pour éviter que les bretelles et le dos du sac soient en contact avec la neige. »

Ça vaut également la peine de choisir un endroit ensoleillé : même en plein mois de février, le soleil fait une différence.

Un repas chaud et rapide

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

Il y a des stratégies à adopter pour pouvoir apprécier une pleine journée de randonnée en raquettes.

S’il fait très froid, on peut prévoir un goûter qui se mange assez rapidement. Un thermos de soupe ou de bouillon fera des merveilles pour s’hydrater et acquérir une certaine chaleur. Un petit thermos à large ouverture peut aussi permettre d’apporter un chili ou un macaroni au fromage chaud. De quoi faire des jaloux dans les alentours.

S’il fait vraiment, vraiment froid, on peut opter pour des « vivres de course ». Il s’agit d’une succession de collations sucrées et salées qu’on grignote tout au long de la journée, comme des noix, des barres granolas maison, du jerky, des tablettes de chocolat, des morceaux de fromage, des rondelles de saucisson, etc. Renée-Claude Bastien recommande toutefois de garder les collations plus grasses, plus difficiles à digérer, comme le saucisson, pour la fin de la randonnée. « Le fait de collationner toute la journée, ça permet d’avoir une énergie constante au lieu d’avoir des gros up and down. »

La voiture comme camp de base

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

En ski hors piste, il faut savoir se débrouiller en plein air si on n’a pas accès à un refuge.

Comme les bâtiments d’accueil sont souvent peu accessibles ces temps-ci, la Société des établissements de plein air du Québec (SEPAQ) suggère de faire de sa voiture son camp de base. En arrivant à destination, on peut mettre ses bottes de ski ou de raquettes à l’intérieur même de la voiture. À ce sujet, il est idéal de ranger celles-ci dans l’habitacle de la voiture et non pas dans le coffre arrière. Elles seront pas mal moins froides à l’arrivée.

Renée-Claude Bastien insiste aussi sur l’importance de ne pas mettre ses bottes de ski ou de raquettes en partant de la maison et de faire un long trajet en voiture avec elles. « On risque de se retrouver à destination avec des pieds humides, des bottes humides. On commence à marcher et toute cette humidité-là va commencer à nous refroidir. » Elle ajoute aussi de ne pas « crinquer le chauffage » de la voiture, justement pour ne pas avoir trop chaud et transpirer avant même le début de la journée.

La voiture-camp de base peut servir de refuge dans certains cas, dans un centre de ski de fond, par exemple. On peut faire une boucle en matinée, prendre un goûter à bord de la voiture et repartir pour une nouvelle boucle.

Prendre son goûter en pleine nature a toutefois son charme. « L’hiver, c’est relatif, rappelle Renée-Claude Bastien. Il peut faire - 2 °C, il peut faire - 30 °C, c’est l’hiver quand même. Une belle journée ensoleillée sur un point de vue, ça se gère différemment qu’une journée où on annonce de grands froids. »

Suggestion de vidéo : une via ferrata l’hiver

François Guy Thivierge a utilisé un drone pour filmer une section de la via ferrata des Palissades de Charlevoix, le pont népalais. C’est un brin vertigineux.

Chiffre de la semaine : 95 %

La nouvelle neige fraîche, non compactée, est formée d’air dans une proportion de 90 à 95 %.