Ce n’est pas facile de planifier de grandes expéditions pour 2021. Des aventuriers ont quand même sorti leurs cartes et ont commencé à tracer des itinéraires hors du commun. Sans surprise, ils regardent surtout du côté du Québec et du Canada

Marie Tison Marie Tison
La Presse

Le sentier-maître Innu

On l’appelait le sentier des Jésuites, ce parcours hivernal qui reliait Québec au lac Saint-Jean à la fin du XVIIe siècle. Mais voilà, les autochtones le parcouraient déjà depuis des millénaires, bien avant l’arrivée des Jésuites. « Je préfère parler du sentier-maître Innu-Montagnais, précise l’aventurier Olivier Hubert-Benoit. Les autochtones l’utilisaient pour aller chasser : c’était le sentier-maître parce que plusieurs autres sentiers s’y connectaient. »

L’idée de se rendre de Québec au lac Saint-Jean à pied a germé dans l’esprit d’Olivier Hubert-Benoit il y a presque un an, alors qu’il participait à la course de raquette Cryo, au lac Saint-Jean. « Je me suis dit que l’année prochaine, j’allais me rendre de chez nous au Lac pour la course Cryo, en traversant les lacs, les rivières et les bois. »

Il a commencé à faire de la recherche pour constater que c’était le trajet du mythique sentier des Jésuites. Ceux-ci le parcouraient l’hiver, entre les années 1675 et 1703, pour rejoindre une mission qu’ils avaient établie là où la rivière Métabetchouane se jette dans le lac Saint-Jean.

Il a consulté un expert en la matière, Louis Lefebvre, qui a fait des recherches pendant des décennies sur le sentier avant de publier un livre en 2008. Pour préparer son équipement et son itinéraire, Olivier Hubert-Benoit a aussi discuté avec un spécialiste des expéditions en régions froides, Sébastien Lapierre, premier Canadien à atteindre le pôle Sud en solitaire et en pleine autonomie. Les deux ont fini par décider de faire la route ensemble.

Les comparses prévoient parcourir le trajet d’environ 280 km en une dizaine de jours, au mois de mars prochain.

Ce n’est pas un sentier comme ce qu’on connaît aujourd’hui. Ils utilisaient les rivières et les lacs qui gelaient. Lorsqu’ils passaient d’un lac à l’autre, ils utilisaient les mêmes sentiers de portage qu’en été.

Olivier Hubert-Benoit

Toutefois, ces sentiers se sont refermés avec le temps et il ne sera pas facile de se frayer un chemin entre les branchages avec des skis et un traîneau.

Évidemment, la course de raquettes Cryo n’aura pas lieu cette année. Cet évènement visait à récolter des fonds pour la fondation Sur la pointe des pieds. Olivier Hubert-Benoit et Sébastien Lapierre ont décidé de profiter de leur expédition pour amasser des fonds pour cet organisme.

Pandémie oblige, les deux aventuriers ne partageront pas la même tente et les mêmes équipements de cuisson. « On est COVID-proof, on est prêts ! », s’exclame Olivier Hubert-Benoit.

PHOTO TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK DE L’EXPÉDITION AKOR

Nicolas Roulx et Guillaume Moreau se sont entraînés pour la partie arctique de la traversée du Canada du nord au sud.

À travers le Canada, du nord au sud

Cela fait deux ans que Nicolas Roulx et ses coéquipiers planifient l’Expédition AKOR 2021, ambitieux périple de 7600 km entre la base météorologique Eureka, dans l’île d’Ellesmere, en Arctique canadien, et le parc national de la Pointe Pelée, en Ontario. Nicolas Roulx et Guillaume Moreau prévoient mettre sept mois pour parcourir le trajet, d’abord en ski, puis en canot et en vélo. Jacob Racine, Etienne Desbois et Philippe Voghel-Robert se joindront à eux pour certaines sections.

« Si on avait eu cette idée-là en pleine pandémie, on l’aurait repoussée à plus tard, admet Nicolas Roulx. Mais après tous les aléas et les incertitudes liées à la COVID, on nous a permis de partir en mars comme prévu. »

Les coéquipiers devront cependant se soumettre à une quarantaine avant de prendre l’avion pour le Nunavut. L’équipe a obtenu les autorisations nécessaires notamment parce que l’expédition comprend un volet scientifique important. Les aventuriers prélèveront des échantillons d’épinette noir dans des enclaves de forêts boréales au nord de la Saskatchewan afin de comprendre un peu mieux comment le réchauffement climatique affecte la croissance des arbres dans le Nord. Lors d’une première expédition AKOR dans le Nunavik en 2018, Guillaume Moreau, doctorant en sciences forestières à l’Université Laval, avait recueilli de premiers échantillons dans des enclaves de forêts boréales près des rivières George et Koroc.

Les aventuriers vont également surveiller leur condition physique dans le cadre d’une étude en kinésiologie qui cherche à comprendre l’effet à long terme des conditions climatiques hostiles sur leur corps, leur santé, leur alimentation, leur sommeil et leur dépense calorique.

C’est à la fin de la première expédition AKOR que les coéquipiers ont commencé à élaborer le projet, inspirés par Noah Noggasak, responsable d’un programme de revitalisation du kayak au Labrador.

Dans le cadre de son programme d’études en plein air, Noah Noggasak avait élaboré un projet d’expédition transcanadienne qu’il n’avait jamais eu l’occasion de réaliser. Il a voulu encourager les jeunes Québécois en leur remettant ses ébauches.

« Après six mois d’analyses, nous sommes arrivés avec un parcours du nord au sud, explique Nicolas Roulx. C’est une conception inuite, mise en pratique par les Qallunaat, les Blancs. »

> Consulter le site internet de l’expédition AKOR

L’Europe devra attendre

PHOTO FOURNIE PAR FRÉDÉRIC DION

L’aventurier Frédéric Dion a dû remettre à plus tard une expédition en Europe. Il rêve maintenant des montagnes de l’ouest du Canada.

En novembre dernier, l’aventurier Frédéric Dion devait s’envoler vers l’Italie pour le deuxième chapitre d’un grand projet : atteindre le pôle d’inaccessibilité de chaque continent, soit le point le plus éloigné de toutes les mers. Après avoir atteint celui de l’Amérique du Sud au début de 2020, Frédéric Dion se préparait à affronter le centre de l’Europe.

Mais la deuxième vague l’a forcé à retourner à ses cartes géographiques.

J’ai commencé à regarder les montagnes du Canada. Je regarde un projet que j’ai ressorti des boules à mites, au cas où je ne pourrais pas aller en Europe.

Frédéric Dion

Le projet européen sera toutefois facile à mettre en branle dès que la situation s’améliorera. « Je suis capable de le faire à une ou deux semaines de préavis, affirme Frédéric Dion. Je suis entraîné, j’ai les connaissances, j’ai l’équipement et j’ai déjà déterminé le trajet. »

Il y a plusieurs façons de calculer le pôle d’inaccessibilité d’un continent, selon que l’on prenne en compte tel ou tel bras de mer. « En Europe, il y a sept points possibles. Il y en a notamment un en Hongrie et deux en Slovaquie, qui ne sont pas loin les uns des autres. J’irai de ce côté-là et tant qu’à y être, juste pour être sûr, je ferai les trois. »

Il entend faire le trajet seul, essentiellement en vélo, en partant de Venise. Il devrait longer les Alpes en Autriche pour se diriger vers la Hongrie et la Slovaquie.

En attendant, c’est le Yukon qui fait entendre son appel. « Mais je n’annoncerai rien tant que ce ne sera pas préapprouvé lors d’un meeting familial avec ma femme et mes filles. »