Il n’y a pas que les randonneurs qui rêvent d’un déconfinement. Les orignaux, les cerfs de Virgine, les lynx et les ours rêvent aussi d’un libre accès au territoire. Malheureusement, les routes constituent des obstacles particulièrement dangereux à leurs pérégrinations.

Marie Tison Marie Tison
La Presse

Conservation de la nature Canada et des partenaires québécois comme Éco-corridors laurentiens et Conservation Manitou cherchent à leur fournir des passages sécuritaires, notamment en mettant en place le passage faunique Ivry, sous la route 117, au nord-ouest de Sainte-Agathe-des-Monts.

Les amateurs de plein air n’ont pas à être jaloux. En fait, le déconfinement de la faune et de la flore est à leur avantage.

« Les corridors écologiques sont de bons endroits pour permettre une utilisation durable du territoire, affirme Kateri Monticone, chargée de projet à Conservation de la nature Canada. La plupart du temps, on peut y permettre des activités de plein air. »

En outre, l’aménagement de corridors écologiques et de passages fauniques permet de préserver la diversité animale et végétale.

« Ce n’est pas seulement bon pour les amateurs de plein air, c’est bon pour tout le monde, soutient Mme Monticone. C’est très important que la nature puisse bien fonctionner pour que nous, nous puissions survivre. »

On trouve ici et là sur le territoire des milieux protégés. Or, il est important de connecter ces zones par des corridors écologiques, notamment pour permettre à la faune de circuler librement, explique-t-elle. C’est particulièrement critique pour les animaux qui ont besoin d’un vaste domaine vital, comme les orignaux, les cerfs, les lynx et les ours. Ils doivent se déplacer pour trouver de la nourriture, se reproduire, fuir des prédateurs, etc.

La question est encore plus cruciale avec les changements climatiques.

Au fur et à mesure que les températures augmenteront dans le sud, les animaux migreront vers le nord. Il y a différentes modélisations qui ont été faites, qui montrent que les animaux vont faire une migration de 45 kilomètres par décennie, soit de quatre à cinq kilomètres par année.

Marie-Lyne Després-Einspenner, coordonnatrice d’Éco-corridors laurentiens

« Le Québec a été identifié comme un refuge climatique majeur pour les espèces en Amérique du Nord. »

En planifiant de grands corridors écologiques, il faut évidemment penser aux routes qu’ils traversent. On utilise plusieurs méthodes pour déterminer les endroits où les animaux aiment circuler et où il serait important de prévoir des passages fauniques. On comptabilise notamment les carcasses d’animaux frappés par des voitures.

« Cela peut indiquer là où les animaux ont toujours traversé, de génération en génération, indique Kateri Monticone. Avec le développement des villes et des routes, on a bloqué leur passage. »

Le passage faunique Ivry

Parfois, il y a déjà une infrastructure à proximité, un ponceau par exemple, qu’on peut modifier et utiliser comme passage faunique.

C’est ce qui arrive avec le passage faunique Ivry. Il s’agit d’un petit tunnel sous la route 117, qui a d’abord servi au trafic ferroviaire et qui accueille maintenant le parc linéaire du P’tit train du nord.

  • Le passage faunique Ivry sous sa forme actuelle

    PHOTO FOURNIE PAR CONSERVATION DE LA NATURE CANADA

    Le passage faunique Ivry sous sa forme actuelle

  • Une image de l’aménagement prévu du passage faunique Ivry

    PHOTO FOURNIE PAR CONSERVATION DE LA NATURE CANADA

    Une image de l’aménagement prévu du passage faunique Ivry

  • Une caméra automatique croque un cerf de Virgine alors qu’il emprunte le passage faunique Ivry.

    PHOTO FOURNIE PAR CONSERVATION DE LA NATURE CANADA

    Une caméra automatique croque un cerf de Virgine alors qu’il emprunte le passage faunique Ivry.

  • Un orignal capté par une caméra automatique dans le passage faunique Ivry

    PHOTO FOURNIE PAR CONSERVATION DE LA NATURE CANADA

    Un orignal capté par une caméra automatique dans le passage faunique Ivry

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Conservation de la nature Canada a acquis un terrain en bordure et a installé des caméras. Effectivement, on a pris des orignaux et des cerfs en flagrant délit de passage. Mais c’était très tôt le matin, ou à la brunante, alors qu’il y a peu de circulation humaine.

« On se partage le passage », blague Mme Monticone.

Il s’agit maintenant de rendre le passage plus accueillant pour d’autres espèces animales, qui apprécient peut-être moins la surface actuelle.

« Ce ne sont pas tous les animaux qui aiment les petites roches. »

Il faudra donc végétaliser une bande à côté de la piste multifonctionnelle, planter des arbrisseaux, mettre des bouts de troncs d’arbres, etc. Il n’est absolument pas question de restreindre l’accès des randonneurs, des cyclistes et des skieurs de fond, bien au contraire.

« Nous allons profiter de l’occasion pour sensibiliser les gens aux passages fauniques avec des panneaux d’interprétation », indique Mme Monticone.

Les travaux pourraient démarrer cet été, si la situation le permet.

Marie-Lyne Després-Einspenner note qu’en intégrant des activités récréatives, on augmente l’intérêt des corridors écologiques auprès de la population et des élus.

« Il faut faire miroiter des bénéfices pour les humains pour que ça arrive », lance-t-elle.

Elle ne se fait pas prier pour énumérer ces bénéfices des corridors écologiques, à commencer par une simple question d’esthétisme. Beaucoup de communautés locales sont fières de leurs paysages et veulent les préserver.

Des liens entre les milieux protégés permettent des échanges génétiques autant pour les animaux que pour les végétaux, ce qui assure le maintien d’un écosystème sain, poursuit-elle. C’est quelque chose qu’apprécient les ornithologues, les randonneurs et les autres amateurs de plein air.

Mme Després-Einspenner rappelle que la nature fournit beaucoup de services très appréciables. Par exemple, une bande riveraine restaurée en vertu d’un projet de corridor écologique peut filtrer les polluants ou les fertilisants agricoles, ce qui assure une meilleure qualité de l’eau.

PHOTO FOURNIE PAR CONSERVATION DE LA NATURE CANADA

Le parc linéaire Le P’tit train du nord à proximité du passage faunique Ivry

Les corridors écologiques peuvent bien se prêter aux pistes cyclables, comme on le voit avec le passage faunique Ivry et le P’tit train du nord.

« Il faut faire des études et être sûrs qu’on permet une bonne cohabitation entre les humains et la faune, indique Mme Després-Einspenner. Il faut identifier des secteurs où il faut peut-être éviter cela et les secteurs où ça peut fonctionner. »

L’idée, c’est de faire savoir que les corridors écologiques peuvent être bénéfiques aux humains.

« Ce n’est pas une contrainte de plus. On ne veut pas enlever de la superficie aux agriculteurs et aux autres humains, on veut trouver des compromis de façon à ce que ces corridors soient utiles à la faune, mais aussi à la population. »