Au cours des prochaines semaines, des travailleurs de la santé de Colombie-Britannique enfileront des blouses médicales rouge vif et orange intense, plutôt que vert pâle ou jaune pâle, pour prodiguer des soins.

Marie Tison Marie Tison
La Presse

Ce n’est pas par coquetterie. C’est plutôt que le manufacturier de vêtements de plein air Arc’teryx a offert au gouvernement provincial de confectionner des blouses médicales avec le matériel qu’il pouvait obtenir à courte échéance : de beaux tissus pour le monde du plein air, bien colorés, qui répondaient parfaitement aux exigences en fait notamment de résistance à l’eau.

Cette source locale d’approvisionnement est sur le poids d’être épuisée, il faut maintenant aller plus loin pour s’approvisionner.

« Notre fournisseur a réussi à trouver du tissu supplémentaire en Chine et nous l’avons fait mettre à bord d’un bateau pour être en mesure d’accélérer la production », indique Shirley Chan, directrice principale de la commercialisation et des produits de la qualité chez Arc’teryx, dans une entrevue téléphonique de la Colombie-Britannique.

« Nous avons été en mesure de faire colorer ce tissu dans des couleurs plus traditionnelles. Les blouses seront donc un peu moins voyantes. »

Canada Goose, Cascades Designs et Outdoor Research

Arc’teryx n’est pas le seul manufacturier d’équipement de plein air à vouloir apporter sa contribution dans la lutte contre la COVID-19. En Ontario, Canada Goose s’est aussi lancée dans la production de blouses médicales. Celles-ci seront de couleur rouge très vif, comme les parkas bien connus, mais elles ne seront pas dotées de la traditionnelle bordure de fourrure de coyote.

Au Québec, le manufacturier d’équipement de hockey Bauer a converti son usine de Blainville pour fabriquer des visières pour le personnel de la santé.

Dans le monde du plein air, Arc’teryx est une marque particulièrement renommée, notamment au Canada. Le confinement de toute la population a fait mal au manufacturier.

« Nous avons pris la décision de fermer notre manufacture parce que, compte tenu de notre configuration, il devenait difficile de poursuivre la production tout en assurant un environnement sain à tous les employés », explique Mme Chan.

PHOTO FOURNIE PAR ARC’TERYX

Les couleurs des nouvelles blouses médicales d’Arc’teryx sont un peu… voyantes.

Mais parallèlement à tout cela, Arc’teryx a reçu un appel de l’association provinciale des manufacturiers de vêtements, qui travaillait de concert avec les autorités régionales de la santé de la Colombie-Britannique pour essayer de parer à une importante pénurie d’équipement de protection personnel, notamment des masques et des blouses médicales.

« Ils demandaient aux entreprises ce qu’elles étaient capables de faire », se rappelle Mme Chan.

Nous avons regardé les spécifications en fonction de la disponibilité du matériel. Nous avons constaté rapidement qu’il n’y avait pas de matériel local pour respecter les spécifications pour les masques, mais nous avions du tissu et les connaissances nécessaires pour faire des blouses médicales.

Shirley Chan

Arc’teryx s’est alliée à deux autres manufacturiers, Mustang Survival (équipement de flottaison) et Boardroom Clothing (équipement de sports de glisse et de surf), pour réaliser l’objectif, la production de 90 000 blouses médicales dans les prochaines semaines.

« Chacun offre ce qu’il fait de mieux, précise Mme Chan. Par exemple, Mustang est bien équipée pour tester les produits et documenter les différentes étapes nécessaires pour ce faire. »

Il fallait également examiner les spécifications des différents types de blouses médicales et choisir le type qu’il était possible de produire.

Nouvelles spécifications

Arc’teryx a dû reconfigurer son usine pour assurer une distance importante entre les travailleurs.

« Ce n’était pas très difficile, mais ça a pris du temps et de l’énergie. » Alors que l’usine accueille normalement près de 400 employés, ce sont seulement 12 couturiers qui sont retournés au boulot pour fabriquer les blouses. Selon l’évolution du projet, davantage de travailleurs pourraient être rappelés.

« Les gens sont très enthousiastes, affirme Mme Chan. Ils veulent vraiment faire leur part pour appuyer les efforts contre la COVID-19. »

Chez Canada Goose, on a rouvert deux manufactures à Toronto et à Winnipeg, et on espère arriver à produire 10 000 blouses médicales par semaine.

Aux États-Unis, de nombreuses entreprises du monde du plein air ont aussi voulu mettre la main à la pâte.

Cascades Designs, l’entreprise qui fournit notamment les raquettes et les brûleurs MSR, les matelas Therm-a-Rest, les réservoirs d’eau Platypus et les sacs étanches SealLine, a reconfiguré une usine à Seattle pour produire des masques pour 51 hôpitaux de la région. Cette usine produit présentement 1000 masques par jour et prévoit atteindre une production de 20 000 masques par jour.

Le manufacturier d’équipement de plein air Outdoor Research s’est aussi lancé dans la production de masques dans son usine de Seattle, et le fabricant de chaussures de sport New Balance fait de même dans ses usines du Massachusetts et du Maine.

Au Colorado, l’équipe de réparation des sacs à dos Osprey a également entrepris de fabriquer des masques pour les travailleurs locaux de la santé et les premiers répondants.

Comme toutes ces entreprises, Arc’teryx se préoccupe de ce qui va arriver après le confinement.

« Nous nous concentrons sur les besoins immédiats, mais nous cherchons également à bien nous positionner lorsque les affaires reprendront, affirme Shirley Chan. Parce qu’elles reprendront. »

En attendant, Arc’teryx ne place pas son logo distinctif sur ses blouses médicales. « Il ne s’agit pas de nous présentement. Il s’agit de la communauté médicale. »