Des conifères chargés de neige bordent le sentier numéro 12 du Camp Mercier, dans la réserve faunique des Laurentides. Le sentier de ski de fond est agréablement accidenté : ça monte, ça descend, ça vire ici, ça vire là. Mais subitement, après un virage, le tableau change. Un mince rideau d’arbres morts, dénudés, ne parvient pas à cacher un bout de colline qui semble totalement dégarni.

Marie Tison Marie Tison
La Presse

C’est l’héritage d’une infestation d’arpenteuse de la pruche qui a sévi entre les années 2012 et 2015. C’est aussi l’occasion de s’intéresser aux méthodes de lutte contre les insectes ravageurs et les maladies des arbres dans les forêts québécoises.

« L’arpenteuse de la pruche n’est pas une maladie, mais un insecte indigène au Québec, rappelle Patrick Harvey, coordonnateur des relations de presse au ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs. Il est connu pour ses épidémies courtes mais qui causent rapidement la mort des sapins, parfois après une seule année d’attaque. »

Depuis son éclosion, au printemps, jusqu’à sa transformation en insecte ailé à la fin du mois d’août, la satanée chenille se promène d’une aiguille à l’autre pour en grignoter une bonne partie. Ce qui reste de ces aiguilles rougit, brunit, puis tombe au mois de septembre.

M. Harvey note que le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs effectue annuellement un travail de détection et de suivi des insectes ravageurs et des maladies des arbres dans les forêts de la province. Lorsqu’il localise des infestations, il suit leur évolution à l’aide de réseaux de surveillance et de relevés aériens. Il s’agit de déceler les problèmes, d’évaluer leurs répercussions sur le milieu forestier et de mettre en place les mesures requises pour limiter les dégâts.

En 2012, l’arpenteuse de la pruche s’est attaquée aux arbres du parc national de la Jacques-Cartier, de la Forêt Montmorency et du Camp Mercier.

Au cours d’une épidémie, les seuls moyens efficaces pour limiter les dégâts sont de réorienter les coupes vers les peuplements infestés et d’effectuer des arrosages d’insecticide biologique.

Patrick Harvey

L’épidémie s’est résorbée en 2015. Le Ministère a effectué des coupes de bois pour récupérer le bois mort avant qu’il ne se dégrade.

« La récolte d’environ 400 hectares de forêts a permis de récupérer le bois des superficies atteintes, et des travaux de reboisement ont été réalisés afin de régénérer la forêt », précise-t-il.

Évidemment, lorsqu’on parle de reboisement, on parle de petits arbres. Surtout avec la neige, ce n’est pas particulièrement visible.

« Ça va prendre quelques années », indique M. Harvey.

  • À l’entrée du réseau de sentiers de ski de fond du Camp Mercier

    PHOTO TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK DE LA RÉSERVE FAUNIQUE DES LAURENTIDES-CAMP MERCIER

    À l’entrée du réseau de sentiers de ski de fond du Camp Mercier

  • Un des sentiers de ski de fond du Camp Mercier

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    Un des sentiers de ski de fond du Camp Mercier

  • Le Camp Mercier n’est pas situé dans un parc national mais dans la Réserve faunique des Laurentides.

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    Le Camp Mercier n’est pas situé dans un parc national mais dans la Réserve faunique des Laurentides.

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La différence

Pour les skieurs et les raquetteurs, il peut être un peu déstabilisant de tomber sur une zone de coupe de bois dans un centre de plein air. Or, il y a une différence entre un parc national, comme Mont-Tremblant ou Orford, et une réserve faunique, comme celle où se situe le Camp Mercier.

Patrick Harvey rappelle que l’objectif prioritaire d’un parc national est d’assurer la conservation et la protection de territoires représentatifs des régions naturelles du Québec, ou encore de sites naturels à caractère exceptionnel. Les parcs nationaux ont également comme mandat de rendre ces territoires accessibles au public à des fins de récréation.

« La récolte de bois dans un contexte d’exploitation forestière n’y est donc pas permise, puisqu’elle n’est pas compatible avec la vocation du territoire », indique M. Harvey.

Si c’est la Loi sur les parcs qui gouverne l’établissement des parcs nationaux, on fait plutôt appel à la Loi sur la conservation et la mise en valeur de la faune pour l’établissement des réserves fauniques. Celles-ci sont vouées à la conservation, à la mise en valeur et à l’utilisation de la faune. Accessoirement, elles sont aussi vouées à la pratique d’activités récréatives, note M. Harvey.

« La réalisation d’activités d’aménagement forestier, dont la récolte de bois, est donc compatible et permise avec la vocation faunique du territoire », fait-il savoir.

Toutefois, le gouvernement fait des efforts pour « concilier tous les usages sur le territoire ». Ainsi, il peut limiter la coupe près de certains lieux à vocation récréative, comme un belvédère, un observatoire ou un site de villégiature.

« Il y a une attention particulière pour que ce ne soit pas visible », affirme M. Harvey.

La zone dénudée le long du sentier numéro 12 n’est pas très longue, et les skieurs replongent rapidement au sein de gros conifères bien en santé, couverts de neige.