Une tuque grise bien enfoncée sur la tête, Niloofar Golchin s’élance en souriant sur une piste de ski de fond du parc du Mont-Royal. La jeune Iranienne n’avait jamais chaussé de skis avant janvier 2020. Au Canada depuis seulement six mois, elle a déposé une demande de statut de réfugié.

Marie Tison Marie Tison
La Presse

« Quand je skie, je ne pense à rien d’autre, ça me libère l’esprit », commente-t-elle.

Sunny Ekuaze Oseghale se met en branle à son tour. Au Canada depuis cinq mois, il n’a évidemment jamais eu la chance de faire du ski de fond dans son pays natal, le Nigeria.

Cette activité me permet de sortir, de rencontrer des gens, de faire de l’exercice.

Sunny Ekuaze Oseghale

Niloofar Golchin, Sunny Ekuaze Oseghale et une dizaine d’autres personnes, surtout des nouveaux arrivants, participent à une série d’activités visant à les initier aux sports d’hiver. Cette série de sept rencontres fait partie du programme Plein air interculturel, créé par Adrienne Blattel avec l’aide de l’Association récréative Milton-Parc et de la Maison de l’Amitié.

Au cours de ces rencontres, les participants touchent au patin et à la raquette, mais ils font surtout du ski de fond. La raison est bien simple.

« C’est mon sport préféré, explique Adrienne Blattel. Je me permets de mettre l’accent là-dessus et de partager ma passion. Mais mon souhait, c’est que tout le monde ressorte avec au moins une activité qu’il aime en hiver, peu importe laquelle. »

L’idée du programme Plein air interculturel lui est venue il y a une dizaine d’années, lors d’un voyage au Monténégro.

« J’ai pu rester quelques mois et j’ai eu le temps de participer aux activités à un club de randonnée où les gens ne parlaient ni anglais ni français, raconte la jeune femme. J’étais vraiment plongée dans la langue et la culture du Monténégro. En plus, les locaux m’ont amenée aux meilleurs endroits pour des superbes randonnées. »

De retour à Montréal, Mme Blattel a pensé à organiser quelque chose de similaire.

« Je me suis dit que ce serait le fun de partager nos activités de plein air avec des nouveaux arrivants, pour qu’ils puissent bénéficier des belles choses qu’on peut faire ici, pour qu’ils connaissent cet aspect de notre culture. Et puis, c’est une super façon de rencontrer des gens et de pratiquer la langue tout en bougeant. »

Elle a visité plusieurs organismes pour finalement trouver une oreille attentive à l’Association récréative Milton-Parc. Elle a commencé à organiser des activités à titre de bénévole. Il y a d’abord eu une sortie d’initiation au canot-camping à l’été 2010, puis des sorties en raquette l’hiver suivant.

Le nombre et la variété des activités ont augmenté au cours des années et Mme Blattel y œuvre maintenant à temps plein, avec l’aide de bénévoles sportifs. De 600 à 700 personnes participent aux diverses sorties chaque année. Celles-ci sont ouvertes à tous, mais le programme vise tout particulièrement les nouveaux arrivants, ou encore les immigrants qui sont ici depuis un peu plus longtemps.

« Avec toutes les choses qu’ils ont eu à faire en s’installant, ils n’ont pas eu l’occasion de mettre l’accent sur le côté loisir. »

Grâce à des dons d’équipement, notamment de la part de MEC, les participants peuvent avoir accès à ces activités à coût modique.

Les rencontres ont lieu en toute saison, mais c’est assurément l’hiver qui est la saison la plus achalandée pour le programme Plein air interculturel.

Ça nous a surpris au début. Mais autant il y a des gens qui ont peur de l’hiver et qui restent chez eux à déprimer, autant il y en a qui ont entendu dire qu’il fallait absolument bouger pour survivre à l’hiver et avoir du plaisir.

Adrienne Blattel

C’est le propriétaire de l’appartement de Sunny Ekuaze Oseghale qui lui a parlé du programme. Niloofar Golchin a eu vent de ces activités par l’entremise de sa mère, qui suivait des cours d’anglais. Pour sa part, Chloé François, une Belge qui s’est installée au pays en août dernier, a pris connaissance de l’existence du programme alors qu’elle cherchait des activités pour son fils. Elle a décidé que les sports d’hiver, c’était bien pour elle aussi.

« J’avais fait du ski de fond une seule fois dans ma vie à 14 ans, se rappelle-t-elle. Dans mon souvenir, c’était très plat, très monotone. Ici, c’est bien différent : j’ai connu une grosse poussée d’adrénaline lors de ma première descente. »

L’Acadien René Cormier avait aussi fait du ski dans un lointain passé. Heureusement, la maîtrise des mouvements est vite revenue.

« Ça va bien, je suis capable de faire les descentes, se réjouit ce retraité. J’aime vraiment ça, c’est bon pour le moral et le physique. »

Le ski de fond est cependant quelque chose de totalement nouveau pour Anna Torrez. La jeune Colombienne est au Canada depuis un an et demi. Elle se débrouille très bien en français grâce aux classes de francisation et elle tient maintenant à s’initier aux activités d’hiver.

« C’est une bonne façon de s’intégrer dans la communauté, commente-t-elle. Et puis, ça me permet de comprendre pourquoi les Canadiens aiment les sports d’hiver. »

Un Québécois au lac Baïkal

Le président de Concept Air, Benoît Tremblay, nous amène faire la traversée du lac Baïkal, en Sibérie, à l’aide d’un cerf-volant de traction. Il faut attacher sa tuque.

Le chiffre de la semaine : 66 ans

Âge de la femme la plus âgée à escalader le Nose d’El Capitan, à Yosemite. Il s’agit de Dierdre Wolownich, la mère du grand grimpeur Alex Honnold.